Après la condamnation du directeur de Frontières, le tribunal de Bobigny dénonce « l’ampleur et l’intensité inédites des menaces proférées » contre Youssef Badr

La présidente du TJ, Anne Auclair-Rabinovitch, a exprimé son « indignation » face aux « attaques intolérables » visant trois magistrats, à la suite de la condamnation d’Erik Tegnér jeudi. Dans un communiqué, la juridiction assure de son « entier soutien » les magistrats visés et promet de signaler systématiquement tout message menaçant ou intimidant susceptible de constituer une infraction pénale.


lundi 22 juin à 11:013 min

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Youssef Badr a annoncé samedi avoir déposé plainte. Photo via Youtube / France Inter

« Face à l’ampleur et l’intensité inédites des menaces proférées, la présidente assure de son entier soutien l’ensemble des membres de la formation de jugement », peut-on lire dans un communiqué du tribunal judiciaire de Bobigny publié vendredi 19 juin 2026 au soir et relayé par Le Parisien. « Le débat public, s’il doit être préservé, doit être respectueux de l’autorité de ceux qui rendent la justice. »

Cette prise de position intervient après la vague de cyberharcèlement visant trois magistrats dont Youssef Badr, premier vice-président adjoint du tribunal, ayant participé à la condamnation d’Erik Tegnér, le directeur de la rédaction de Frontières, un média d’extrême droite, à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende.

Celui-ci avait été reconnu coupable après la publication, en janvier 2025, d’un hors-série intitulé L’invasion migratoire : les coupables, dans lequel figuraient les noms et adresses de cabinets d’avocats spécialisés en droit des étrangers, présentés comme responsables de « ce chaos ».

Le tribunal a également indiqué qu’« afin de garantir leur protection, tout propos intimidant ou menaçant, toute attaque susceptible d’exposer les magistrats concernés à un risque d’atteinte à leur personne et de caractériser une infraction pénale sera systématiquement signalée au procureur de la République ». La présidente du tribunal judiciaire de Bobigny, Anne Auclair-Rabinovitch, a par ailleurs fait part de son « indignation » face à des attaques qu’elle juge « intolérables ».

Un magistrat qualifié d’« islamiste » par certains internautes

Après sa condamnation, Erik Tegnér a directement dénoncé, dans une vidéo publiée jeudi sur X, « un énorme délire » et annoncé son intention de faire appel. « C’est une folie, il faut vous mobiliser. On est en train de criminaliser la critique de l’immigration […] On tient parce que vous vous mobilisez, vous relayez sur les réseaux sociaux, vous condamnez ce genre de chose ! », a-t-il argué auprès de ses soutiens.

Dans les heures qui ont suivi, de nombreux internautes se sont attaqués aux magistrats ayant participé au jugement. Parmi eux, Alexandre Cormier-Denis, collaborateur du média Frontières, a notamment affirmé que le magistrat Youssef Badr était « un militant de gauche » cherchant à favoriser les candidatures des « Maghrébins et d’Africains » au sein de la magistrature. D’autres messages l’ont qualifié d’« islamiste » ou encore d’« ennemi infiltré de la France ».

Face à cette vague de messages, Youssef Badr a annoncé samedi avoir déposé plainte. « Je viens de déposer plainte auprès du service spécialisé en charge d’identifier toutes les personnes qui me menacent depuis ce jeudi », a-t-il posté sur X, assurant qu’il irait « jusqu’au bout de la procédure » contre les auteurs de menaces ou de fausses informations.

Je viens de déposer plainte auprès du service spécialisé en charge d’identifier toutes les personnes qui me menacent depuis ce jeudi.

J’irai jusqu’au bout de la procédure contre toutes celles et ceux qui publiquement ou anonymement m’ont menacé ou ont relayé des infos erronées.

— Youssef Badr (@Youss_Badr) June 20, 2026

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a pour sa part apporté son soutien « à tous les agents de son ministère qui font l’objet de menaces », condamnant « fermement » les attaques racistes et les menaces visant le magistrat. « En France, quand on n’est pas d’accord avec une décision, on fait appel », a-t-il rappelé sur X.

Le barreau de Seine-Saint-Denis a par ailleurs adopté une motion de soutien aux magistrats, dénonçant « toute tentative d’intimidation visant à faire pression sur les membres de l’autorité judiciaire ou à les dissuader d’exercer librement et sereinement leur office ».

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