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En déplacement à Bordeaux pour faire le point sur les douze projets néo-aquitains intégrés au dispositif « Notre-Dame », le ministre de l’Industrie Sébastien Martin a réaffirmé sa « méthode » : lever les freins administratifs pour accélérer les investissements. Derrière ce discours de simplification se dessinent toutefois des enjeux plus larges, de la souveraineté industrielle à la montée en puissance de la filière défense, en passant par les questions d’emploi et d’environnement.

Comment faire émerger plus rapidement les grands projets industriels jugés stratégiques pour la France ? C’est à cette question que le gouvernement tente désormais de répondre à travers le « projet Notre-Dame », un dispositif présenté au printemps dernier par Emmanuel Macron, destiné à suivre de près 150 projets industriels considérés comme essentiels pour la souveraineté, l’indépendance énergétique ou la décarbonation du pays.
En se déplaçant à Bordeaux le 16 juin dernier pour la troisième étape de son « tour des régions » le ministre délégué en chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, est venu faire le point sur les douze projets retenus en Nouvelle-Aquitaine. Aux côtés du président de Région Alain Rousset, de la préfète de la région et de Gironde, Sophie Brocas, et des représentants des collectivités, il a passé en revue chacun des dossiers. « Mon job à moi, en tant que ministre de l’Industrie, c’est d’aller partout dans les territoires pour voir où on en est dans ces projets, voir s’il y a des points à faire avancer, s’il y a des blocages qui peuvent exister et essayer d’apporter des réponses et des solutions », a-t-il expliqué.
Le bilan dressé à l’issue de cette réunion se veut, selon lui, positif. « Dans l’ensemble, cela avance bien ». Les difficultés qu’il évoque concernent principalement les raccordements électriques, un sujet suffisamment sensible pour qu’un rendez-vous spécifique ait été programmé quelques jours plus tard au ministère. Alain Rousset évoque en parallèle des questions foncières, administratives ou de compétences entre collectivités. In fine, seuls« trois dossiers, quatre maximum » présenteraient aujourd’hui de véritables points de blocage.
Pour Sébastien Martin, l’État ne cherche plus seulement à attirer des investissements industriels : il entend désormais accélérer leur concrétisation. Un changement de paradigme particulièrement perceptible dans les éléments de langage « pro-actifs » utilisés par le ministre. « On règle les problèmes, on fait transpirer les règlements ! C’est comme cela qu’on réussira : pas avec des tuyaux d’orgue, mais grâce à la collaboration entre l’État et les territoires. »

Ce dernier a par ailleurs annoncé la nomination prochaine d’un coordinateur national chargé du suivi de ces projets stratégiques. Il a également mis en avant plusieurs mesures de simplification, notamment la possibilité pour certains projets industriels majeurs de voir leurs recours examinés directement en cour administrative d’appel, et non plus en première instance.
Dans les couloirs de la préfecture de Gironde et face aux micros des journalistes locaux, Sébastien Martin a annoncé un objectif clair : éviter que les investissements ne se perdent dans les méandres administratifs. « Derrière tout cela, ce sont plus de 30 000 emplois qui sont identifiés, et derrière ces 150 projets, 71 milliards d’euros d’investissements ».
Cette logique d’accélération est également défendue par Alain Rousset : « Lorsqu’une entreprise a besoin d’investir, ce n’est pas dans cinq ans, c’est dans l’année qui suit. Parce que le principal risque n’est pas seulement de retarder un projet, c’est de perdre définitivement l’opportunité économique qu’il représente », a-t-il souligné.
Parmi les douze projets néo-aquitains intégrés au dispositif national, seuls six ont été rendus publics : Tessalia, Flying Whales, Emme, Verso Energy, Caremag et Elyse Energy. Ces projets couvrent des secteurs variés, allant de l’industrie décarbonée à l’énergie en passant par les technologies stratégiques. Alain Rousset cite notamment Tessalia, porté par Thales, Foxconn et Radiall au Barp, dont la première pierre a récemment été posée. Le projet, dédié à l’assemblage et aux tests externalisés de semi-conducteurs, vise une capacité de production de plus de 50 millions de composants par an d’ici 2033.
Le président de Région a insisté toutefois sur un aspect souvent moins perceptible des politiques de réindustrialisation : le rôle des entreprises intermédiaires et des sous-traitants. « On réindustrialise d’abord avec nos PME ou nos ETI », rappelle-t-il, en annonçant par ailleurs la création prochaine d’un fonds d’investissement destiné aux sous-traitants de la défense.
Plusieurs sujets sont malgré tout restés largement absents des échanges avec la presse. A commencer par celui de l’environnement. Car si ces notions d’accélération, de simplification et de déblocage administratif ont occupé une place centrale dans les discours, la manière de les faire concorder avec les actuelles exigences environnementales n’a jamais pas été évoquée, dans un contexte impliquant, pourtant, des projets touchant à l’énergie, au foncier ou à l’industrie lourde.
Autre angle mort : l’emploi. Si le ministre a rappelé les dizaines de milliers d’emplois attendus à l’échelle nationale, peu d’éléments ont été apportés sur les moyens permettant de répondre aux besoins de recrutement générés par les chantiers Notre-Dame. La première étape de sa visite en Gironde s’est pourtant déroulée au sein du pôle de formation de l’UIMM. Une compétence pour laquelle l’organisation patronale des entreprises de la métallurgie (membre du Medef), qui a aujourd’hui élargi son spectre de représentation à d’autres industries, est largement reconnue en Nouvelle-Aquitaine.
Quelques heures avant son arrivée à la préfecture, le ministre de l’Industrie avait également fait le choix de faire un passage chez Dassault Aviation, à Mérignac, décidé à mettre à l’honneur « un fleuron de l’industrie de défense française ». Le même jour, l’évènement Eurosatory (Mondial de la Défense et de la Sécurité) était organisé à Paris.
A ce titre, le message de Sébastien Martin s’est voulu « limpide » dans la séquence de micro-tendu organisée sur place. « Notre industrie de défense, c’est une fierté française. Plus de 220 000 personnes qui travaillent dans l’industrie de défense, plus de 4 000 sites industriels. Aujourd’hui, nous parlons aéronautique, mais on pourrait parler également de l’armement, des chars, des véhicules et de toutes les composantes qui font que l’armée française est l’une des rares, en Europe à être équipée à presque 100% avec des équipements français ».
Le ministre est même allé plus loin en qualifiant le Rafale de « meilleur avion au monde », saluant ainsi une entreprise « qui investit dans notre pays et qui recrute massivement ». Il a également précisé : « S’il n’y a peut-être pas, pour le moment, de commandes spécifiques pour les avions, il arrivera un temps où il sera nécessaire de renouveler notre flotte militaire. Les choses viendront en temps et en heure ».
Une déclaration confortée par la prise de parole de d’Éric Trappier, le PDG de Dassault, qui a confirmé la montée en cadence de l’activité du groupe. « On a du travail à Mérignac. Entre les exportations du Rafale, le développement du Falcon 10X et les futurs programmes militaires, on prépare l’avenir ».
Accélérer les projets stratégiques, renforcer la souveraineté industrielle et soutenir les filières jugées essentielles à l’autonomie du pays semblent donc autant de caps fixés par le gouvernement. Mais la méthode laisse encore ouvertes plusieurs questions de fond.
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