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Une étude met en lumière des différences entre les femmes et les hommes en matière de trajectoires professionnelles et de sécurité financière. Moins guidées par le niveau de rémunération dans leurs orientations, mais davantage exposées aux effets de la maternité, les femmes ont des retraites plus précaires.

« La formation, le travail, la maternité, la retraite… il y a un petit écart qui se creuse. Des choix qui paraissent raisonnables à 20 ans et qui se paient à 65 ans. » C’est avec la volonté d’alerter que Sybille Le Maire, fondatrice de ViveS Média – média du groupe Bayard dont elle est la directrice exécutive, consacré à l’éducation économique et financière des femmes – a présenté, mercredi 4 mars 2026, la cinquième édition du baromètre ViveS Média sur les inégalités financières entre les femmes et les hommes.
Publié en amont du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, ce baromètre – réalisé par l’institut Viavoice auprès de 2 000 personnes âgées de 18 ans et plus – révèle que 69 % des femmes estiment que leur pension de retraite sera insuffisante, contre 47 % des hommes. Un écart qui, selon Sybille Le Maire, illustre une réalité défavorable aux femmes : « Les inégalités à la retraite, ça se joue dès Parcoursup. » D’autant plus que « les femmes vivent plus longtemps que les hommes, cinq ans de plus en moyenne ».
Ainsi, les femmes accorderaient légèrement moins d’importance au salaire que les hommes au moment de choisir leur métier : 36 % d’entre elles en font une priorité, contre 35 % des hommes. Lorsqu’il s’agit plus précisément de la rémunération, celle-ci arrive en deuxième position chez les hommes (31 %), alors qu’elle ne figure qu’en quatrième position chez les femmes (22 %), derrière l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et les opportunités du moment. Des choix qui, a posteriori, sont regrettés autant par les femmes que par les hommes : 63 % des premières et 64 % des seconds affirment qu’ils se tourneraient aujourd’hui vers un métier plus rémunérateur.
Pour Françoise Neige, directrice de la gestion de fortune chez Natixis, cette situation s’explique notamment par un manque d’éducation financière. Selon elle, les programmes scolaires devraient intégrer des enseignements consacrés à ces questions, notamment à la compréhension des salaires et à la gestion d’un budget, un peu à l’image du passeport EDUCFI déjà déployé dans certains établissements. Un constat que confirme l’étude : 73 % des Français indiquent ne pas avoir eu d’idée précise des niveaux de rémunération dans les secteurs qu’ils visaient pendant leurs études (75 % des femmes et 72 % des hommes).
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Sur le volet de l’épargne, si près de deux tiers des femmes et des hommes déclarent mettre de l’argent de côté, seules 11 % des femmes affirment privilégier le rendement en acceptant un risque de perte en capital, contre 20 % des hommes. Elles sont également trois fois moins nombreuses à investir directement en Bourse. Les principales raisons avancées sont, une nouvelle fois, le manque de connaissances (38 %), la crainte de perdre de l’argent (35 %) et un niveau de revenus jugé insuffisant pour se lancer (34 %).
Autre point mis en lumière : le manque de communication et d’information sur ces sujets. Selon le baromètre, un tiers des femmes déclarent ne pas faire confiance aux médias, aux assureurs ou aux influenceurs. Les banquiers font figure d’exception : 59 % des femmes disent leur accorder leur confiance, un niveau comparable à celui des hommes. Idem concernant la retraite, 68 % des femmes (contre 52 % des hommes) indiquent ne pas connaître le montant auquel elles pourront prétendre, un chiffre qui traduit, selon l’étude, l’instabilité perçue des règles de calcul.
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Une réserve qui s’accompagne d’une forte dépendance financière au conjoint (77 % chez les hommes et 74 % chez les femmes), alors même que les situations de fragilité sont davantage redoutées par les femmes. En cas de séparation, 72 % d’entre elles estiment que leur situation financière serait difficile, voire impossible (contre 64 % des hommes). Elles sont également 69 % à anticiper des difficultés en cas de veuvage (contre 64 %), et 77 % en cas de maladie (contre 71 %). Par ailleurs, si les femmes perçoivent environ 90 % des pensions de réversion en France, 53 % déclarent ne pas savoir si elles y auraient droit en cas de décès de leur conjoint.
L’enquête fait enfin ressortir un sentiment de moindre légitimité chez les femmes : seule une femme sur trois se dit à l’aise pour demander une augmentation, contre 49 % des hommes. Cette difficulté à négocier se retrouve aussi au moment de faire avancer sa carrière : 41 % des femmes se déclarent à l’aise pour obtenir une promotion, contre 53 % des hommes.
L’écart est retrouvé également dans l’entrepreneuriat : 22 % des femmes estiment pouvoir créer leur entreprise, contre 28 % des hommes. La parentalité est, elle aussi, perçue différemment selon le genre : 69 % des femmes considèrent qu’elle pénalise leur carrière, contre 50 % des hommes.
Et Sybille Le Maire de conclure en citant Virginia Woolf, écrivaine britannique : « Une femme doit avoir de l’argent et une chambre à elle si elle veut être libre. » Un siècle plus tard, « la liberté économique des femmes demeure inachevée ».
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