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REPORTAGE. Un procureur « un peu dur », pas de marteau, des audiences en retard… Lundi 22 juin, une quarantaine d’élèves en stage ont plongé dans la réalité des audiences, en particulier des comparutions immédiates. L’occasion de découvrir le fonctionnement de la justice, et, au passage, de balayer quelques idées reçues.

« Dans la salle d’audience, pas de casquette, pas de téléphone ! » Ce lundi 22 juin, une quarantaine d’élèves patientent au premier étage du tribunal judiciaire de Nanterre en attendant de pouvoir suivre les comparutions immédiates du jour.
Chaque mois, la juridiction nanterrienne ouvre ses portes à des lycéens pour qu’ils assistent à des audiences. Ce jour-là, une trentaine d’entre eux découvrent le tribunal dans le cadre d’un stage avec la préfecture des Hauts-de-Seine, tandis que d’autres y effectuent une immersion de deux semaines.
« Je trouve ça génial qu’ils donnent accès à la justice, et je pense qu’il faudrait plus communiquer sur le fait que ce sont des audiences publiques et que tout le monde peut venir » témoigne une élève qui n’en n’est pas à sa première audience.
Il est bientôt 13h30, heure de début des comparutions immédiates… qui, en salle 4, semblent avoir pris du retard. « Je ne pensais pas que les audiences pouvaient ne pas commencer à l’heure ! », s’étonne un des élèves de seconde. Dans la salle d’à côté, l’audience suivie par une autre partie des stagiaires a déjà démarré.
Dans les couloirs, l’agitation est palpable, et la chaleur de cette période caniculaire n’aide pas. Les avocats qui ont déjà revêtu leur robe noire échangent à demi-mot : certains ne seraient « pas contre la retirer », soufflent-ils.
Finalement, à 13h42, l’huissier autorise les élèves à entrer, dans un brouhaha général.
« Le tribunal, vous pouvez vous lever ». A cette phrase précédée d’un bruit de cloche, dans la salle qui a retrouvé son calme, les élèves – qui constituent la quasi-intégralité de l’audience – se lèvent, puis se rassoient. La présidente prend la parole et expose rapidement les faits de la première affaire.
C’est un homme de 77 ans bien connu de la juridiction qui comparaît à la suite « de la soustraction d’un sac à main », le 17 juin, dans les Hauts-de-Seine. Et pour cause : il s’agit du 18e vol pour lequel il est appréhendé et jugé. La présidente énumère les différents larcins, débutés en 1974. « Ça fait une longue liste » chuchote un lycéen.
Cette fois-ci, s’ajoute un outrage à agent. Alors que les forces de l’ordre pénétraient chez le septuagénaire, après son identification sur des caméras de surveillance, l’homme aurait lancé : « Allez vous faire enc*ler, vous vous prenez pour des cowboys », relate la présidente. Pas de censure malgré la présence des élèves qui, pour certains, laissent échapper un rire.
Le procureur prend ensuite la parole d’une voix retentissante, faisant presque sursauter l’audience. Face au discours du mis en cause, il choisit l’ironie. « Je me suis trompé, j’ai face à moi un citoyen modèle. Qu’on lui remette une médaille ! Vous nous dites que vous ne savez pas pourquoi vous volez, mais de qui se moque-t-on ? »
La diatribe du magistrat se poursuit durant plusieurs minutes et n’épargne pas le mis en cause. Une élève murmure à son amie : « Il me fait de la peine ! ». A la sortie de l’audience, sans connaître la décision – qui sera rendue après leur départ -, plusieurs élèves s’accordent à dire qu’ils ont trouvé le procureur « un peu dur ».
Même constat devant la salle 3, où était jugé un homme pour complicité dans une affaire de trafics de stupéfiants et de vol de voitures. « La juge était un peu offensive, elle avait l’air agacée », rapporte un élève. « Oui, mais au moins le suspect a arrêté de dire “je sais pas” à toutes les questions qu’elle posait », complète une autre.
« C’est intéressant de voir une audience en vrai, c’est pas tout à fait comme à la télé. Je pensais que l’avocate prendrait plus la parole », nous confie une lycéenne. « Moi je m’attendais à voir le marteau du juge », abonde un camarade.
Retour en salle 4, deuxième affaire. Le mis en cause de 28 ans apparaît derrière son box vitré. « Oh, il est beau ! » lâche une élève tout bas. Dans son groupe de filles, chacune y va de son petit commentaire le temps que la présidente mette de l’ordre dans ses papiers.
Le jeune homme est accusé d’avoir asséné un coup de couteau à un autre homme au cours d’une rixe, qui a entraîné plusieurs jours d’ITT. La présidente déroule les faits, les élèves sont pendus à ses lèvres.
Lorsqu’il est autorisé à prendre la parole, l’accusé soutient qu’il ne détenait pas ce couteau ; que celui-ci lui a été donné au cours de la bagarre mais qu’il ne s’en est pas servi. « Sur la vidéo, on voit pourtant qu’après votre altercation, Monsieur G. saigne. » « Oui mais je n’ai pas donné de coup de couteau », répète l’accusé. Haussements de sourcils dubitatifs dans la salle.
Au bout d’une heure et demie d’audience, la salle se vide. Là encore, la décision sera rendue plusieurs heures plus tard : « C’est un peu frustrant que certains délibérés aient lieu après ! On a écouté et attendu pendant plus d’une heure et on n’aura pas la réponse », soupire une lycéenne, déçue, en sortant.
De nouveau réuni à l’extérieur de la salle, le groupe ignore s’il pourra assister à la prochaine audience – une affaire de viol sur deux mineurs.
Le huis clos a été requis, mais une lycéenne en immersion depuis une semaine – et visiblement déjà rompue à l’exercice – garde espoir : « On nous laisse généralement assister aux huis clos. En plus on a signé un accord de confidentialité ! »
L’espoir sera de courte durée. L’huissier vient finalement annoncer aux élèves qu’ils ne pourront pas entrer : « On essaie de faire au mieux, mais aujourd’hui, le huis clos est maintenu, s’excuse-t-il. Je dois quand même avouer que pour ce genre d’audience, je suis malgré tout réticent à ce que des jeunes y assistent. »
La journée s’achève donc ici pour les stagiaires de la préfecture, tandis que ceux en immersion reviendront dès le lendemain poursuivre leur découverte du tribunal. Tous repartent avec quelques idées reçues en moins : « Je ne savais pas que pour certaines procédures, l’avocat était obligatoire. Je me coucherai moins bête ! »
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