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Premier congrès des maires de Seine-Saint-Denis : « La transition écologique doit se faire avec les habitants de nos villes et de nos quartiers populaires »

Parmi les cinq maires réunis autour du grand débat « Transition écologique et aménagement : quels leviers pour des villes durables », organisé mercredi 20 mai par l’association des maires de Seine-Saint-Denis, trois ont été nouvellement élus lors des élections municipales des 15 et 22 mars. Pour eux, la question de la transition écologique a été un réel enjeu de campagne.
« J’ai été en partie élue parce que nous avons demandé un moratoire sur les constructions », a exprimé Mélissa Youssouf, maire écologiste de Villepinte. Dans sa commune de 41 000 habitants située au nord-ouest de la Seine-Saint-Denis, un territoire « décrié » pour son mode de vie « consumériste », « créer de la nature en ville devient compliqué car il n’y a plus d’espaces libres », a-t-elle déploré.
La maire a remis en cause cette « pression foncière demandée par l’Etat » alors que rien n’est pensé pour les équipements destinés à l’arrivée de nouvelles populations « poussées de plus en plus » vers cette banlieue éloignée du centre de Paris.
Même son de cloche du côté du maire (LR) du Raincy, Nicolas Rondepierre. Celui qui a axé une partie de sa campagne électorale sur le fait de « dire non à la bétonisation » a expliqué que plusieurs projets de construction prévus par son prédécesseur (ndlr : Jean-Michel Genestier) « n’ont pas été actés par les habitants car ils souhaitent préserver le vert en ville ».
Cette attente, a-t-il souligné, est de plus en plus forte depuis l’épisode du Covid.
Composée de 39 villes au total et de plus d’1,7 million d’habitants au 1er janvier 2023, la Seine-Saint-Denis est le plus jeune département de France. Il s’agit aussi d’un «territoire particulièrement exposé » aux défis climatiques « parce qu’il est très densément peuplé, fortement urbanisé, marqué par de fortes inégalités sociales et territoriales », a décrit Bruno Lafosse, animateur de la rencontre. Quelles actions municipales concrètes y sont menées pour rendre la ville plus durable ?
Le maire (ex-PCF) de Stains, Azzédine Taïbi, a fait le choix de « sanctuariser près de 20 hectares de jardins familiaux » tout en continuant de faire construire des logements dans sa commune. Il n’est pas contradictoire de « retravailler et remembrer certains quartiers, dès lors que cela correspond à un projet de ville, tout en préservant et en faisant en sorte d’avoir des espaces verts ».
Car, pour l’élu, l’enjeu réside dans le fait de ne plus « subir la transformation urbaine ». S’il ne se dit pas fermé à l’idée d’être courtisé par des promoteurs immobiliers, Azzédine Taïbi a insisté sur la nécessité de prendre en compte la voix des habitants pour des projets. Ce n’est qu’à cette condition que la transition écologique fonctionnera. Et non pas « en gentrifiant, la tendance malheureusement aujourd’hui », a-t-il alerté. Avant d’insister : « La transition écologique doit aussi participer à une transformation sociale de nos villes ».
A Vaujours, une ville périurbaine de 8800 habitants « située aux portes de Seine-Saint-Denis et aux portes de la Seine-et-Marne », le sujet de la transition écologique n’a pas « été pensé comme une politique municipale pleinement structurée », a noté la nouvelle maire, Inès Merbah. Mais l’élue a détaillé l’enjeu qui anime désormais son action politique : « Rendre Vaujours plus respirable, plus résiliente et plus agréable au quotidien. »
Au fil du débat, la nécessité de renforcer l’offre et la fiabilité des transports publics pour penser la ville durable a été posée. « Si on veut faire en sorte que les habitants utilisent moins la voiture, encore faut-il qu’il y ait des transports publics de proximité et de qualité », a lancé Azzédine Taïbi. Il a également évoqué les inégalités existantes dans l’établissement public territorial Plaine Commune où le Sud est plus développé en « interconnexion » que le Nord.
Située à l’est de la Seine-Saint-Denis, à 20 kilomètres de Paris et de Roissy, il faut bien 1H30 de transport pour rejoindre ces différents pôles depuis la commune de Livry-Gargan. « L’interconnexion est un enjeu important à l’aune du Grand Paris Express et des projets qui se développent car pouvoir bien se déplacer et rapidement est crucial », a argumenté Pierre-Yves Martin. Sur ce point, un « combat est à mener » avec l’Ile-de-France Mobilités et les différents opérateurs.
Aux yeux de Mélissa Youssouf, « penser la ville durable, c’est penser aux habitants derrière, à l’humain ». Or, les difficultés de fiabilité peuvent être source de stress pour les habitants. L’élue prend l’exemple des familles de sa commune contraints de prendre le RER B pour récupérer leurs enfants à l’école.
La maire écologiste a également pointé du doigt le fait qu’il n’y ait eu aucune « interconnexion prévue » dans le cadre de la future gare du Grand Paris à Villepinte qui sera implantée au parc des expositions. La gare « va servir un centre d’affaires mais pas les habitants », a-t-elle soulevé.
En plus de « parler d’une seule voix » ou de réfléchir à l’émergence de partenariats solides et échanges entre communes, EPT mais aussi acteurs départementaux et régionaux, les élus ont tenu à alerter sur la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités. Plus précisément, dans un contexte où les villes sont de plus en plus en train de changer. Pourtant, « pour faire basculer nos villes dans la transition écologique, on a besoin d’un soutien de l’Etat », a affirmé le maire du Raincy.
Sans moyens économiques, cela reste extrêmement difficile, a continué Azzédine Taïbi. En 2014, l’édile avais mis en place une action forte contre la baisse des dotations des collectivités, au côté du maire de l’Ile-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly, actuel président de l’AMF93. Si les politiques d’austérité menées par l’Etat sont bel et bien là, le maire de Stains invite les élus à utiliser d’autres « moyens démocratiques » comme « faire de la politique ». « Cela reste aujourd’hui un levier fort ».
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