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Avec AFP. L’actuelle ministre des Comptes publics a été officiellement nommée mercredi en Conseil des ministres. Une nomination qui ne satisfait pas les oppositions, dénonçant une première présidente qui pourrait manquer d’objectivité sur les questions touchant au budget de la nation.

La ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin a été nommée mercredi 11 février première présidente de la Cour des comptes à compter du 23 février, a annoncé la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon à l’issue du Conseil des ministres. La ministre deviendra ainsi la première femme à diriger la Cour des comptes, institution plus de deux fois centenaire.
Amélie de Montchalin débute sa carrière dans le privé en 2009 comme économiste junior chargée de l’Europe, puis directrice de la prospective et du suivi des politiques publiques en 2014. Elle travaille également quelques temps à la Commission européenne.
Mais parallèlement à sa carrière en entreprise, elle se lance en politique. Dès 2007, elle effectue un stage à l’Assemblée nationale auprès de Valérie Pécresse, à l’époque députée de l’UMP.
Plus tard, en 2016, elle participe à la conception du programme économique d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite. Après la victoire de François Fillon, elle rejoint En marche en décembre 2016. Pur produit du macronisme, elle est élue députée en 2017 et propulsée deux ans plus tard dans le deuxième gouvernement d’Édouard Philippe, avant une mini traversée du désert.
Amélie de Montchalin s’est imposée au sein de l’équipe gouvernementale depuis fin 2024 où elle a été rappelée par François Bayrou.
Ses compétences techniques, sa répartie notamment vis-à-vis des oppositions et son ton didactique au fil de dizaines d’heures de débat avaient notamment été salués par de nombreux parlementaires, y compris dans l’opposition.
Le choix d’Amélie de Montchalin a été vivement critiqué par les oppositions, de LFI au RN, car elle sera amenée à statuer sur le déficit public et les choix budgétaires du gouvernement dont elle aura fait partie.
Mais, pour Maud Bregeon, cette nomination « ne pose pas de conflit d’intérêts » parce que « l’organisation inhérente à la Cour des comptes, le fait qu’elle repose notamment sur des décisions collégiales, fonde son indépendance ».
« Amélie de Montchalin a toutes les compétences pour mener à bien cette mission. C’est une nomination qui fait suite à ce qu’elle a démontré pendant les débats parlementaires. Il n’est pas inhabituel d’avoir un responsable politique à ce poste, et nous assumons de nommer un responsable politique », a-t-elle défendu.
Contrairement à d’autres postes prestigieux, cette nomination ne nécessite pas d’approbation par les commissions des Finances du Parlement. Mais depuis la présidence de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012, les premiers présidents de la Cour des comptes étaient systématiquement sélectionnés dans l’opposition : Didier Migaud (PS) nommé par Nicolas Sarkozy en 2010, Pierre Moscovici (PS) nommé par Emmanuel Macron en 2020.
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« Comment la ministre actuelle pourrait donner un avis crédible sur le budget qu’elle a elle-même préparé ? », a interrogé le président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée, Éric Coquerel, qui a ferraillé avec elle pendant des mois sur la loi de finances 2026. Plus tôt cette semaine, ce même député avait demandé « solennellement » au chef de l’État de revenir sur cette nomination.
Durant la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le député RN, Yoann Gillet, a protesté contre le fait qu’Amélie de Montchalin soit demain « juge et partie », tandis que la députée PS, Marietta Karamanli, s’est alarmée que « le code de déontologie des juridictions financières (soit) mis à mal ».
« Je vous invite à respecter (…) le pouvoir de nomination du président de la République », a répondu la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, soulignant la dimension collégiale des décisions de la Cour des comptes, et se félicitant de l’attribution du poste à une femme.
Au-delà, c’est davantage une volonté prêtée à Emmanuel Macron de placer ses proches à la tête des principales institutions à l’approche de la fin de son mandat qui est mise en cause.
Marine Le Pen a ainsi accusé mercredi le chef d’Etat de chercher à « placer ses fidèles et perturber la future alternance démocratique ».
Pour Marine Tondelier (Les Écologistes), cette nomination « n’obéit à aucune logique autre que le fait du prince », tandis qu’au Parti socialiste, le député Arthur Delaporte estime qu’« en fragilisant l’institution qu’est la Cour des comptes », Emmanuel Macron « fragilise plus largement la République ».
Quant à Éric Ciotti (UDR), allié du RN, il dénonce le « passage en force sans précédent d’un Président qui place ses proches pour garder le pouvoir » après 2027.
Les oppositions questionnent également la jeunesse de la ministre, âgée de 40 ans, alors que sa nomination est irrévocable et que l’âge limite pour quitter le poste de premier président de la Cour des comptes est de 68 ans.
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