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Une loi intégrale, 2,6 milliards d’euros par an, l’application des préconisations de la Ciivise : après la mort de Lyhanna, plus d’un millier de personnes rassemblées devant la cour d’appel de Paris ont sommé le gouvernement d’agir, lundi 8 juin. Un hommage à « la victime de trop », déplacé à la dernière minute après l’interdiction du rassemblement devant la Chancellerie.

Plus d’un millier de personnes se sont rassemblées, malgré la pluie, devant la cour d’appel de Paris, lundi 8 juin, pour un hommage à Lyhanna, retrouvée morte en fin de semaine dernière, dans le cadre d’un appel national lancé par plusieurs organisations de défense des droits de l’enfant et des femmes, qui a réuni dans toute la France plus de 60 000 personnes. L’image de la foule, drapeaux et pancartes à la main et faisant face au Palais de justice, est symbolique et marquante, mais n’est pas celle que l’on aurait dû voir.
Car ce rassemblement était initialement prévu place Vendôme, face à la Chancellerie, mais il a finalement été déplacé à la dernière minute, après que la préfecture de police a interdit la manifestation devant le ministère – interdiction qui n’a finalement pas eu l’effet escompté, plusieurs centaines de personnes ayant pu accéder à la place.
Ce déplacement a perturbé l’organisation du collectif d’associations, en colère lors des prises de parole devant la foule : « On n’avait pas prévu d’être devant l’ancien palais de justice, ou devant la préfecture de police (située sur la place où avait lieu le rassemblement, ndlr), car notre propos n’est pas de pointer du doigt les fonctionnaires individuels, même si certains ne font pas toujours ce qu’il faut », a expliqué à la tribune Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes.
C’est vers le politique qu’a été destiné son propos : « Notre colère se dirige vers un système qui n’est pas réformé, vers un gouvernement qui ne veut pas nous entendre ! »
Et de viser le garde des Sceaux, selon elle responsable de l’interdiction de manifester : « Gérald Darmanin ne veut tellement pas nous entendre qu’il nous a demandé de déménager l’hommage à la petite Lyhanna. Mais les femmes, les féministes, les enfants, les mamans sont toutes ici, et il devra nous entendre. »
Anne-Cécile Mailfert a représenté 150 associations, ONG et syndicats de la Coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Une coalition « historique », a-t-elle assuré.
Et qui semble partie pour durer. « On ne va pas se lâcher, car on mène les mêmes combats contre les violences sexuelles, les violences masculines, le patriarcat, l’impunité, contre un système qui protège davantage les agresseurs que les victimes, pour que ce gouvernement agisse enfin pour améliorer la prévention, et pour la justice et pour la réparation. »
Un hommage a bien sûr été rendu à Lyhanna, « la victime de trop, car elle rejoint la longue liste des femmes et des enfants victimes de viol, d’inceste, de féminicide ou d’infanticide que notre pays n’a pas su protéger ».
Une minute de silence a été respectée pour la jeune fille, « sa famille, ses amis, pour toutes les victimes enfants, pour toutes celles et ceux qui ne sont plus là car les institutions ont regardé ailleurs, pour tous les survivants et survivantes de violences sexuelles qui se battent pour garder la tête hors de l’eau ».
Le but de la coalition formée est de plaider pour une loi intégrale contre les violences sexuelles. Une loi qui contiendrait, d’après les associations « une véritable politique publique continue et coordonnée », en lieu et place de « mesures parcellaires et éclatées ».
Cela passerait notamment par un investissement annuel de 2,6 milliards d’euros contre les violences sexistes et sexuelles, la mise en place effective de trois séances d’éducation à la vie affective et sexuelle et la tenue de séances consacrées à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la lutte contre les préjugés sexistes et à la lutte contre les violences faites aux femmes.
Au total, une dizaine d’intervenantes se sont relayées à la tribune pour exprimer leur colère et leur tristesse, et pour demander des actions concrètes. Des discours qui ont trouvé de l’écho dans la foule.
« On espère un réel changement de politique de la part du gouvernement, attend Élisa, étudiante en psychologie. Cela fait des années qu’on attend quelque chose. On espère que cet événement dramatique amène un vrai changement et une meilleure prise en charge du gouvernement, avec beaucoup plus de moyens ». Au cours de son cursus, elle assure constater « une situation catastrophique, avec des millions de signaux d’alarme que personne n’écoute ».
Son amie Lila, étudiante en droit, appelle quant à elle à une évolution de la prise en charge des victimes par les forces de l’ordre : « Ce sont les premières personnes au contact des victimes. Lorsque l’on arrive au commissariat et que l’on est placés dans des files séparées, comme cela avait été proposé, ou quand on ne nous prend pas au sérieux, c’est très difficile de parler, et beaucoup de plaintes sont retirées car la victime sait qu’il n’y aura pas de suite. »
La question des crédits alloués à la justice revient particulièrement souvent : « Nous avons un budget très bas par rapport à la moyenne européenne, c’est assez scandaleux », résume Julien, fonctionnaire dans l’administration de la mairie de Paris. Selon lui, il faudrait d’abord appliquer les propositions de la Ciivise, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.
Parmi ces propositions : le repérage, par le questionnement systématique effectué par les professionnels en contact avec des enfants, des violences sexuelles auprès de tous les mineurs et la spécialisation et la formation obligatoire des magistrats et enquêteurs sur les violences sexuelles faites aux enfants. « Les professionnels ont réfléchi, maintenant c’est le moment de faire les choses. »
« Reprendre ces propositions faites par des experts, faisables, construites et documentées, ainsi que celles du collectif qui s’est exprimé aujourd’hui, c’est la base », abonde Anaïta David, adjointe Génération.s au maire d’Arcueil (Val-de-Marne), en charge des droits de l’enfant. « La vraie victoire, ce sera qu’un viol ou un meurtre ne se produise pas », espère-t-elle.
Tout au long de la manifestation, une formule a dominé le rassemblement : « Darmanin démission ! » Mais le ministre de la Justice a assuré qu’il resterait en poste jusqu’à la présidentielle.
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