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Dans des établissements déjà frappés par la vétusté et la surpopulation, les épisodes de chaleur extrême aggravent les conditions de détention. Réunis à l’Académie du Climat, juristes et défenseurs des droits ont dénoncé un angle mort de la politique pénale et pénitentiaire française.

La France a battu deux records ce printemps. Le premier, et c’est devenu une triste habitude, celui de la surpopulation carcérale : 88 654 détenus au 1er mai 2026. Un taux de suroccupation globale de 140 % et « pas une seule prison sans surpopulation ». Le deuxième record : une vague de chaleur exceptionnelle pour un mois de mai depuis le début des relevés météorologiques, avec des pics à 37,8 degrés en Charente, par exemple.
Et quelle température dans les prisons françaises, ces « entrepôts humains » épinglés par le Conseil de l’Europe fin janvier, où trois à quatre détenus vivent dans 9m² ? Pour les relevés thermométriques, on peut se tourner vers le barreau de Versailles. Contacté par le JSS le mois dernier, après une visite, le bâtonnier a fait état de températures pouvant atteindre 35 degrés dans des cellules de la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, l’une des plus surpeuplées de France.
« Aux Baumettes, à Marseille, quand il fait 30 degrés à l’extérieur, il fait 36° à l’intérieur, témoigne Laurence Roques, responsable du groupe de travail Droit de l’environnement au Conseil national des barreaux (CNB). Les détenus cassent les fenêtres anti-bruit pour obtenir un ventilateur ».
A l’heure où le bâti pénitentiaire vieillissant et la surpopulation chronique ne permettent pas de garantir la dignité des conditions de détention, les avocats se sont penchés sur l’impact de la crise climatique sur les détenus, lors d’un colloque organisé ce vendredi 5 juin à l’Académie du Climat.
« Il a été dur de trouver des intervenants », confie l’avocate Laurence Roques, tant cette question reste un impensé de la politique pénale et pénitentiaire. Il est vrai qu’entre les rats, les punaises de lit, les difficultés d’accès aux soins, s’intéresser à l’impact du changement climatique et au verdissement des prisons peut paraître « hors sol », pointe Dominique Simonnot. Constat amer de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) qui vient une nouvelle fois d’alerter « en urgence », ce vendredi 5 juin, sur des conditions de détention « gravement dégradées » au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan.
Pourtant, aucune des 188 prisons de l’Hexagone n’échappent aux risques climatiques qui pèsent aussi bien sur les détenus que sur le personnel pénitentiaire, insiste Chloé Lailler, juriste pour l’association Notre Affaire à Tous, autrice d’un rapport publié en juin 2024 sur les prisons françaises à l’épreuve du climat.
D’après ce rapport, 15 établissements cumulent même huit facteurs aggravants, parmi lesquels la vétusté des bâtiments, les problèmes d’accès à l’électricité, mais aussi, et plus prosaïquement, l’absence de douches en cellule, la bétonisation des cours de promenades.
La chaleur ne représente pas le seul risque de surexposition en prison, insiste la juriste : inondations, feux de forêt à proximité immédiate d’établissements pénitentiaires isolés, proximité directe de sept établissements avec un site classé SEVESO. « L’évacuation des détenus est pensée pour une capacité théorique qui ne prend pas en compte les taux d’occupation réels ».
Quant à la chaleur, des études montrent une corrélation entre hausse des températures, hausse des violences et des taux de suicide dans la population générale. « Je vous laisse imaginer ce qu’il en est dans les prisons… », déplore Chloé Laillier.
Aujourd’hui, l’administration pénitentiaire présente le verdissement des prisons comme un moyen d’apaiser la détention et comme un levier d’insertion. Elle emploie le terme de décarbonation des prisons, introduit quelques espaces gazonnés qui restent souvent inaccessibles aux détenus.
Et quelques arbres. Comme sur cette photo des Baumettes, présentée au colloque, où l’ombre formée par deux pins solitaires juchés sur une butte aride peine à convaincre. Des jardins potagers se développent en prison, mais « ils sont petits et ne peuvent bénéficier qu’à une poignée de détenus », soulève l’architecte urbaniste, Mélanie Bouteille.
Quant au futur bâti pénitentiaire, son verdissement annoncé « ne compense pas les effets négatifs ». « Cela reste des établissements énergivores construits en béton, dont la construction conduit à l’artificialisation des sols ». C’est d’ailleurs le principal argument des opposants au projet de prison à Noiseau, dans le Val-de-Marne, où le conseil d’État a validé le lancement du chantier sur des terres agricoles. « Il n’y a pas de changement de paradigme dans la construction des prisons mais des ajustements à la marge qui permettent à l’administration de verdir son image ».

« La prison verte est une utopie », assène Dominique Simonnot qui se remémore l’établissement pour mineurs de la Valentine, à Marseille. Il y a un an, face aux conditions lamentables de détention, la Contrôleuse générale en avait demandé la fermeture. « La Valentine, c’est pour moi le souvenir d’enfants courant et criant à travers des collines pelées. Comme des cabris. Comme des bêtes ».
Invitée au colloque mais absente pour cause de changement à sa direction générale, l’administration pénitentiaire n’a pas pu apporter sa version des faits.
Face au constat, la CGLPL refuse pourtant de « renâcler » : comme toute aide est bonne à prendre, « le climat peut être une porte d’entrée pour défendre la dignité des détenus », déclare Dominique Simonnot. « L’Observatoire international des prisons (OIP) a un discours encore inabouti sur la question », reconnaît Matthieu Quinquis, son directeur.
« Nous avons peu d’illustrations du contentieux environnemental qui reste un contentieux circonstanciel ». Et l’avocat de noter que le mot « climat » est quasiment absent du code pénitentiaire. « Ce contentieux nous cantonne à la réaction et intervient à contre-temps : il se résume à constater qu’il fait chaud. En revanche, le contentieux relatif à la construction des prisons peut, lui, être une piste », précise-t-il.
A Crisenoy (Seine-et-Marne), Noiseau ou encore… à Muret, en Haute-Garonne, où la création d’une troisième prison est au point mort, après les recours juridiques de la municipalité et de plusieurs associations.
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