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Le tribunal de Bobigny jugeait en ce mois de mai un policier pour des violences ayant occasionné deux jours d’ITT sur un jeune homme gardé à vue. L’agent reconnaît une gifle, mais nie le passage à tabac rapporté par le plaignant.

Au premier rang à droite de la salle d’audience, un adolescent, une femme ronde aux cheveux platines vêtue d’un sweat-shirt blanc « Cortina d’Ampezzo » et un jeune homme musculeux à t-shirt noir et bouc discret au bout du menton. L’affaire est appelée et l’adolescent se lève, sous les encouragements des deux autres. Il n’a pas d’avocat, et un interprète se poste à ses côtés.
La présidente de la 14e chambre correctionnelle de Bobigny appelle le prévenu, Flavien E., un policier au cheveu rare et à la large carrure – afin qu’il écoute, debout à la barre, la synthèse du dossier qui pèse sur lui. Elle raconte.
Postée à l’accueil du commissariat de Villepinte, la policière adjointe a soudain entendu des cris qu’elle a plus tard qualifiés de « glaçants », des cris, poursuit-elle alors qu’elle est auditionnée par un fonctionnaire de l’IGPN, en provenance des geôles, où elle s’est précipitée sur-le-champ, et ce qu’elle a vu, c’était le brigadier Flavien E. en train de frapper avec ses poings sur un gardé à vue.
Cet évènement s’est déroulé le 29 novembre 2025, et a déclenché une procédure à l’encontre de Flavien E. Ses collègues ont témoigné. L’un a expliqué que ce n’était pas la première fois que Flavien E. se montrait violent à l’égard d’un gardé à vue, et pour illustrer son propos, cite l’exemple d’une femme violentée. Contactée par l’IGPN, la femme a confirmé avoir été frappée dans sa cellule, un « coup de pied » pour la « calmer », rapporte-t-elle, parce qu’elle était « hystérique ». Elle n’envisage pas de déposer plainte.
Ces témoignages posent d’emblée le cadre de l’audience qui juge le droit-dans-ses-bottes brigadier, prévenu de violences contre le jeune Rayane. Le policier dit : le gardé à vue était très excité, il est entré dans la cellule pour le calmer. Il l’a giflé quand Rayane l’a empêché de fermer la porter, ça, il l’admet. Puis, il s’est frappé la tête contre le radiateur, des vidéos l’attestent.
Après avoir vu la tête de Rayane, un collègue de Flavien s’est exclamé (la présidente lit) : « C’est horrible, il l’a défoncé. » Flavien a complété : « Il a mangé une bonne tarte. » La présidente l’interroge : « Vous pensez que c’est un propos en accord avec le travail que vous exercez et le devoir d’exemplarité d’une personne dépositaire de l’autorité publique ?
-Je n’aurais pas dû mettre une claque, et même rentrer seul dans la cellule. » Flavien E. se tourne vers le plaignant : « D’ailleurs je suis désolé pour la claque. »
« Vous avez conscience que c’est vous qui provoquez cet état d’excitation de la part du gardé à vue ? Vous avez déjà commis d’autres violences ?
-Il y a l’affaire qui a été évoquée.
-C’est ça, cette femme explique que vous êtes rentré seul dans la cellule et lui avez mis un coup de pied. »
Le jeune Rayane, longs cheveux en arrière, tâches de rousseurs et air de chien battu, s’explique, d’une voix rauque et plaintive, au travers de son interprète en langue arabe : « Lorsque j’étais en garde à vue, un policier… » La femme blonde agite les bras comme si elle s’égosillait en silence : « C’est pas du tout ce qu’il a dit ! » Son fils hoche la tête : « L’interprète ne parle pas le même arabe, il confond des mots, ça change le sens. »
L’avocat de la défense n’apprécie pas l’intervention, que la présidente écourte sèchement. Rayane reprend son récit et raconte le moment où le policier revient en cellule pour le frapper. Il est ensuite assis et menotté à un banc. « J’étais comme en crise.
-Qu’est-ce qui fait que vous êtes en crise ?
-Les coups. »
Et c’est à ce moment qu’il se tape la tête lui-même : pour être emmené à l’hôpital et échapper à celui qui venait de le frapper à terre.
L’avocat de la défense se lève soudainement et se plaint d’être pris à partie par la dame en sweat-shirt blanc et son fils. Ces derniers nient. Puis ils profitent de ce bref temps de parole pour rappeler que des erreurs de traductions persistent changent le propos. L’interprète ne semble pas vexé, mais la présidente les interrompt et les somme de se taire, ou c’est dehors. Le fils lève les yeux et les mains, paumes vers l’avant, et se ferme la bouche avec un zip imaginaire.
Cette femme et son fils sont ceux qui ont amené Rayane au commissariat pour qu’il dépose plainte. Ils le connaissent du marché, où se jeune sans papiers vend des fruits et légumes. Ils ont l’habitude de l’héberger, lui et son frère. Lorsqu’ils l’ont vu amoché comme il l’était après sa nuit au commissariat, ils ont pris les choses en main. Au tribunal, ils aimeraient montrer les photos des ecchymoses de Rayane, mais la greffière leur a expliqué que ça ne se passait pas comme ça. Alors ils montrent les photos à la cantonade en poussant des petits cris indignés.
La procureure apporte un grand crédit à la policière adjointe, non seulement car elle est un témoin visuel, mais aussi parce qu’elle est décrite comme étant très choquée parce qu’elle vient de voir. Selon elle, les faits sont établis. Elle requiert. Quatre à six mois avec sursis
L’avocat de la défense évoque un gardé à vue « particulièrement virulent, qui profère des outrages et se tape la tête dans la cellule et à l’extérieur. » Son client, en revanche, doit bénéficier d’une clémence particulière, car : « Je ne sais pas si vous avez beaucoup de dossiers où le prévenu fonctionnaire de police reconnait aussi bien et présente ses excuses à la victime. » Il demande une dispense de peine et une non-inscription au bulletin N°2. La procureure se lève et s’y oppose.
Après en avoir délibéré, le tribunal condamne le prévenu à 9 mois de prison, et à une interdiction d’exercer des fonctions en contact avec le public pendant 6 mois. La demande de non-inscription au B2 est rejetée.
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