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Karim, 31 ans, est prévenu de harcèlement au préjudice de son ex-compagne. Il conteste la durée de la période de prévention et explique son comportement inquiétant par une psychose, désormais prise en charge.

L’envoi de 228 messages en cinq heures caractérise-t-il un harcèlement ? Sans aucun doute, et Karim en convient. C’était le 17 août 2024, il était ivre, drogué et très énervé. La présidente dit : « Aux policiers, vous avez déclaré : ‘elle a tout fait ce soir-là pour que je lève la main sur elle.’ Vous en pensez quoi ?
– J’étais en bouffée délirante aiguë, suite à cet épisode on m’a hospitalisé en hôpital psychiatrique. »
Il ajoute : « J’avais un sentiment de persécution très exacerbé, et j’avais l’impression que mon fils était en danger, j’avais donc un besoin impératif de le voir. »
La juge dédramatise : « Vous étiez dans une phase difficile ? », mai Karim insiste : « J’étais tout simplement malade.
– Malade ? Vous avez des éléments ?
– J’ai un suivi au centre médico-psychologique (CMP). J’ai passé un mois hospitalisé, du 2 novembre 2024 au 5 décembre.
– Vous avez des attestations ?
– J’ai celles du CMP. »
Karim explique qu’il reçoit des injections d’antipsychotique tous les mois.
– Donc, vous avez eu une psychose ?
– J’ai eu une période psychotique.
– Et la durée de vos soins ?
– Elle est indéterminée. Je vais devoir me faire soigner pendant quelques années. Si je ne prends pas mes médicaments, je vais avoir une rechute.
– (assesseur de gauche) Monsieur, y’a un diagnostic qui a été posé ?
– Pas de diagnostic exact, je ne peux pas vous dire si je suis bipolaire ou autre.
– Les faits de harcèlement, vous les reconnaissez ?
– J’ai pas le souvenir de tout, mais je reconnais les appels récurrents.
– Et vous pensez que ça fait quoi pour la personne qui les reçoit ?
– De la gêne. De la peur aussi.
– (Présidente) Monsieur, la période de prévention c’est sur une période d’une année. Qu’est-ce qui s’est passé pendant un an, et qu’est-ce qui a déclenché ces bouffées délirantes aiguës ?
– Je ne me rappelle pas l’avoir harcelée pendant un an.
– Ce qui est constaté, c’est que vous l’appelez de manière pour le moins intempestive pendant une année. Vous nous parlez de votre mal-être à l’automne 2024, mais c’est bien plus ancien, votre comportement harcelant.
– Si vous le dites. »
Sophie* a déposé une première plainte le 7 janvier 2024 pour des faits de harcèlement dont, depuis des mois déjà, elle dit être victime. C’était bien avant l’hospitalisation de Karim. Était-ce déjà ces « bouffées délirantes » dont le prévenu a l’air de faire la cause unique de son comportement harceleur et violent ?
La juge feuillette le dossier, l’air de penser que cette « bouffée délirante aiguë » est un alibi bien commode. Son ex-conjointe craignait qu’il la frappe devant leur enfant, qu’il la viole et même qu’il la tue, tant ses « crises » étaient terrifiantes, témoigne-t-elle à la barre. Ils sont déparés depuis 2018. « Pour le bien-être de notre enfant, j’ai essayé de maintenir le lien avec lui. Je suis une femme peut-être trop empathique, mais pendant toutes ces années, il y a eu énormément de chantage affectif, de pression psychologique. »
La présidente la ramène dans les liens de la prévention : « On est là pour le harcèlement, je rappelle ça à toutes fins utiles. Monsieur dit que ce n’était pas sur toute la période de prévention (qui débute le 3 septembre 2023). Mais je vois que la première fois que vous portez plainte, c’est le 7 janvier. Pouvez-vous préciser sur quelle période Monsieur vous a harcelé ? »
L’avocat de Sophie intervient : « Sa première plainte date de novembre 2021 », elle tend un papier.
– Monsieur dit que ce n’était même pas sur un an.
– Peut-être qu’il en n’a pas conscience ? »
Dans ces conditions, Sophie ne demande qu’une chose : qu’il ne l’approche plus. Elle voudrait également 1 000 euros pour son préjudice moral, ce qu’elle obtiendra. La procureure, elle, voudrait 8 mois de sursis probatoire assortis d’une obligation de soins, d’une interdiction de contact et de paraître au domicile de son ex-conjointe, ce qu’elle obtiendra également.
*Le prénom a été changé
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