Tribunal de Paris : « C’est à se demander si vous êtes humain ou lama »

Un homme ivre frappe gratuitement deux hommes, insulte, outrage et mord les policiers qui l’embarquent. Une soirée ordinaire, rue de Lappe, dans le 11e arrondissement de Paris.


mercredi 3 juin à 17:034 min

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Photo via iStock/Djavan Rodriguez

Rayane est amoché. « Vous avez dit en garde à vue que vous vouliez porter plainte », lit la présidente. « Ils m’ont pas autorisé à porter plainte », répond un Rayane bougon.

11 avril 2026, rue de Lappe où s’entassent bars et établissements de nuit, à deux pas de la Bastille. Une patrouille de police entend des hurlements. Lorsque les agents arrivent sur le lieu d’où proviennent ces cris, ils voient « un individu de type nord-africain » armer un coup de poing et l’asséner à Christian, 47 ans, qui s’effondre. Celui qui a mis le coup de poing s’appelle Rayane et il a 1,7 gramme d’alcool dans le sang, dit l’éthylotest.

De fait, Rayane est très, très ivre. Virulent, moulinant des bras alors que les policiers cherchent à l’appréhender. Rayane tente de s’enfuit en courant, un policier l’attrape et le plaque au sol, c’est pourquoi il a cette grosse marque sur le visage.

Le lendemain, un homme se rend au commissariat où Rayane a passé la nuit, pour leur expliquer que la veille, plus tôt dans la soirée, alors qu’il ne faisait strictement rien d’autre que de boire un verre devant le bar où il était sorti, Rayane lui a mis une grosse droite au visage. L’homme s’est effondré. Comme il a été pris de convulsions, des passants l’ont mis en PLS et une ambulance l’a emmené à l’hôpital, où il a passé la nuit en observation.

Cet homme est l’ami du second, et en réalité, c’est lui qui a été frappé le premier. La seconde victime, celui qui a causé l’intervention des policiers, était allée demander des comptes à Rayane, qui n’a pas tergiversé avant de l’étaler comme le premier.

Et ce n’est pas tout.

« Je vais pas tout répéter, j’en ai les oreilles qui saignent encore »

Dans la voiture, au commissariat, dans les geôles, Rayane a insulté les policiers. « Je vais pas tout répéter, j’en ai les oreilles qui saignent encore », dit la présidente, qui répète une partie des insultes – assez banales, il faut le dire – proférées par l’homme ivre. Certaines de ces insultes revêtent un caractère raciste. Un policier se plaint qu’il l’ait mordu.

Avec sa caméra piéton, une policière a filmé 38 secondes d’insultes non-stop, qui s’achèvent par un crachat – qui a fini sa course dans la bouche de la policière, et occasionné un traitement préventif contre le Sida, et tous les tracas qui l’accompagnent.

De tout ceci, Rayane, 20 ans, a un souvenir très flou. Il ne reconnaît pas les violences contre les deux amis du bar, nie le crachat et la morsure, mais se rappelle bien les outrages contre les policiers, « parce qu’ils me frappaient », se justifie-t-il.

« On a l’impression d’une violence gratuite. Les deux hommes disent que vous les auriez frappés d’un seul coup.

-J’avais beaucoup bu, j’étais pas dans mon état normal.

-C’est pas une circonstance atténuante, au contraire.

-Je sais.

-Parce que c’est facile, on se met minable et après on dit qu’on se souvient plus. »

Rayane sait, car il boit depuis l’âge de 13 ans, et que ce n’est pas la première fois qu’il a l’alcool mauvais. La présidente le cite : « J’suis arabe, j’vais vous baiser’, c’est quoi là, c’est la guerre ?

-J’ai honte, mais j’ai trop bu.

-Mais le Rayane qui boit, c’est un Rayane raciste. La policière à qui vous avez dit ‘grosse blonde blanche’, elle va s’en souvenir. Et les crachats ? C’est à se demander si vous êtes humain ou lama. »

« Le tribunal s’inquiète pour vous aussi »

« J’ai bu, mais c’était pour une raison », se défend Rayane. Il demande s’il doit la dire, la présidente dit que son avocat pourra la plaider. On comprend que Rayane buvait pour oublier, et qu’il a eu besoin de boire beaucoup. Ça a commencé par quelques canettes sur un parking. « S’alcooliser seul sur le parking, ça ressemble à un suicide à petit feux… Le tribunal s’inquiète pour vous aussi, c’est pas une vie ça. »

Quatre incarcérations, des problèmes d’addiction notoires. Le procureur lit le détail d’une condamnation pour violences, et dit sur un ton grave : « Ça s’appelle de la torture correctionnalisée », avant de ne pas se rasseoir, car c’est déjà à lui de requérir.

« Si ce dossier passe en comparution immédiate, c’est parce qu’il y a cette espèce de banalisation des insultes racistes à l’égard des policiers. On a des ‘sale blanc, sale pute blanche’. Même quand il n’est plus ivre, il est défiant, insolent », poursuit-t-il, avant de conclure que, probablement, Rayane a un problème avec la violence. Il demande 15 mois de prison, dont 6 avec sursis probatoire, la partie ferme étant aménagée ab initio.

Le tribunal surpassera ces réquisitions : deux ans de prison dont un an avec sursis probatoire. La partie ferme est aménagée sous la forme d’un bracelet électronique.

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