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A Pontoise comme ailleurs, avant que le tribunal ne prenne les dossiers « au fond », il faut purger les renvois et les demandes de mise en liberté, ce qui prend un peu de temps à chaque audience… environ 1h20.

Le tribunal ouvre son audience par « la grosse affaire », mais hélas, déplore la présidente d’une voix stridente et énergique, il est nécessaire de renvoyer le dossier, car la justice a oublié de convoquer un interprète pour permettre à la partie civile de s’exprimer, cet homme au nom turc qui se lève d’un bloc, un peu raide, qui maîtrise suffisamment bien le français pour comprendre les mots que la juge vient de prononcer, mais pas assez pour raconter les circonstances des faits, ce qui s’avère indispensable, les avocats de la défense, de la partie civile, le procureur et les juges en conviennent unanimement.
« C’est dommage », intervient l’avocate de l’homme, « j’ai dit à son ami qui s’était proposé de traduire de ne pas venir, car il y aurait un interprète ». La juge grimace. C’était prévu, mais voilà. Un peu désolée, elle demande à l’homme : « Comment ça va, vos blessures ?
-Ça va pas, j’ai mal au poignet et à l’oreille.
-D’accord, asseyez-vous. »
Elle annonce un renvoi au 16 janvier, un délai très court quand on connait l’encombrement des tribunaux. Elle avise les trois jeunes hommes alignés devant elle, prévenus de violences suivies d’une ITT supérieure à 8 jours sur l’homme raide qui vient de se rasseoir : « Vous souhaitez demander une modification du contrôle judiciaire, ou ça vous convient comme ça ?
-Ça me convient.
⁃ Pareil.
-Rien à dire.»
C’est alors que le suivant – on ne perd pas de temps – se lève à l’appel de son nom. Alexandre est dans le box. Il fait une demande de mise en liberté. « Pourquoi souhaitez-vous faire cette demande ?
-Je souhaitais sortir pour préparer ma vie, travailler, être avec mon enfant et ma femme
-Votre femme est sur le point d’accoucher, disiez-vous ?
-Elle a accouché il y a une semaine.
-Alors, garçon, fille ?
-Garçon.
-Cette demande, alors ?
-Je souhaite me désister.
-(Avocat) Nous réservons nos observations pour le fond.
-C’est prévu quand ?
-Le 27 novembre.
-(Avocat) Mesdames et monsieur du tribunal, Monsieur le procureur, ce fut court mais intense. »
Le dossier suivant, une autre demande de mise en liberté, est encore plus bref. Kévin a refusé d’être extrait, son avocat a refusé de venir, la présidente rappelle qu’il est poursuivi pour des violences ayant entraîné une ITT de plus de six semaines. « Rejet ? Allez, rejet. »
C’est allé tellement vite que les policiers n’ont pas eu le temps de monter le prévenu suivant du dépôt. Profitant de ce moment de latence, la présidente se lance avec entrain dans un cours sur les comparutions immédiates au public jeune venu assister à l’audience, « et quand le prévenu n’a pas eu le temps de rentrer à la maison, il peut très bien décider qu’il n’est pas en état d’être jugé aujourd’hui », au risque de se retrouver en détention provisoire si le tribunal estime qu’il représente une menace pour l’ordre public, conférence-t-elle.
« Et voilà », ponctue-t-elle, avant que le silence ne retombe sur la salle, un silence qui appellerait une suspension le temps le prévenu remonte des geôles, mais il est déjà en mouvement, il chemine dans les couloirs étroits et obscurs, menottes aux poignets, escortés par des policiers, alors le silence dure, jusqu’à ce qu’enfin, la lourde porte s’ouvre sur un homme qui sur le champ jette un regard circulaire dans la salle, comme pour la scanner.
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