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CHRONIQUE JUDICIAIRE. Un homme de 25 ans comparaissait devant la 6e chambre correctionnelle parisienne pour une tentative d’agression sexuelle sur une jeune femme vulnérable.

Qaiss B., 25 ans, comparaît pour vol en réunion, mais aussi et surtout pour une tentative d’agression sexuelle sur personne vulnérable. Au mois de juin dernier, les policiers municipaux ont été requis par un témoin, pour une agression sexuelle en bord de Seine, non loin d’une base nautique.
« Vous étiez sans tee-shirt, vous êtes monté sur la victime qui était assise sur un banc public et vous avez essayé de l’embrasser à plusieurs reprises mais elle vous a repoussé. [Et un peu plus tard], elle s’est rendu compte que son enceinte portable avait disparu », résume le président. Absente à l’audience, Léa (1) a expliqué aux enquêteurs qu’elle était assise sur un banc, quand deux personnes s’étaient arrêtées à sa hauteur. Dont Qaiss B. : « À un moment il a enlevé son tee-shirt, il a essayé de me faire boire de force. J’ai voulu rentrer, mais il a insisté pour que je reste, et il m’a dit que si j’appelais mon frère il allait me taper ».
Qaiss. B, qui a coupé le président une bonne douzaine de fois, sous le regard de plus en plus affligé de son avocat, vient de le faire pour la dernière fois de l’audience : le président le fait menotter et redescendre dans les geôles, avant de faire acter l’incident par la greffière, et de rester silencieux quelques dizaines de secondes, le temps que les hurlements s’estompent au loin.
On passe au PV d’audition de l’autre homme qui accompagnait alors Qaiss B.
Il a expliqué sur PV qu’ils se baladaient, puis s’étaient assis à côté d’une voisine sur un banc. Qaiss B. avait alors enlevé son tee-shirt, « mais je pense que c’est parce qu’il faisait chaud. J’ai pas vu qu’il voulait l’embrasser, j’ai juste vu qu’ils se chamaillaient. Elle mettait un peu sa main en opposition mais je m’en suis pas mêlé ».
Le prévenu, pour sa part, a toujours contesté avoir tenté d’embrasser Léa. Il l’a même nié avec une classe toute relative en audition : « C’est une handicapée ! Tu crois que je vais toucher ça ? ». Le président se tourne vers la défense : « Maître, je vais demander à ce que votre client remonte, au regard des contradictions majeures, mais je ne tolérerai aucun autre écart ».
Qaiss B. reparaît, un peu plus calme. Il peut enfin s’expliquer : « En fait, moi, je viens tout de temps à la Seine pour faire du sport, c’est pour ça que j’avais mon tee-shirt enlevé. Je l’ai vue assise sur un banc. Elle est handicapée, je la connais depuis tout petit, alors j’ai voulu lui donner un truc à manger ».
« On a quand même une dame [témoin oculaire mais de loin, ndlr] qui dit que vous avez tenté de l’embrasser », le relance le président. « Elle a dû mal voir les choses, ou mal comprendre les choses. En aucun cas j’ai voulu l’embrasser, je connais son frère. J’ai juste voulu lui donner un truc à manger parce qu’elle me faisait pitié ».
En termes de personnalité, Qaiss B., dix mentions – d’une diversité admirable – au casier. Depuis son interpellation, il s’est vu retirer sa carte de séjour et a écopé d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), même « on est toujours dans le délai de recours de 48 heures », ponctue le président.
L’avocate de la partie civile souligne l’état de vulnérabilité de Léa, « connu de monsieur et de son comparse ». Pour elle, « la témoin est parfaitement claire, elle l’a vu à plusieurs reprises essayer de l’embrasser. [Léa] est particulièrement choquée par ce qu’il s’est passé, par la façon dont elle a été traitée. Elle est en train de perdre l’un des seuls plaisirs qu’elle s’accorde après sa journée de travail en ESAT [établissement et service d’accompagnement par le travail, NDLR], qui est de se promener en bord de Seine en écoutant de la musique ».
Elle souligne que Qaiss B. « habite chez sa mère, dans la même rue qu’elle, donc il faut au moins une interdiction de contact, parce qu’elle ne trouvera pas la paix autrement ». Elle sollicite 1000 € de dommages-intérêts pour préjudice moral : « C’est le prix de sa dignité, et de l’argent qui lui permettra peut-être de consulter en libéral pour lui permettre de se détacher du souvenir traumatique de cette agression sexuelle. […] Parce qu’elle va devoir être aidée pour passer à autre chose ».
« Monsieur pense qu’il passe devant le tribunal correctionnel parce qu’il a donné des frites à cette jeune femme et qu’il a fait du sport », tâcle la proc’. Elle réclame 10 mois avec mandat de dépôt et une interdiction de contact et de paraître. « Alors, je vais être parfaitement transparent et honnête avec vous », entame l’avocat de Qaiss B. : « J’ai un doute énorme sur ce qu’il s’est passé ce jour-là. Je considère que le doute persiste encore très largement sur sa culpabilité, et je considère qu’en vertu de ce doute vous devrez le relaxer ».
Il poursuit : « Je ne pense pas que, dans ce dossier, on puisse prendre pour argent comptant ce qu’a dit cette jeune femme. Dans le rapport de mise à disposition, les policiers écrivent par exemple que “ses propos sont hésitant et contradictoires” et qu’elle “ne parvient pas à décrire les faits, qu’elle trouve tantôt normaux, tant tôt anormaux” ». Bref, « il y a ce qu’on a vu, ce qu’on croit avoir vu et ce qu’il s’est réellement passé, et ce n’est pas clair. Et ce n’est pas parce qu’aujourd’hui il s’est défendu avec beaucoup de maladresse qu’il faut entrer en voie de condamnation, je considère que les éléments du dossier sont trop pauvres ».
Le délibéré est au-delà des réquisitions : 18 mois avec mandat de dépôt, trois ans d’interdiction de contact et de paraître, cinq ans d’interdiction du territoire français (ITF).
(1) Le prénom de la victime a été modifié.
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