Tribunal de Versailles : « Le parquet est débordé, ce qui conduit parfois à faire des choix audacieux »

CHRONIQUE. Devant la 6e chambre correctionnelle, un jeune homme de 18 ans comparaissait pour avoir profité d’une obligation de pointage au commissariat voisin du magasin dans lequel il avait volé… pour retourner y commettre exactement les mêmes faits.


samedi 27 décembre 20253 min
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À l’audience, la voix de Massoud M., jeune majeur algérien, est portée par un interprète en arabe gesticulant et hilare : on ne saurait dire si c’est de la bonhomie ou du sarcasme. Il faut dire que le dossier est gratiné. À deux jours d’intervalle, Massoud M. a fait, avec le même sweat-shirt à capuche et le même complice, deux descentes dans le même Monoprix, pour piquer dans le même rayon les mêmes crèmes antirides : il y en a pour 4 826 € en tout. Interpellé dans les jours suivants et confronté aux bandes de vidéosurveillance, il a reconnu et s’est vu remettre une convocation par officier de police judiciaire (COPJ), en vue d’une audience en… novembre 2026, avec, dans l’intervalle, une obligation de pointage hebdomadaire au commissariat de la ville.

Moins de deux semaines plus tard, il a été interpellé, toujours avec le même sweat-shirt à capuche et le même complice, dans le même rayon du même Monoprix, avec cette fois 1 385 € de pots de la même crème antirides. Il explique, comme souvent dans ce genre de dossier, qu’il était sous l’influence d’un cocktail de Lyrica et de Rivotril. « Oui mais pourquoi ce Monoprix en particulier ? », interroge le président. « Il n’y a pas de raison… sauf pour le dernier, parce qu’il devait pointer au commissariat à côté, et que c’était l’occasion de faire un petit saut », répond l’interprète, mort de rire : « Il reconnaît mais il vous assure que c’est la dernière fois ».

« Manifestement [la première interpellation] ne vous a fait aucun effet, puisque vous êtes retourné au même endroit. Je ne vous dis pas qu’il faut aller voler ailleurs, mais quand même, les vigiles, c’est les mêmes ! », poursuit le magistrat. « C’est ce qu’il appelle un magnétisme, il ne peut pas s’empêcher d’aller dans ce Monoprix », synthétise l’interprète. Il a peu d’antécédents à proprement parler : deux séries de vols en réunion, dans… des Séphora de Paris et des Yvelines. Mais lorsqu’il a « paluché », ses empreintes ont fait remonter des dizaines d’affaires, toujours en cours ou tombées dans les limbes : des vols en réunion, un transport d’arme, des stups, une violation de domicile, etc. « Enfin bon », abrège le président, « je vous épargne la lecture extensive des dix pages du FAED [fichier automatisé des empreintes digitales, NDLR] ».

Le procureur explique que « le parquet est débordé, le tribunal est débordé, ce qui conduit parfois à faire des choix audacieux, comme avec cette COPJ en dépit de son absence totale de domicile, de son absence totale de titre de séjour, et même connaissance prise d’une OQTF [obligation de quitter le territoire français, NDLR] ». Pour lui, c’était « une décision pragmatique, au regard de la masse à traiter, et aussi, j’allais dire, une mesure de confiance. Mais elle nous vaut de nouveaux faits de vol ». Le même « comprend que, sans doute pour échapper à une situation difficile, il est arrivé par des passeurs, quand il était mineur, sans doute pour rechercher une meilleure fortune ».

Mais il considère que Massoud M. a « mis des coups de canif dans le contrat social » au lieu de « faire des démarches » en vue d’une potentielle régularisation : « Il a décidé de se maintenir dans une situation de précarité, et choisi un mode de vie consistant à voler. […] Tout ça a un coût social [et] un coût judiciaire ». Il requiert huit mois ferme avec mandat de dépôt, une interdiction définitive du territoire, mais aussi, par acquit de conscience, une interdiction du 78 pour cinq ans.

L’avocate de Massoud M. fait le service minimum – ou ce qu’elle peut au vu du dossier : « Je vais tenter de plaider sur la peine, huit mois c’est beaucoup, je pense qu’une peine plus courte […] serait plus pertinente dans ce dossier pour répondre à la situation de monsieur ». À la reprise, Massoud M. écope de 12 mois ferme avec mandat de dépôt, et des interdictions requises.

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