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La sixième chambre correctionnelle versaillaise jugeait un homme, prévenu de violences en état d’ivresse manifeste (en récidive) et de menaces de mort (en récidive) sur sa fille de 20 ans.

Il fait plus, sans doute entre autres à cause de ses lunettes à fines montures dorées, mais Grégory D. n’a « que » 40 ans, soit le double de sa fille, Emma. Un soir de décembre dernier, celle-ci est rentrée à la maison avec des copains, et accessoirement un petit coup dans le nez. Rien du tout comparé à son père, qui avait consacré une bonne partie de la journée à passer de la vodka au whisky, et du whisky à la vodka. Alors Grégory D. a entrepris de « jouer à la boxe » avec les copains d’Emma.
Comme ces derniers n’osaient pas porter de vrais coups, il s’est mis à taper de plus en plus fort, et « ça a dégénéré, […] alors je leur ai demandé de stopper le combat », explique Emma.
Après s’être servi un énième verre, il a mis les copains à la porte, non sans lancer à l’un d’eux : « Rentre chez ta pute de mère. »
« Il m’a dit que j’étais grosse et de partir du canapé parce que c’était son canapé », raconte Emma, alors elle est montée dans sa chambre. Mais il a débarqué, hors de lui, s’est mis à la traiter de « pute » et de « catin », avant de la jeter sur le lit. « Je me suis débattue et je me suis relevée », précise Emma, avant de faire un sac rapide pour quitter la maison.
Mais il l’a poursuivie en hurlant : « Je t’ai donné la vie, je peux te la reprendre. » Dans l’entrée, « il a attrapé ma tête et il a tapé dans la vitre de la porte ». « Deux fois ».
Quand les gendarmes sont arrivés, il a achevé de dégoupiller, et lancé à l’attention de l’un d’eux : « Je vais t’enculer, je baisse ta mère, je baise ta femme, j’encule tes origines » ; et à un autre : « Je vais t’arracher la gorge, bouffon de merde ».
Le lendemain à midi, Grégory D., redescendu à 0,60 mg d’alcool par litre d’air expiré, a enfin pu être auditionné. Entre ses réponses, il a intercalé à mi-voix ce que l’avocat d’Emma qualifie de « didascalies », toutes dûment consignées dans un « PV de comportement ». Par exemple : « J’aurais dû la frapper depuis des années, quand je sortirai de prison, elle va se faire fouetter, mais vraiment violemment. » Ou : « Même avant de sortir, j’ai des amis qui vont s’en occuper. » Ou encore : « La loi française elle est mal faite, si elle avait pris quelques claques par sa mère ou moi quand elle était petite, elle serait pas aussi irrespectueuse. »
« Est-ce que c’est la première fois que votre père a des termes comme cela à votre encontre ?
-C’est pas régulier, mais ça arrive.
-Est-ce que c’est à chaque fois sur fond d’alcoolisation ?
-Et est-ce qu’il est souvent alcoolisé ?
-Plus souvent qu’il devrait l’être. […] Mais quand il est pas bourré, c’est le meilleur des papas».
« Je voulais qu’il change, mais il n’y a pas grand-chose qui change alors je pense qu’il faut revenir à la réalité… », ajoute Emma. « Je ne conteste pas », ajoute Grégory D. : « Si elle le dit, c’est que c’est vrai, mais je m’en souviens pas ». Sous sursis probatoire pour des violences sur sa compagne, il avait notamment une obligation de soins, sauf que « j’ai demandé au CSAPA [centre de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie, NDLR] mais ils m’ont mis sur liste d’attente ». « Vous en avez parlé à votre médecin traitant ? », insiste la présidente : « Non, mais je comptais le faire, pendant les vacances. Sauf que j’ai pas eu de vacances. »
Et pour cause : il était en détention provisoire, après avoir sollicité le renvoi lors de la première audience de comparution immédiate, sans compter que le parquet avait par la même occasion ramené à exécution une ancienne peine. Il finit tout de même par lâcher : « Je pense que j’ai peut-être eu tort quand même, mais j’étais énervé. J’ai pas envie de la taper, je l’aime. »
Pour l’avocat d’Emma, Grégory D. « est dans la toute-puissance, on passe du défi à la défiance. Et sans filtre, parce que quand il consomme de l’alcool, il dit tout ce qui lui passe par la tête : insultes, menaces de crimes, menaces de mort… ». Il poursuit : « Moi, je me demandais comment on peut passer de “c’est le meilleur papa du monde” à cette situation. […] Pourquoi faire autant de mal aux personnes qu’on aime ? C’est la question qu’il devra se poser, parce qu’elles vont finir par s’éloigner de lui. »
Il réclame une interdiction de contact et de paraître au nouveau domicile d’Emma : « Éventuellement, quand il aura entamé des démarches, on verra, mais il y a un long travail à faire. » Il se tourne vers le box, et ajoute : « Vous êtes un danger pour elle, alors que vous devriez être le premier rempart, c’est-à-dire que vous devriez assurer sa sécurité. »
La procureure souligne qu’Emma, à la barre, « a dit qu’elle voulait juste des excuses, elle a tendu une énorme perche à son père, […] et tout ça avec les larmes aux yeux ». Pour elle, le prévenu n’a « aucune empathie, aucun mot pour sa fille, aucune remise en question ». Elle demande 9 mois ferme avec mandat de dépôt, et 3 de révocation de sursis probatoire.
L’avocat de la défense « aimerait remettre ces faits de violences dans leur contexte » : « On est le 21 décembre, il va accueillir sa famille pour les fêtes, et il n’a pas prévu de passer ces fêtes à Bois-d’Arcy. Il est hors de ses gonds, énervé, alcoolisé, et [à la première audience], il pète un câble quand il est incarcéré parce qu’il voit toute sa fin d’année voler en éclats, et toute sa vie s’effondrer ». Il poursuit : « Monsieur, ça fait presque vingt ans qu’il a un problème, un problème très important qui lui ruine sa vie. »
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