Article précédent

Léa* sortait du bassin de la piscine « Aqua Sénart » de Draveil. Le 11 juillet, il était peu avant 18h, et les douches étaient presque vides, mais l’homme choisit d’utiliser la douche située à côté de la sienne. Il lui demanda son âge et Léa répondit qu’elle avait 14 ans. Il lui dit qu’il avait passé […]

Léa* sortait du bassin de la piscine « Aqua Sénart » de Draveil. Le 11 juillet, il était peu avant 18h, et les douches étaient presque vides, mais l’homme choisit d’utiliser la douche située à côté de la sienne. Il lui demanda son âge et Léa répondit qu’elle avait 14 ans. Il lui dit qu’il avait passé l’après-midi à la piscine avec ses petits-enfants, puis lui demanda si elle était seule, ce qui était le cas. Quand ils eurent fini de se doucher tous les deux, il l’attira dans une cabine et tenta de poser la main de la jeune fille sur son sexe en érection qu’il venait de sortir de son slip, mais Léa parvint à s’échapper.
Le 31 juillet 2025, en sortant de la piscine de Draveil, Léa reconnut l’homme qui l’avait agressée trois semaines plus tôt. Elle le dit à sa mère, qui appela le commissariat : garde à vue, convocation, tribunal : nous sommes le 17 décembre devant la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’Évry, et l’homme est jugé pour agression sexuelle sur mineure de 15 ans.
Il a choisi le prénom de François lorsqu’il a été naturalisé français il y a une vingtaine d’années. Ce petit homme de 64 ans fraîchement retraité ceint d’un manteau gris chiné nie poliment avoir commis les faits qu’on lui reproche, tout en se souvenant bien de cette fille qui lui avait reproché de « se moquer d’elle », ce sont les mots qu’il utilise à la barre des prévenus, ce qu’il ne faisait pas du tout, puisqu’il était tout simplement en train d’accompagner sa petite fille de 9 ans aux toilettes. « Dans votre audition de police, c’était votre petit-fils », remarque la présidente. « Non, ma petite-fille », rectifie-t-il aujourd’hui, « et j’ai répondu à la jeune fille que je ne me moquais pas » ; il explique qu’elle s’était méprise.
Cela expliquerait à ses yeux une rancœur nourrie contre lui, et cette dénonciation ultérieure.
Le 11 juillet au soir, Léa* n’a pas voulu rentrer seule de la piscine, c’est la première chose qui a marqué sa mère venue témoigner devant le tribunal, car la piscine est le seul endroit où elle est autorisée à se rendre seule, un lieu de confiance où elle a ses habitudes, où cette quadragénaire un peu remontée sait que sa fille est en sécurité, du moins jusqu’à ce 11 juillet où, du téléphone d’une femme rencontrée devant l’établissement, car Léa* n’a pas de portable, la mère est formelle, sa fille l’a appelée, affolée, lui a parlé sur un ton apeuré, se souvient-elle, et lui a dit : « Maman il s’est passé quelque chose de grave, je ne peux pas rentrer toute seule ».
La mère a ensuite tout lâché pour se précipiter à la piscine, a récupéré sa fille en état de choc, dit-elle, et après, eh bien, elle devait aller chez son père, les obligations familiales ont fait qu’aucune suite n’a été donnée à cet incident, et, certainement, aucune suite n’aurait jamais été donnée à cette agression si le hasard n’avait fait que François était retourné à la piscine ce 31 juillet, encore une fois en compagnie de ses petites filles, et qu’il n’avait pas une nouvelle fois croisé la route de Léa, qui l’a formellement reconnu, c’est un élément qui ne joue pas en sa faveur – celle de François.
« Les enquêteurs ont relevé dans votre ordinateur deux visites du site sex model, le 1eraoût et le 23 juillet », remarque la présidente, un site « bien connu de cette chambre spécialisée ». La 7e chambre correctionnelle du tribunal d’Évry est spécialisée en infractions à caractère sexuel.
La présidente n’a pas besoin de le préciser, le rôle des affaires à juger est éloquent – agression sexuelle, consultation d’images à caractère pédopornographique – et le site « sex model » est connu pour abriter des annonces de prostituées qui sont souvent des mineures sexuellement exploitées, cela est attesté dans de très nombreuses procédures que la chambre examine chaque semaine. Ces adolescentes qui ont très souvent l’âge de Léa, ce qui fait un second élément qui ne plaide pas pour François.
Le psychiatre a estimé que la parole de la jeune fille était crédible et a évalué le retentissement psychologique à 2/7.
C’est pourquoi le procureur estime que, « dans ce dossier, si vous repartez des déclarations de la victime, vous avez un dossier bien corroboré ». Déjà : « Elle va raconter une scène vraiment sale, une scène qu’on aurait du mal à s’imaginer à 14 ans. » Ensuite : « Monsieur il va deux fois à la piscine, et les deux fois ça correspond exactement à ce que dit la victime. » « Ça fait une accumulation d’éléments qui fait que vous ne pouvez pas être retenues par un doute raisonnable », et alors, « si on ne peut pas condamner sur ce type de dossiers, on ne peut jamais condamner ».
Il demande deux ans de prison avec sursis probatoire. L’avocat de François, lui, ne voit rien de solide, et d’ailleurs ce dossier lui fait penser à deux dossiers d’erreurs judiciaire, celui de Loïc Sécher et de Farid El Haïry, deux hommes condamnés à tort pour des viols qu’ils n’avaient pas commis, mais il en fallait plus pour faire trembler la main de ces juges, qui ont infligé un an de sursis probatoire à François, interdiction de contact et de paraître au domicile (exécution provisoire) ; 1 000 euros de dommages et intérêt, inscription au FIJAIS. « Vous avez dix jours pour faire appel, au revoir Monsieur ».
*Le prénom a été modifié
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *