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Destinées à accueillir les mots d’enfants victimes de harcèlement scolaire ou de violences intrafamiliales, les boites blanches et vertes de l’association sont pour le moment maintenues dans la commune des Hauts-de-Seine grâce au soutien de la maire, alors que l’Education nationale fait pression pour les retirer au motif qu’elles ne seraient pas « fonctionnelles ».

À Puteaux (Hauts-de-Seine), les boites aux lettres de l’association Les Papillons ont bien failli disparaître.
Fin février, le président de l’association, Laurent Boyet, a appris d’une fédération de parents d’élèves que l’Education nationale prévoyait de retirer ces boîtes blanches et vertes destinées aux enfants. Conçues pour recueillir des témoignages de harcèlement scolaire ou de violences intrafamiliales, elles ne seraient pas « fonctionnelles », selon l’institution.
Ce que réfute le président de l’association : « Elles fonctionnent bel et bien », insiste-t-il auprès du JSS. À l’échelle de la France, ce sont entre 180 et 250 petites missives souvent alarmantes qui y sont déposés chaque semaine – en majorité par des enfants âgés de 8-9 ans -, parmi les 530 dispositifs déployés.
80 % d’entre elles font référence à des faits produits en milieu scolaire, le harcèlement en tête de liste.

À date, une dizaine de boîtes aux lettres ont été installées dans les écoles de Puteaux. « Avec une moyenne de 300 enfants dans les écoles, ce sont 3 000 enfants qui auraient pu être bâillonnés », s’offusque Laurent Boyet.
Grâce au soutien de la maire de la commune, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, « le retrait ne semble plus à l’ordre du jour, se réjouit le président de l’association. Mais avec l’Education nationale, on n’est jamais à l’abri de rien », s’inquiète-t-il.
D’autant que Puteaux est loin d’être un cas isolé. « Des municipalités et chefs d’établissements nous disent recevoir des pressions très fortes des directions académiques. Certaines préfèrent y renoncer pour ne pas se mettre l’Education nationale à dos, et je ne peux pas leur en vouloir » relate Laurent Boyet.
Des pressions « récurrentes », avance-t-il, qui auraient commencé dès les débuts de l’association, en 2021, avec le retrait des premières boites dans les Bouches-du-Rhône. « J’étais très en colère », se remémore Laurent Boyet. À Orléans, il aura même fallu l’intervention de la députée locale pour que l’association puisse continuer à installer ses boîtes.
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Ce qui ulcère le président de l’association : « On signe des conventions avec les municipalités : l’Education nationale n’a pas son mot à dire. » Laurent Boyet confie sa lassitude : « Malgré l’actualité, malgré tout ce que l’on sait aujourd’hui des violences qui peuvent être faites aux enfants dans les milieux scolaires, on leur ferme l’accès à des outils – les nôtres ou d’autres – pour libérer leur parole. »
Le président regrette par ailleurs une rupture de dialogue malgré des échanges réguliers avec le ministère, corroborés par ce dernier. Outre les discussions entre l’association et le cabinet du ministre, une convention devait par ailleurs être signée « pour parvenir à une collaboration qui respecte le cadre légal s’appliquant à l’information et à la sensibilisation sur l’enfance maltraitée, et proposant un circuit conforme aux textes en vigueur et au fonctionnement de l’Éducation nationale en matière de protection de l’enfance », explique auprès du JSS le ministère.
L’association avait toutefois formulé une contre-proposition, laquelle est restée sans réponse.
Si l’Education nationale dit ne pas s’opposer pas aux boîtes aux lettres de l’association, c’est à la condition que les enseignants récupèrent et traitent les mots les plus graves, laissant les « moins graves » à l’association, explique cette dernière.
Actuellement, ce sont les policiers municipaux qui se chargent de relever les mots des élèves avant de les transmettre à l’association, ce « sans que l’école en ait connaissance », souligne le ministère qui ne semble pas approuver la méthode.
Se basant sur la circulaire du 7 février 2022 relative à l’organisation des actions d’information et de sensibilisation sur l’enfance maltraitée, en particulier sur la procédure de signalement prévue lorsque des faits sont révélés, le ministère estime qu’il revient aux personnels de l’Education nationale de traiter les faits révélés au sein d’un établissement relevant d’une information préoccupante ou d’un signalement, ce « quelles que soient leurs modalités de recueil ».
| Comment sont traités les messages déposés dans les boîtes Papillons ? Dans l’immense majorité des cas, les mots déposés dans les boîtes aux lettres Papillons sont récupérés par des policiers, des agents municipaux ou, dans les plus petites communes, par des gardes champêtres. Sans en prendre connaissance, ils scannent ou photographient les messages, qui sont ensuite déposés sur une plateforme numérique dédiée. Le document est alors immédiatement crypté. Les psychologues de l’association sont ensuite alertées du dépôt d’un message et informées de son origine. En fonction de sa gravité ou de son degré d’urgence, elles peuvent transmettre une information préoccupante à la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) du département, ou procéder à un signalement direct au procureur de la République. Lorsque le message concerne une situation de harcèlement scolaire, les psychologues se rapprochent de la personne référente désignée par la municipalité, chargée du suivi local de la boîte aux lettres. Si la situation persiste, elles peuvent alors saisir le référent harcèlement de la direction académique. Enfin, quand un signalement est adressé au procureur, le service de police chargé de l’enquête peut solliciter l’association. De son côté, la CRIP informe également l’association des premières orientations prises puis de la décision finale, permettant un suivi du dossier. |
« Mais pour nous, il n’en n’est pas question ! » martèle le président. Les Papillons ont accès à un suivi des informations préoccupantes ouvertes et des signalements faits au procureur pour lesquels elle est « quasiment tout le temps saisie par le service de police ou de gendarmerie en charge de l’enquête ».
L’Education nationale pointe par ailleurs que « la majorité des révélations de violence ont lieu le vendredi alors que les enfants victimes appréhendent le retour vers leur agresseur en cas de violences intrafamiliales. Le mot doit donc être traité sans délai, afin de protéger l’enfant et de ne pas le renvoyer à son domicile » insiste-t-elle. Elle soutient également que le relevé des mots doit être « quotidien », et la transmission de l’information au directeur d’école ou chef d’établissement « immédiate ».
En dépit du contexte, cent autres boîtes devraient être déployées en France.
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