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REPORTAGE. Trois mois après la mort de Lyhanna, 11 ans, plusieurs centaines de manifestants ont de nouveau investi la place Vendôme, lundi 7 septembre. Ils réclament une réponse plus ambitieuse aux violences sexistes et sexuelles, notamment celles commises contre les enfants, à travers une proposition de loi qui entame son parcours parlementaire.

« Le peuple demande la loi intégrale et un budget intégral ». Voilà le mantra scandé par les manifestants de nouveau rassemblés sur la place Vendôme, ce lundi 7 septembre, à Paris, trois mois après la mort de la petite Lyhanna, âgée de 11 ans.
Cette affaire, « c’est la goutte qui a fait déborder le vase » fustige Alain Courtoux, scandalisé que les institutions policières et judiciaires n’aient pas été en mesure d’éviter cette tragédie alors que le profil du principal suspect, Jérôme Barella, était « connu, identifié ».
« Nos générations refusent que le viol des enfants structure notre société » estime pour sa part Sihem Ghars, fondatrice du collectif Incesticide. En juin dernier, des rassemblements à Paris et dans plusieurs villes de France avaient déjà fait entendre la colère des Français à l’égard des institutions, autour du slogan « 160 000 violeurs, où êtes-vous ? 160 000 violeurs, que faites-vous ? ».
De ces mobilisations est sortie une revendication principale : l’adoption d’une loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles, notamment celles visant les enfants. Un texte proposé par plusieurs associations féministes et d’enfants depuis plusieurs années, basé notamment sur les travaux et recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).
La mort de Lyhanna a placé cette proposition de loi au cœur du débat public et, ce lundi 7 septembre, elle a franchi une nouvelle étape avec son examen par une commission spéciale, interdisciplinaire, à l’Assemblée nationale, avant son examen en séance par les députés en octobre.

« On a besoin de trois milliards d’euros. Ce qui représenterait en moyenne 42 euros par citoyen dans les impôts. À un moment donné, il ne faut pas chercher à faire des économies », tranche l’artiste Tishou Aminata Kane.
Car derrière l’adoption de cette proposition de loi se pose aussi la question de son financement, dans un contexte où le gouvernement cherche au contraire à réduire le déficit public pour 2027. Un débat budgétaire qui se déroulera en parallèle de l’examen du texte par les parlementaires.
Le texte suscite donc beaucoup d’attentes auprès des personnes rassemblées ce lundi place Vendôme. « Les enfants doivent être entendus dans des milieux ouverts, avec les parents. Et pas seulement en présence des éducateurs, quand c’est le cas, ou en présence des médiateurs » espère Élodie Pagès, fondatrice du collectif Fondation femme libre.
« Il faut des moyens au niveau des enquêtes, dans les procédures. Que tous les professionnels soient formés. Qu’il y ait des structures, des juridictions adaptées, avec des professionnels formés » ajoute Alain Courtoux.
La proposition de loi prévoit la création de juridictions, d’unités de police et de gendarmerie spécialisées en matière de violences sexistes et sexuelles : pour le slameur Lhomé, lui aussi présent place Vendôme, il est temps de mettre fin au « déni global de la parole des victimes, de la parole des familles des victimes ».
Mais cette proposition de loi pourra-t-elle être votée en intégralité ? Sihem Ghars émet des doutes à ce sujet. Pour la fondatrice d’Incesticide, l’enjeu réside précisément dans l’adoption de l’ensemble de ses 69 articles : « La condition pour qu’elle passe, c’est qu’il y ait 69 articles qui passent en même temps. »
Or, certains d’entre eux pourraient susciter davantage de débats que d’autres. Elle identifie notamment deux points de blocage : « L’interdiction du mariage entre cousins ou le consentement requis à une opération d’épisiotomie, par exemple », souligne-t-elle. À ces éventuels désaccords s’ajoute une contrainte de calendrier : à l’approche de l’élection présidentielle, le temps disponible avant la fin de la législature se resserre.
D’ici le vote de la proposition de loi intégrale, les collectifs à l’appel de ce rassemblement comptent bien renouveler leur présence place Vendôme tous les prochains lundis du mois de septembre. Et les manifestants l’assurent à travers leurs pancartes : ils ne « lâcher[ont] rien ». Reste à savoir si les hommes seront davantage au rendez-vous.
Jusqu’ici, les mobilisations liées à la mort de Lyhanna ont en effet rassemblé très majoritairement des femmes. « C’est la faute de notre société qui éduque les garçons comme des prédateurs et qui entretient la culture du viol » pointe Alain Courtoux. Celui qui est aussi père de famille le regrette, « les hommes ne se sentent pas engagés, responsables de l’éducation de leurs enfants, de la protection des enfants ».
Élodie Pagès abonde : « Les hommes doivent prendre conscience que c’est leur combat aussi. »
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