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Un Guinéen de 34 ans craint de rentrer dans son pays, où son frère, militaire redouté, lui voue une haine tenace depuis un accrochage entre les deux hommes, sur fond de conflit d’héritage. Il demande l’asile auprès de la CNDA.
Les M. sont une grande famille, recomposée. D’épouses en épouses, qu’il accumule sans divorcer, le père a fondé un petit empire familial dont la CNDA n’a pas réussi à comptabiliser l’effectif total, mais qui pourrait dépasser les 15 enfants.
Un jour, ce père est mort, et les conflits, jusqu’alors cantonnés à des rapports de force larvés, ont éclaté au grand jour au préjudice de Chérif et de sa mère. Déjà marginalisés du vivant du patriarche, leur situation s’est rapidement dégradée quand l’aîné des frères, Mohamed, a décidé de vendre la maison, avec toute l’autorité que lui confère son âge et sa fonction. Il est né en 1984 et exerce la profession de militaire.
Devant la Cour nationale du droit d’asile, Chérif, 34 ans et vêtu d’un complet en jean gris, raconte en français la série d’évènements qui l’ont amené dans cette salle blanche à moitié fermée par des baies vitrées qui donnent sur un petit jardin, face à un juge unique tout en gris également, mais dans un costume cravate.
Quand elle est tombée malade, sa mère n’a pu compter sur personne dans la famille, alors il a dû arrêter ses études pour subvenir à ses besoins – frais médicaux et de subsistance. Ses demi-frères se moquaient d’elle. Puis, le père est mort. Ils ont alors été relégué dans une partie excentrée de la grande maison qu’ils partagent tous. Des rebuts.
Le dessein de Mohamed et de ses frères et sœurs est de vendre la maison afin d’en partager le bénéfice, mais, soupçonne Chérif, inéquitablement. Il refuse la vente. Il n’est pas le seul dans la fratrie, mais c’est sur lui que s’abat la fureur de l’aîné.
Un jour, ivre, ce dernier s’en prend à la mère de Chérif. « Quand il a poussé maman dans les escaliers, ma réaction a été spontanée. » Il frappe son aîné, qui tombe au sol, inanimé. Chérif se sait désormais en danger. Il quitte sa maison, sa ville, sa région, son pays.
Par la voie terrestre, il rejoint la France. En décembre 2022, il est contrôlé et arbitrairement détenu dans la ville de Sfax, en Tunisie. Il est finalement condamné à 4 mois de prison, pour séjour illégal. Il sort deux mois plus tard, traverse la mer et fait une demande d’asile à OFPRA.
L’office a rejeté sa demande, au motif que les faits allégués ne sont pas suffisamment étayés. Ce qui semble désormais établi à l’audience, c’est que son frère, Mohamed, dirige une unité d’élite au sein du bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA), dont l’ex-dirigeant est désormais président de la Guinée, et qu’il lui voue une haine tenace, ayant pris cette violence comme « un affront personnel ».
Il est décidé, raconte Chérif, à lâcher son unité d’hommes cagoulés sur sa pauvre personne en cas de retour dans son pays natal. « Ma femme est réfugiée dans sa famille avec nos enfants, mais elle aussi a peur. » Le juge demande s’il ne pourrait pas « rentrer et l’éviter », Chérif répète que son frère est dans l’armée, puissant et dangereux, et que ça lui paraît périlleux. Le juge prend note, puis il demande ce qu’il est advenu de la maison. « Elle appartient à qui ?
-A tous les enfants.
-Une sorte d’indivision.
-(…)
-Et aujourd’hui, qu’est-ce qu’il en est fait ?
-Elle est en location », répond Chérif. Evidemment, il ne perçoit pas sa part du loyer.
L’avocate du demandeur résume l’argumentaire de Chérif dans une plaidoirie synthétique, et demande à la cour de lui accorder la protection subsidiaire. Quelque temps après, la décision est rendue : le recours est rejeté.
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