Face à la Chine et aux États-Unis, Ursula von der Leyen veut réarmer l’industrie européenne

Invitée de la REF 2026 le 27 août devant le patronat français, la présidente de la Commission européenne a déroulé un plan en six chantiers pour restaurer la compétitivité du continent : simplification des règles, financement de l’industrie, souveraineté énergétique, intelligence artificielle, statut européen des entreprises et défense commerciale.


jeudi 27 août à 17:147 min

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Lors de la REF 2026, Ursula von der Leyen a plaidé pour la création d’un « 28e régime » juridique pour les entreprises européennes. Photo par JSS

450 milliards d’euros pour le budget européen, une réduction de 25 % des charges administratives pour l’ensemble des entreprises et de 35 % pour les PME d’ici à 2029, un « 28e régime »… Ursula von der Leyen n’est pas venue à la REF 2026, ce 27 août, devant le patronat français, pour faire de la figuration.

La présidente de la Commission européenne a livré un constat sans détour : si « pendant longtemps, le modèle économique européen s’est appuyé sur quelques évidences », « les règles du jeu ont changé ». Terminé, selon elle, « l’énergie importée et bon marché. Un commerce mondial ouvert. Un accès croissant au marché chinois. Une protection stratégique américaine. Et une avance technologique occidentale. » Avant de conclure : « Ces évidences ont disparu. »

Dans ce nouveau contexte, Ursula von der Leyen a rappelé qu’« il est devenu plus coûteux de transformer nos atouts en investissements, en production et en croissance », les entreprises européennes faisant face à « plusieurs chocs en même temps » : « Une énergie plus chère, la fragmentation du marché unique, la complexité de certaines règles, et une concurrence qui n’est pas toujours loyale. »

Face à cette situation, l’ancienne ministre fédérale allemande de la Défense sous Angela Merkel a annoncé un plan destiné à faire « de l’Europe un continent qui produit, investit et protège ». Un objectif qui suppose, selon elle, d’agir « sur l’ensemble des leviers qui décident aujourd’hui de notre compétitivité ».

Des règles simplifiées, mais une concurrence plus équitable

Décliné en six chantiers, le plan présenté par la présidente de la Commission européenne place en premier lieu la simplification des règles et l’équité des conditions de concurrence. Bruxelles entend ainsi réduire de 25 % les charges administratives pesant sur l’ensemble des entreprises et de 35 % pour les PME d’ici 2029. Autorisations accélérées, suppression des doublons et procédures allégées : l’objectif est de redonner de la compétitivité à l’industrie européenne.

« Mais cette exigence de simplicité doit aller de pair avec une exigence d’équité face à la concurrence étrangère », a toutefois nuancé Ursula von der Leyen, en ciblant notamment le déséquilibre commercial avec la Chine. Si cette dernière reste « un partenaire économique majeur » avec lequel il ne faut « pas rompre les liens », la présidente de la Commission a néanmoins appelé à « réduire les risques » plutôt qu’à « accepter des déséquilibres permanents ».

Mais les déséquilibres avec la Chine sont nombreux : ses entreprises peuvent bénéficier de subventions jusqu’à huit fois supérieures à celles de leurs concurrentes de l’OCDE, tandis que les importations européennes ont augmenté de 45 % en cinq ans.

La présidente de la Commission européenne a également alerté sur la dépendance de l’UE à certaines matières premières chinoises, notamment les terres rares, qui pourraient devenir « un moyen de pression ». Bruxelles entend donc renforcer ses mesures de défense commerciale : « Notre marché reste ouvert, mais l’ouverture suppose la sécurité, l’équité et la réciprocité ».

Une « épargne paresseuse » ?

Autre chantier majeur : le financement des entreprises. Pour Ursula von der Leyen, le constat est sans appel : « L’Europe a de l’épargne. Malheureusement, cette épargne est paresseuse ». Près de 10 000 milliards d’euros d’épargne des ménages restent ainsi sur des dépôts bancaires, tandis qu’une partie importante des capitaux européens est investie en dehors du continent. Bruxelles veut donc davantage orienter cette épargne vers les entreprises européennes.

C’est l’objectif de l’« Union de l’épargne et des investissements » défendue par l’UE. La présidente de la Commission européenne a indiqué que les propositions déjà présentées par Bruxelles, notamment sur la titrisation, les investissements des banques et des assurances ainsi que l’intégration des marchés et de leur supervision, pourraient permettre de libérer jusqu’à 470 milliards d’euros d’investissements supplémentaires.

Ursula von der Leyen a invité les 27 États membres à parvenir à un accord avant la fin de l’année, tout en prévenant que l’Europe pourrait avancer seulement « avec ceux qui sont prêts » si nécessaire.

Pour soutenir cette ambition, la cheffe de l’exécutif européen compte donc faire évoluer le budget européen, et a annoncé plus de 450 milliards d’euros pour le Fonds européen pour la compétitivité, destiné à soutenir les investissements stratégiques et industriels, ainsi que pour Horizon Europe, le programme de financement de la recherche et de l’innovation. L’objectif est de couvrir toute la chaîne, « de la recherche à l’innovation », puis « du laboratoire à l’entreprise » jusqu’à la production industrielle, a-t-elle détaillé.

Un « 28e régime » pour simplifier la vie des entreprises ?

Ursula von der Leyen a également plaidé pour la création d’un « 28e régime » juridique avec l’EU Inc., un statut européen commun qui permettrait aux entreprises de ne plus dépendre exclusivement des règles propres à chacun des 27 États membres. Selon ce nouveau cadre, envisagé par Bruxelles dans une proposition de règlement présentée en mars dernier, une entreprise pourrait être créée et fonctionner selon un même cadre juridique dans toute l’Union, facilitant ainsi son développement au-delà de son pays d’origine.

Un dispositif pensé pour être rapide et peu coûteux : une entreprise pourrait être lancée « en 48 heures », pour « moins de 100 euros », entièrement en ligne et sans capital minimum. « Aujourd’hui, un entrepreneur européen doit composer avec 27 systèmes juridiques et plus de 60 formes de sociétés », a rappelé la présidente de la Commission européenne, qui a présenté l’EU Inc. comme un moyen de donner une véritable dimension européenne au marché unique.

Bruxelles entend également revoir ses règles de concurrence, notamment celles concernant les concentrations d’entreprises, afin de mieux prendre en compte l’investissement, l’innovation et la concurrence mondiale. Ce, afin de permettre aux entreprises européennes « de grandir suffisamment pour devenir des leaders mondiaux, plutôt que de devoir chercher leur financement à l’étranger ».

Accélérer la production industrielle européenne

D’après Ursula von der Leyen, l’Europe doit désormais donner aux entreprises les moyens et surtout la visibilité nécessaires pour produire davantage sur son territoire. C’est le sens de l’« Acte pour l’accélération industrielle », une proposition de règlement présentée par la Commission européenne le 4 mars 2026 pour réindustrialiser l’Europe et accompagner sa transition propre.

Le texte prévoit notamment d’accélérer les autorisations, de favoriser les productions européennes et d’orienter plus stratégiquement les marchés publics et les aides publiques vers des secteurs jugés prioritaires, comme l’acier, le ciment, l’aluminium, les véhicules, les batteries ou encore les technologies propres.

L’objectif est de créer un marché suffisamment prévisible pour encourager les entreprises à investir en Europe. « L’industrie investit lorsqu’elle voit un marché », a résumé la présidente de la Commission.

Par ailleurs, Ursula von der Leyen entend s’attaquer aux pénuries de main-d’œuvre qualifiée, alors que deux PME sur trois déclarent avoir des difficultés à recruter, a-t-elle informé. Un paquet sur la mobilité équitable des travailleurs, comprenant notamment un passeport de sécurité sociale, doit être présenté à l’automne.

Réduire la facture énergétique et accélérer sur l’IA

Autre chantier et non des moindres : l’énergie. La présidente de la Commission européenne entend accélérer l’électrification de l’industrie, des transports et des bâtiments, tout en réduisant le coût de l’électricité et la dépendance aux énergies fossiles. La Commission mise pour cela sur les renouvelables, le nucléaire, les réseaux et le stockage, mais aussi sur des contrats de long terme. Bruxelles entend également prolonger les quotas carbone gratuits après 2030 et alléger de près de 10 milliards d’euros la facture des industriels d’ici 2030. « Nous ne choisissons pas entre le climat et l’industrie », a résumé la présidente de la Commission.

Sur l’intelligence artificielle, Ursula von der Leyen veut mobiliser 20 milliards d’euros pour développer des giga-usines d’IA en Europe. « Le premier appel a déjà suscité 77 propositions dans 16 États membres, portant sur 60 sites » a-t-elle avancé. Avec le Cloud and AI Development Act et le Chips Act 2, Bruxelles souhaite aussi renforcer l’ensemble de la chaîne, des composants aux modèles, tout en accélérant le déploiement de l’IA dans les écoles, les entreprises, les hôpitaux et les services publics. Le but est notamment de réduire la dépendance européenne aux infrastructures américaines et chinoises.

Plus largement, la dernière ambition de la présidente de l’UE est de diversifier les partenariats commerciaux de l’Union, en citant notamment le Canada. « Depuis 2017, les exportations françaises de biens vers le Canada ont progressé de 45 % », a-t-elle souligné. Un exemple destiné à illustrer sa volonté de ne plus faire reposer la puissance économique européenne sur un nombre limité de partenaires. Le message adressé au patronat est clair : l’Europe doit désormais produire, investir et commercer autrement pour retrouver sa marge de manœuvre.

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