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Un rapport de la Cour des comptes décrit une opération d’intérêt national encore très loin de ses objectifs et de l’ambition portée en 2006. Ce qui devait être un pôle d’excellence de recherche et un territoire attractif pour les entreprises de la tech souffre de retards, d’une gouvernance mal alignée et d’un contexte défavorable au développement de projets immobiliers d’ampleur.

On surnomme encore aujourd’hui ce territoire la « Silicon Valley » tricolore, on l’a comparé aussi à un futur Cambridge sud-francilien. 20 ans après les débuts de la construction du pôle scientifique et technologique Paris-Saclay en 2006, ce lieu d’envergure pensé pour rassembler le meilleur de la recherche française, mais aussi de grandes écoles et un pôle technologique et économique de renommée internationale, voit pourtant depuis quelques années ses objectifs mis en difficulté, pointe un rapport de la Cour des comptes publié cet été.
L’institution financière a contrôlé l’Établissement public d’aménagement Paris-Saclay (EPAPS), qui assure la réalisation du projet Paris-Saclay, sur l’exercice budgétaire 2021 – 2025. Et constate : « Les résultats des volets économique et résidentiel demeurent néanmoins très inférieurs aux ambitions initiales. »
À cheval sur l’Essonne et les Yvelines, étendu sur 27 communes, le projet a, depuis ses débuts, bénéficié de financements d’envergure et surtout de concours publics importants. « L’ensemble des financements afférents à la constitution du pôle académique ainsi que les aides reçues sous forme de transferts de foncier de l’État et de subventions pour les dépenses d’aménagement portées par l’EPAPS (hors ligne de métro) sont estimés à 3,3 milliards d’euros », résume ainsi la 5e chambre de la Cour des comptes.
Malgré tout, cette opération d’intérêt national subit aujourd’hui des retards, des marges de manœuvre fortement réduites, et surtout « une situation financière très dégradée qui compromet [s]a finalisation ».
« À ce stade de l’opération, les résultats sont en deçà des objectifs initiaux », estime ainsi le rapport, qui évoque tour à tour le ralentissement du marché immobilier, les retards de la mise en service des transports publics et « les divergences entre les parties prenantes ».
Après la création de l’université Paris-Saclay – fusion des universités Paris-Sud, Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines et Évry-Val d’Essonne – et la création de l’Institut polytechnique de Palaiseau (regroupements salués par la Cour des comptes, qui souligne les « bonnes performances » des deux pôles académiques dans les classements internationaux), l’opération d’aménagement se poursuit désormais autour des programmes de production de logements et de développement économique, « dont les perspectives sont incertaines ».
Ainsi, selon le recensement de l’EPAPS, seules 45 entreprises se sont installées sur le territoire depuis 2010, un nombre « bien en deçà des prévisions de quelques centaines d’implantations chaque année ».
Du retard a également été pris sur les objectifs de réalisation de logements pour les étudiants et les travailleurs qui devaient venir s’installer sur le plateau de Saclay. Début 2025, seuls 40 % des logements étudiants et 19 % des logements familiaux programmés y avaient été réalisés.
« Ce retard limite les capacités d’accueil et fragilise les équilibres économiques d’ensemble du projet car il freine le développement économique sur le plateau de Saclay, notamment l’installation d’entreprises, de commerces et de services de proximité ainsi que l’animation d’une vie de quartier », pointe la Cour des comptes.
L’opération, et notamment la construction de nouveaux logements, se voit mise en difficulté par des divergences entre l’État, l’EPAPS et les élus locaux. « L’absence d’un projet stratégique formalisé ne permet pas de dégager un consensus sur les objectifs, le niveau d’ambition et les moyens du projet », décrivent ainsi les contrôleurs de la Cour des comptes.
Le projet pâtit aussi, et surtout, des retards pris dans les chantiers de transports publics, en particulier ceux de la ligne 18 du Grand Paris Express, « structurante pour le désenclavement du plateau ».
La Cour des comptes relie ces ralentissements à « la conjoncture moins favorable depuis 2022 dans les secteurs de la construction et de l’immobilier, notamment tertiaire ».
Pour l’institution, le développement économique de Paris-Saclay souffre enfin « d’un portage éclaté entre de multiples acteurs », que sont Business France, la région Île-de-France et son agence Choose Paris Region, les intercommunalités, l’EPAPS lui-même et des entreprises locales.
« Ces redondances nuisent à l’efficacité de l’action collective et à la lisibilité de la marque territoriale », estime la juridiction financière, pour qui « une meilleure coordination serait souhaitable et devrait permettre un recentrage du rôle de l’établissement public sur les actions pour lesquelles son expertise est la plus utile, comme l’accompagnement des entreprises candidates à l’implantation sur le territoire de Paris-Saclay ».
Selon le rapport de la Cour des comptes, la situation financière « très dégradée » de l’EPAPS « fragilise » aujourd’hui la finalisation de l’opération entamée il y a deux décennies. L’établissement présentait en 2024 un endettement de 300 millions d’euros. « Entre 2030 et 2034, il devra rembourser 265 millions d’euros d’emprunts souscrits, alors que le produit de ses ventes n’a représenté en moyenne que 33 millions d’euros par an entre 2017 et 2024 », précise la juridiction.
Le recours massif à l’emprunt par l’EPAPS s’est fait « dans des conditions de plus en plus défavorables à mesure de la remontée des taux d’intérêts ». Le montant projeté des intérêts qui devront être payés sur l’ensemble de la période, soit d’ici 2048, représente ainsi le quart du capital emprunté, les intérêts s’élevant à terme à 75 millions d’euros pour un endettement total de 300 millions.
Si des mesures « en réaction tardive » ont été mises en place par l’EPAPS, comme une nouvelle comitologie venue renforcer la prise de décisions financières et accompagner la transition vers un pilotage par les recettes plutôt que par l’avancement opérationnel, ou encore la cession de certains actifs, elles devront, selon la Cour des comptes, « s’accompagner d’une réflexion de fond de l’ensemble des parties prenantes sur le niveau d’ambition du projet à moyen terme et les moyens qu’il serait nécessaire d’y consacrer ».
« Le lancement en début d’année 2026 de la démarche « Paris-Saclay 2035 » s’inscrit dans cette direction, salue la Cour des comptes, à condition d’aboutir à un document stratégique partagé et répondant aux exigences d’une trajectoire financière soutenable ».
Pour continuer de mener à bien l’opération Paris-Saclay, la Cour adresse cinq recommandations pour notamment « recentrer la mission de développement économique de l’EPAPS sur des actions concertées de commercialisation des charges foncières ».
Elle invite aussi l’établissement public à « améliorer son pilotage budgétaire et à établir une trajectoire stratégique et financière pluriannuelle partagée ». Elle appelle également l’établissement à achever sa démarche de contrôle interne et à mettre en œuvre les préconisations de l’audit sur la sécurité de ses systèmes d’information.
En réponse à la Cour des comptes, le directeur général de l’EPAPS, Martin Guespereau, décrit Paris-Saclay comme un pôle lancé « dans une concurrence mondiale exacerbée qui pose la question de la puissance de son modèle dans la durée ».
Il reconnaît, dans un courrier adressé à la présidente de la 5e chambre, que la capacité de l’EPAPS à mener à bien le projet reste à consolider : « Des chemins restent à trouver pour la soutenabilité de l’établissement qui a été créé et missionné pour le développement [de Paris-Saclay] », écrit-il ainsi.
Il assure l’institution d’« efforts d’assainissement déjà faits », et rappelle les rétablissements déjà réalisés, comme la sortie du recours systématique à l’emprunt et les reprises des pistes d’essais du site militaire de Satory par l’État, qui doivent être aménagées pour accueillir la gare de la future ligne 18.
Rappelant le partage légal des compétences entre plusieurs acteurs publics, et appelant à « des efforts partagés » entre État, Région Île-de-France et collectivités locales, l’EPAPS décrit les décisions déjà prises pour solutionner ses difficultés financières – le lancement de la stratégie « Paris-Saclay 2035 » en fait partie.
En ce qui concerne les facteurs conjoncturels et exogènes qui ont pu nuire à l’avancée des travaux au cours des dernières années cités par la Cour des comptes (retards dans le développement des transports, crise sanitaire, crise du secteur de la construction immobilière), ils sont, selon l’EPAPS, « essentiels pour comprendre la situation dans laquelle se trouve l’établissement aujourd’hui ». Mais (…) « la mission de l’EPAPS est claire : poursuivre son activité d’aménageur au service de la construction d’un pôle scientifique, technologique et économique de rang mondial ».
« La situation financière de l’établissement fait l’objet de travaux approfondis, en lien avec les ministères de tutelle et le comité d’audit », assure l’EPAPS. L’établissement public dit souhaiter parallèlement se recentrer et se professionnaliser, conformément aux recommandations de la Cour des comptes, en se recentrant sur ses missions économiques à forte valeur ajoutée, en améliorant son contrôle interne et en renforçant sa sécurité juridique.
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