L’été, la maintenance industrielle tourne à plein régime

Quand on pense aux secteurs qui connaissent un fort pic d’activité en été, ce sont généralement les activités liées au tourisme qui viennent à l’esprit. Pourtant, un secteur industriel très particulier fait lui aussi partie des secteurs en vogue l’été. A tel point que certains fournisseurs du secteur embauchent massivement sur cette période.


lundi 31 août à 16:467 min

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L’été, ses vendeurs de glaces, ses serveurs… et ses techniciens en maintenance industrielle. Si dans l’imaginaire collectif, les secteurs qui embauchent durant la saison estivale sont plutôt liés au secteur du tourisme, il en est d’autres plus inattendus. Ainsi, la maintenance industrielle connaît un surcroît d’activité à cette époque de l’année.

Maintenir ou remettre en état le matériel industriel, qu’il soit purement mécanique ou électronique, est nécessaire toute l’année, notamment en cas de panne. Mais certaines opérations lourdes nécessitent un arrêt de production, de quelques jours à plusieurs semaines, quand la production est au plus bas. La maintenance estivale peut alors être curative (réparer les machines endommagées), préventive (entretenir le matériel pour éviter qu’il ne tombe en panne) ou intégrative (renouvellement ou nouveau matériel).

Une activité qui peut doubler

Pierre Vandenhove, PDG de la société DV Group, entreprise de maintenance industrielle et d’ingénierie de 350 personnes et 60 millions d’euros de chiffres d’affaires, explique ainsi que, comme tous les autres prestataires du secteur, l’été est le plus gros mois d’activité pour la maintenance : son activité mensuelle peut doubler entre mi-juillet et mi-août.

Dans le reste de l’Europe occidentale où DV Group réalise un quart de son chiffre d’affaires, « c’est très conditionné par l’organisation propre des pays en matière de congés, mais nous vivons ce phénomène sur l’ensemble des pays, avec le même mode d’organisation », explique ainsi Pierre Vandenhove.

C’est valable dans presque toutes les industries où elle intervient : sidérurgie, métallurgie, papier, chimie, automobile… hormis quelques secteurs qui se limitent à des arrêts ponctuels durant l’année. A l’instar de l’agroalimentaire, illustre Sonia Chuuy, responsable d’agence spécialiste de l’industrie et de la logistique du réseau d’intérim Connectt, qui peut tout de même connaître des pics de maintenance curative, car les lignes de production sont plus sollicitées à ce moment-là.

Si les clients industriels ont leurs propres équipes de maintenance, durant les grandes opérations estivales, seul leur encadrement est présent. Côté DV Group, les besoins sont tels que les salariés doivent être en majorité présents sur la période juillet – août, et que l’entreprise est obligée d’embaucher chaque été en nombre, passant de 40 ingénieurs à 70 salariés pour sa business unit engineering, et de 160 à 200 salariés côté maintenance.

Elle recrute chaque année une trentaine d’alternants – licence, Master, école d’ingénieurs -, qui ont donc déjà une certaine culture technique. Ceux présents depuis un an peuvent lors de l’été mener des tâches avec une certaine autonomie, comme de la remise à niveau, de la révision, des vérifications en laboratoire et dans l’usine du client.

Aux alternants dont c’est la première année, Pierre Vandenhove leur demande d’être présents dès l’été. « C’est un bon moyen, pour nous, de comprendre leur motivation, et pour ces alternants de bien comprendre nos métiers et voir s’ils s’y projettent dans la durée ». En parallèle, l’entreprise recourt à des jobs d’été étudiants, avec des profils pas forcément techniques. Le plus souvent les enfants des salariés, mais elle recrute aussi un peu à l’extérieur.

Ces deux profils réalisent des tâches très simples et très encadrées sous le contrôle de techniciens experts, comme de la dépose et de la repose de matériel : démonter le produit, l’installer dans le laboratoire, le réinstaller. « La dépose doit se faire en sécurité mais peut facilement être encadrée, il peut n’y avoir qu’un expert pour cinq personnes », détaille le dirigeant. D’autres tâches peuvent consister à rentrer du matériel sale, le démonter, le laver ; ce qui se fait même avec de l’électronique. La logistique accueille également ces profils débutants : recevoir le matériel à réviser, déballer, mettre à disposition des équipes, préparer la réexpédition.

Le président du groupe assure que la sécurité reste une priorité majeure, tout comme le maintien de la qualité du matériel, que les salariés permanents y sont sensibilisés, ainsi que les jeunes recrues estivales. « Nous n’avons jamais eu d’accident significatif ».

Pénurie dans l’industrie

En revanche, la situation est plus nuancée dans l’intérim, explique Sonia Chuuy. Si certaines missions sont de toute façon assurées par des prestataires externes qui interviennent toute l’année et connaissent les machines, les postes d’intérimaires demandent à la fois de la polyvalence et de la polycompétence, de plus en plus une maîtrise de base de l’automatisme et de logiciels de maintenance (GMAO) et des savoirs-êtres. « Tout technicien de maintenance ne peut pas intervenir sur toute mission de maintenance du jour au lendemain ».

Une formation est donc généralement nécessaire avant une mission, voire le passage d’habilitations spécifiques (électrique, Caces…), que ce soit pour des missions de mécaniciens industriels, d’électriciens industriels, d’électro-mécaniciens…. « Avec du temps, on peut former les électro-techniciens à la mécanique, alors que l’inverse est plus compliqué », précise la recruteuse. Selon elle, les entreprises ont donc intérêt à s’y prendre quatre à six mois en avance si elles veulent recourir à des intérimaires pour de la maintenance lourde en été.

Seconde difficulté : « En Île-de-France, le technicien de maintenance fait partie des cinq métiers les plus en pénurie. » Elle racontait ainsi mi-août chercher un technicien de maintenance en CDI depuis un mois et demi sur une usine à Nanterre. « Cela fait une vingtaine d’années que je suis dans le métier. Je n’ai jamais connu cette pénurie de compétences, quel que soit le métier ».

Sonia Chuuy l’explique par des conditions de travail très difficiles qui font fuir les meilleurs éléments, notamment les horaires de travail, souvent sur du 3×8, voire 4×8 et même 5×8 (cinq jours de travail en matinée, trois ou quatre jours de repos puis cinq jours de travail d’après-midi, et puis après du repos trois jours de travail de nuit), avec parfois en plus des astreintes.

Sans compter que ce sont des métiers dangereux avec « des accidents du travail, de la mortalité » et des conditions climatiques qui peuvent être éprouvantes. Selon elle « si l’intérim était moins en pénurie, elle participerait plus à la maintenance l’été. Les prestataires externes, c’est un gain de temps mais pas d’argent ».

Sonia Chuuy note que ces dernières années, les industriels ont fait des efforts salariaux, mais qui ne compensent pas forcément les contraintes demandées aux techniciens de maintenance – sauf à ajouter des avantages hors rémunération. A tel point que certains candidats lui ont déjà « raccroché au nez ». « Quand pour eux, le salaire proposé est un manque de respect, ils ne prennent plus le temps de discuter ».

L’IA accélère la transformation de la maintenance

Par ailleurs, été ou pas, la maintenance évolue depuis plusieurs années. Elle a d’abord été uniquement corrective (curative ou évolution matérielle), puis est devenue de plus en plus préventive. Désormais, assure Pierre Vandenhove, elle se fait de plus en plus prédictive, c’est-à-dire que les machines sont équipées de capteurs pour suivre leur état d’usure et les remplacer ou les réparer exactement quand c’est nécessaire.

« Nous proposons même désormais de la maintenance prescriptive, c’est-à-dire mesurer les besoins de l’ensemble de la supply chain, tenir compte du marché, du prix de l’énergie, et conseiller au client que produire à quel moment. Cela demande des ressources et des compétences, et l’IA y aide », ajoute-t-il.

Mais Sonia Chuuy explique que côté intérim, la maintenance industrielle est encore très curative. « Avec l’IA, la maintenance en usine va encore changer, mais pas aussi vite que la technologie. Je pense que pendant plusieurs années, les entreprises continueront de fonctionner avec de la maintenance curative. Mais à l’avenir, elles devront être capables de suivre le prédictif ».

En tout cas, les besoins ne devraient pas faiblir, portés par une demande de réindustrialisation. Selon une étude de Xerfi, en France, la maintenance industrielle externalisée a franchi la barre des dix milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier.

Ce qui va modifier les attentes en matière d’emploi, avec une demande accrue de « GMAO, télémaintenance, automatisation, compétences numériques aussi », liste Sonia Chuuy. Et Pierre Vandenhove est plus que jamais convaincu que le métier a de l’avenir. « Parfois la maintenance est vue comme simple et pas valorisante, ce n’est pas le cas : elle a de plus en plus recours à la haute technologie. C’est très technique, et au cœur de ce qu’il se passe dans l’usine ».

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