Après les manifestations du 17 octobre, François Hollande fustige les mesures « sans effectivité » d’un gouvernement qui « croit être sévère »

Invité par le Cercle de Harlay à débattre de sujets d’actualité, l’ancien président de la République est revenu pour le JSS sur les violences commises lors des manifestations du 17 octobre et sur la circulaire de Gérald Darmanin visant à durcir les sanctions contre les casseurs et les pilleurs. François Hollande a également reproché au gouvernement plusieurs «  fautes majeures  », en particulier d’avoir tardé à répondre aux revendications des lycéens.


samedi 31 octobre à 11:475 min

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François Hollande, ancien président de la République, lors d’un diner-débat du Cercle de Harlay le 26 octobre. Photo par JSS

Quelques jours seulement après les manifestations du 17 octobre, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, annonçait vouloir serrer la vis aux casseurs et aux pilleurs. Jeudi 22 octobre 2026, il a ainsi adressé aux procureurs une circulaire leur demandant de requérir des interdictions de manifester, des privations de droits civiques dont le droit de vote, un bannissement numérique, ainsi que la suspension des aides sociales pour les personnes responsables de dégradations.

Des mesures que l’ancien président de la République, François Hollande, juge « totalement ineffectives ». Interrogé par le JSS mardi 26 octobre, à l’occasion d’un dîner-débat du Cercle de Harlay, groupe de réflexion des avocats du barreau de Paris, il a toutefois reconnu la nécessité de faire preuve de fermeté, tout en écartant le risque d’une dérive autoritaire : « Il y a eu tant de casses, autant de violence, autant de brutalité, il faut punir ceux qui ont commis ces actes-là. » Avant d’alerter : « Si la République ne fait pas preuve d’autorité, on laissera la place aux autoritaires. »

Distinguer les profils

François Hollande a également tenu à éteindre un certain nombre de polémiques. « Ceux qui se font prendre sont ceux qui ne sont jamais dans les manifestations habituelles », a-t-il notamment relevé. L’ancien chef de l’État, qui s’était opposé à la loi sur les violences de groupes adoptée en 2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, y voyant une résurgence de la « loi anti-casseurs » de 1970, estime capital de distinguer les profils : « les casseurs professionnels, ceux qui sont là pour casser dans les Black Blocs, etc., ils ne sont jamais pris. Ils sont en groupe, la police a du mal à les appréhender et quand elle vient au contact, c’est violent. Donc ce n’est pas les Black Blocks qui sont arrêtés », a-t-il expliqué.

Et de relever que les personnes interpellées sont plus souvent des « voleurs d’opportunité », qui profitent du désordre pour dérober les articles restants dans les magasins pillés. Ces jeunes n’ont bien souvent aucun antécédent judiciaire, sont étudiants ou salariés. L’ancien président ne plaide pas pour une absence de sanctions, mais demande que les auteurs des « vraies » violences soient mieux identifiés.

François Hollande a également dénoncé une doxa politique et appelé à « faire attention aux mesures où l’on croit être sévère mais qui n’ont aucune effectivité », peu dissuasives à son sens pour les auteurs de dégradations. Et de prendre l’exemple des trafiquants de drogue, pour lesquels la suppression des allocations familiales ne constituerait pas une sanction réellement dissuasive, puisqu’ils « gagnent tellement plus avec les trafics que ce ne sont pas les allocations familiales qui nourrissent la famille ».

Dans un second temps, l’actuel député de la première circonscription de la Corrèze a pointé un autre enjeu : celui du placement des mineurs en détention, et dénoncé le nombre insuffisant de structures adaptées. François Hollande a également considéré qu’il était nécessaire de mieux distinguer les lieux de détention destinés aux mineurs de ceux accueillant des majeurs condamnés à une privation de liberté, dans le cadre du plan d’investissement immobilier du ministère de la Justice, qui prévoit notamment la création de 15 000 places de prison supplémentaires et de 20 centres éducatifs fermés (CEF).

« Quand un mouvement a pris confiance de sa force, il continue »

Selon François Hollande, la violence qui a marqué les manifestations ne saurait être imputée aux seuls manifestants. L’ancien président de la République a estimé que le gouvernement portait lui aussi sa part de responsabilité. Il lui reproche aujourd’hui plusieurs « fautes majeures » qui auraient contribué à l’escalade : « La sous-estimation de ce qu’allait être le mouvement et de ce qu’allait être la présence des groupes ultra violents et antirépublicains ». Une critique également exprimée par une partie de la classe politique depuis le début des événements.

L’ex-maire de Tulle a par ailleurs affirmé avoir alerté le gouvernement sur les risques liés à son manque de considération envers le mouvement lycéen, et fustigé son manque de réactivité. « Quand il y a trois lycées qui se mettent en grève, ça ne coûte rien de répondre à leurs revendications. Sinon, vous laissez l’agitation se diffuser à tous les autres établissements. Pendant trois semaines, il n’y a eu aucune réponse à ce qui était quand même assez simple à résoudre : un peu plus de professeurs, un peu moins de Parcoursup, un peu moins de contrôle continu… », a-t-il regretté.

Pour autant, le député corrézien souhaite que le mouvement trouve rapidement une issue. S’il a affirmé ne pas vouloir que l’élection présidentielle soit « parasitée », ni que celui-ci exerce une pression sur le gouvernement ou le chef de l’État pour accélérer les échéances électorales, il a fait le vœu d’une sortie de crise avant la fin de l’année : « Je pense qu’on a tout avantage à ce que, non seulement pour la paix sociale, mais pour la clarté du débat démocratique, on en termine honorablement avant la fin de l’année. »

D’autant que le risque d’une reprise de majeure la mobilisation dans les prochaines semaines n’est pas à exclure, a alerté François Hollande, même si le mouvement s’est apaisé le 24 octobre : « Quand un mouvement a pris confiance de sa force, il continue. Il va continuer jusqu’au 5 novembre, puisqu’il y a un mouvement de salariés qui va arriver avec les organisations syndicales. Et ensuite, il s’agira de savoir si le gouvernement est capable d’y répondre. » Le parlementaire a dit redouter un enlisement si les revendications restent sans réponse : « Ce qui n’a pas été réglé avant les vacances scolaires (et qui aurait dû l’être) va reprendre après les vacances scolaires ; et ce qui ne sera pas réglé après les vacances scolaires ira jusqu’aux prochaines vacances scolaires. C’est-à-dire trois mois ! »

Reste à savoir si François Hollande entend prendre part à la recomposition politique. Interrogé sur une éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2027, l’ancien chef de l’État a d’abord écarté l’idée de venir s’ajouter aux nombreux prétendants déjà déclarés… sans pour autant exclure qu’une « circonstance » et une « volonté » puissent le conduire à revoir sa position.

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