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La juridiction financière propose d’alourdir la fiscalité des très hauts patrimoines pour financer des baisses d’imposition pour la plus grande partie de la population, en baissant notamment le barème sur les droits de succession. Elle préconise aussi des efforts de modernisation pour mieux exploiter les informations notariales.

Taxe Zucman, contribution sur les héritages de plus de 4 millions d’euros : les annonces programmatiques sur l’impôt se multiplient à sept mois de la présidentielle… et à quelques jours de l’examen du budget 2027.
La copie du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui vise 54 milliards d’euros d’économies, sera examinée à la mi-octobre dans l’Hémicycle. Dans le même temps, ce sont près de 9 000 milliards d’euros de patrimoine qui vont être transmis en France d’ici à 2040 par la génération des baby-boomers.
C’est dans ce contexte, et pour nourrir une question « omniprésente dans le débat public », que la Cour des comptes a publié une note sur la fiscalité du patrimoine des ménages ce 21 septembre. Une synthèse actualisée des travaux publiés par l’institution depuis une dizaine d’années sur les différents impôts pesant sur le patrimoine détenu par des particuliers.
Patrimoine qui « augmente fortement et se concentre (…) sous l’effet des transmissions par héritage » depuis une cinquante d’années. « En France, la moitié du patrimoine appartient à 10 % des ménages », rappelle la juridiction financière.
Patrimoine qui a aussi rapporté 117,4 milliards d’euros de recettes en 2024. « Un niveau d’imposition élevé par rapport aux autres pays développés », écrit la juridiction. « Or, malgré des taux facialement élevés, de nombreuses dérogations portant sur l’assiette d’imposition la rendent dégressive pour les patrimoines les plus élevés », remarque-t-elle.
Sur la base de ce constat, et pour répondre au « sentiment d’injustice qui altère le consentement à l’impôt », la Cour des comptes propose 16 pistes de réformes, dont plusieurs concernent la fiscalité de la transmission (succession/ donation). Un impôt occupant une place « à part » : « impopulaire, il fait l’objet d’un large consensus dans la théorie économique, tant pour des raisons d’équité que d’efficience », souligne la Cour.
Dans son scénario, la juridiction propose donc, en premier lieu, un allègement de la fiscalité de l’héritage « qui bénéficierait à l’ensemble de la population pour se rapprocher des taux d’imposition des pays voisins et mieux prendre en compte les nouvelles formes familiales ». Cette baisse – réduction de cinq points du barème des droits de succession pour toutes les tranches (2,1 milliards d’euros) et allègement de la fiscalité sur les transactions immobilières (1,1 milliard d’euros) – serait notamment financée en réformant des dispositifs coûteux et inégalitaires.
À l’approche de leur congrès, les notaires ont eux aussi avancé récemment plusieurs pistes pour faciliter les transmissions et faire évoluer leur fiscalité.
Dans le viseur de la Cour des comptes : le pacte Dutreil. Déjà étrillé par les magistrats de la rue Cambon l’an dernier, cet avantage fiscal réduit – sous certaines conditions – l’impôt sur les transmissions d’entreprises familiales par héritage ou par donation. Le coût du dispositif a été estimé par la Cour à 5,5 milliards d’euros en 2024, « les deux tiers de ce coût ayant bénéficié à 1 % des donataires et héritiers, soit 110 personnes cette année-là ».
« Un manque à gagner pour les recettes publiques qui contribue à accroître les inégalités dans la transmission du patrimoine », écrit la Cour. Elle recommande de réduire la voilure en baissant le taux d’exonération des pactes Dutreil de 75 à 50 %, pour un gain d’1,3 milliard d’euros.
La juridiction vise aussi l’assurance-vie. Ce produit d’épargne est le « moyen privilégié » de contourner un régime fiscal défavorable lorsque des particuliers souhaitent transmettre un héritage hors du cercle familial, explique la Cour.
Or, cette stratégie de contournement ne bénéficie là encore qu’aux hauts patrimoines : « malgré la large diffusion de l’assurance vie, les avantages au moment de la transmission sont très concentrés chez les ménages les plus aisés », note la Cour des comptes.
Elle propose de réduire les montants d’assurance vie exonérés de droits de succession, afin de récupérer 1,25 milliard d’euros.
Autre disposition ayant retenu l’attention des Sages : la donation effectuée en nue-propriété. « Potentiellement coûteuse », « inégalitaire », elle relève « d’une stratégie d’optimisation qui ne présente pas l’avantage économique et démographique d’une transmission pleine à des jeunes actifs, alors qu’elle représente un coût pour les finances publiques », juge la Cour.
Et de donner cet exemple : pour un bien d’un million d’euros, le taux effectif d’imposition passe de 21 % à 9,8 % en cas de transmission en nue-propriété avant 61 ans. Le coût du démembrement de propriété est cependant mal connu, reconnaît la juridiction. Pour les seuls démembrements immobiliers, le manque à gagner serait compris entre 0,6 et 3,2 milliards d’euros en 2019, estime-t-elle.
La Cour propose par ailleurs la création d’une contribution différentielle spécifique sur la fortune personnelle, une sorte d’ISF allégé, pour récupérer 1,4 milliard d’euros. Avec une taxation modérée (0,5 %) des très hauts patrimoines, excluant les biens professionnels de son assiette, contrairement à ce que préconise la taxe Zucman.
Et ce, « pour respecter la jurisprudence constitutionnelle actuelle ». « Imposer la détention de patrimoine à des fins redistributives reste en effet limitée par des contraintes juridiques, celle d’éviter une imposition confiscatoire et d’imposer les actifs qui ne sont pas à la disposition du contribuable », justifie la Cour.
Elle en appelle aussi à une réforme plus large de la fiscalité des sociétés holdings, sur le modèle de taxes mises en place dans plusieurs autres pays, comme les États-Unis et l’Irlande. Proposée dans le PLF 2026, elle a été adoptée dans une version largement vidée de sa substance.
| Déclaration en ligne des successions : la réforme nécessaire Des efforts de modernisation doivent aussi être entrepris pour améliorer la lisibilité du système fiscal français. Les données manquent, pointe la juridiction financière : sur la composition de l’assiette fiscale et sur les comportements d’optimisation. La principale source statistique mobilisable, celle de l’INSEE, « souffre du défaut structurel d’une sous-déclaration des répondants, en particulier les plus aisés », indique la Cour. Celle-ci juge indispensable la mise en place de la déclaration en ligne des successions : une réforme « reportée mais nécessaire » qui permettrait une meilleure exploitation des informations notariales et faciliterait « le calibrage d’une réforme ambitieuse des droits de succession ». Des avancées sont cependant à saluer, note la Cour. La mise en place de l’impôt sur la fortune immobilière en 2018 (IFI) a permis de dématérialiser le processus de déclaration de l’impôt sur le stock de patrimoine et de l’intégrer à celui de l’impôt sur le revenu. Quant à la déclaration des DMTO (droits de mutation à titre onéreux) et des impôts sur les plus-values immobilières, réalisée par les notaires au moyen du logiciel Télé@ctes, elle a contribué à la fiabilisation et à l’accélération des formalités d’enregistrement. En matière de donations et de successions cependant, la mise en place d’une télédéclaration obligatoire, prévue initialement pour les dons et les successions non payantes en 2025 et les successions payantes en 2027 a été repoussée (par décret n°2025-561 du 30 mai 2025) : seuls les dons manuels doivent obligatoirement passer par l’application e-enregistrement depuis le 1er janvier 2026. Interrogé sur les raisons de ce report par Le Revenu, le ministère de l’Economie indique que ce décalage « ne traduit ni une difficulté technique irrémédiable, ni un renoncement au principe de télédéclaration, mais un simple ajustement de calendrier ». « L’état des travaux informatiques ne permet pas de mettre en œuvre ce dispositif pour l’ensemble des déclarations dans le calendrier prévu (…). De futurs décrets seront par conséquent pris au fur et à mesure de l’avancement des travaux et de l’appropriation par les usagers de ces démarches en ligne », indique Bercy. |
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