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Mardi 2 juin 2026, juste avant que l’Assemblée nationale n’adopte le projet de loi d’urgence agricole, Thierry Cotillard n’a pas mâché ses mots. Le dirigeant a dénoncé un texte sous influence et insuffisant pour les agriculteurs.

Mardi 2 juin, quelques heures seulement avant que l’Assemblée nationale n’adopte largement le projet de loi d’urgence agricole – par 369 voix contre 178 -, le président du groupement Les Mousquetaires Thierry Cotillard, invité d’honneur des Rencontres de la Fédération du Commerce Coopératif et Associé, a vivement critiqué le texte.
Destiné à répondre à plusieurs difficultés structurelles du monde agricole, notamment l’accès à l’eau, la lutte contre la concurrence déloyale ou encore la prédation du loup, le projet n’a pas convaincu le président du Groupement Les Mousquetaires.
« Pour moi, ce n’est pas un bon projet de loi », a-t-il d’emblée affirmé, estimant que celui-ci « ne garantit en rien l’évolution de la rémunération des agriculteurs ». Et d’appeler à l’amender : « C’est aux agriculteurs aussi d’être unis, d’être forts et de peser dans la relation. »
Autre sujet de mécontentement : la transparence sur l’origine des produits. Au moment de son intervention, le texte ne prévoyait aucune obligation d’affichage de l’origine à destination des consommateurs.
Si un amendement du MoDem imposant cet affichage, en complément des informations publiées sur la plateforme « Ma cantine », a finalement été adopté, Thierry Cotillard a estimé que le texte, dans sa globalité, reste insuffisant.
« Recréer de la valeur pour défendre l’agriculteur et la souveraineté alimentaire, on signe tous », a-t-il assuré, à condition que cette valeur bénéficie réellement aux producteurs. Une promesse que les lois Egalim, destinées à mieux encadrer les négociations entre agriculteurs, industriels et distributeurs, n’ont, selon lui, pas permis de tenir.
Pour l’ancien président d’Intermarché, le problème est plus profond : ce texte n’aurait tout simplement pas été écrit pour ceux qu’il est censé défendre. « Je pense que ceux qui tiennent le stylo, ce ne sont pas les syndicats agricoles. Et c’est vraiment dommage parce que cette loi, elle est pour ceux qui tiennent le stylo », a-t-il dénoncé.
Thierry Cotillard a appelé de ses vœux une loi « beaucoup plus directive sur la construction du prix ». Le dirigeant a plaidé pour un mécanisme consistant à définir un prix minimum pour l’agriculteur à partir d’indicateurs objectifs – coût des matières premières, prix de l’électricité ou encore coûts de production – puis à l’imposer à l’industriel sous la forme de conditions générales de vente non négociables, avant qu’il ne soit répercuté dans les négociations avec les distributeurs.
A la place, « Je pense qu’on aura une Egalim 18, 19, 20 encore quelques années », a-t-il soufflé. D’autant plus que, sur la question des prix planchers justement, les débats parlementaires ont été particulièrement animés. Les députés ont bien adopté à l’article 19 un dispositif instaurant des prix planchers dans les négociations commerciales entre agriculteurs et industriels.
Mais l’entourage de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a rapidement tempéré cette avancée, évoquant auprès de TF1info « tout un tas de mesures manifestement contraires au droit de l’Union européenne » susceptibles de « rigidifier les négociations commerciales ».
Quant à l’article 21, qui prévoyait d’étendre l’expérimentation des « tunnels de prix » – c’est-à-dire la fixation d’un prix plancher et d’un prix plafond dans les négociations – au-delà de la seule filière bovine, il a finalement été supprimé au cours des débats, le gouvernement le jugeant devenu « inopérant » après le vote sur les prix planchers.
À noter que cette logique s’applique également à la restauration collective, les gestionnaires de cantines publiques devant eux aussi respecter un prix plancher. Une disposition qui soulève, selon ses opposants, les mêmes difficultés. Le ministère espère désormais repartir d’une « page blanche » lors de l’examen du texte au Sénat à partir du 17 juin prochain.
Au-delà du projet de loi lui-même, le patron des Mousquetaires a mis en lumière ce qu’il considère comme l’un des principaux handicaps de l’agriculture française : l’empilement de normes nationales venant s’ajouter aux règles européennes, créant selon lui des distorsions de concurrence avec les autres pays.
Le président des Mousquetaires a dénoncé une forme d’incohérence : « On ne peut pas vouloir une agriculture française forte, compétitive à armes égales avec les Allemands ou les Ukrainiens », qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes réglementaires, « et continuer à empiler des normes supplémentaires ». Selon lui, « il faut une instance politique qui clarifie le jeu et qui les aide à s’en sortir ».
Thierry Cotillard a également appelé le monde agricole à renforcer sa coopération afin de peser davantage dans ses achats. « Quand l’agriculteur achète un tracteur à plus de 150 000 euros, je ne pense pas qu’il ait une puissance à l’achat. Et après il est moins compétitif », a-t-il observé. Une meilleure organisation collective pourrait, d’après lui, réduire certains coûts de production.
Thierry Cotillard a enfin tenu à dissocier les PME et ETI de la grande distribution des multinationales. Car si les pressions sur les marges agricoles sont souvent renvoyées à l’ensemble de la filière aval, l’homme d’affaires a estimé que la responsabilité n’était pas également partagée.
« On n’est pas responsables de ce que font certaines grandes multinationales », a-t-il affirmé, appelant à faire preuve de « discernement » dans les débats autour des futures évolutions législatives.
Le président des Mousquetaires a également critiqué les stratégies de certains géants mondiaux de l’agroalimentaire, qui, selon lui, privilégient leur croissance et leurs acquisitions au détriment de la rémunération des producteurs. Les Mousquetaires « prendront leur part de responsabilité, a-t-il assuré. Aux grandes multinationales de montrer l’exemple ».
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