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La magistrate était auditionnée ce mercredi par la Chambre haute, pour présenter le parquet national anticriminalité organisée (PNACO) fraîchement entré en fonction. A sa tête, cette dernière a exposé les missions, le périmètre d’intervention et les priorités de cette nouvelle juridiction spécialisée, appelée à succéder à la JUNALCO dans le traitement des affaires de criminalité organisée les plus complexes.

Qu’est-ce que le parquet national anticriminalité organisée (PNACO) et jusqu’où ira son champ d’action ? C’est pour éclairer ces interrogations que Vanessa Perrée a été auditionnée au Sénat, mercredi 14 janvier.
Face aux parlementaires, la magistrate est venue poser les bases de ce nouveau parquet spécialisé, officiellement entré en fonction le 5 janvier 2026 et appelé à prendre le relais de la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (JUNALCO).
Ancienne conseillère d’Élisabeth Borne à Matignon et, jusqu’à récemment, directrice de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), Vanessa Perrée a été nommée procureure du PNACO avec pour mission de structurer et d’incarner cette nouvelle réponse judiciaire. « Le parquet est officiellement entré en fonction il y a une dizaine de jours », a-t-elle d’abord rappelé en ouverture de la séance.
D’emblée, la magistrate a tenu à préciser que le PNACO ne se limiterait pas à la seule lutte contre le narcotrafic. Son champ d’intervention couvrira plus largement la criminalité organisée de très grande complexité, incluant notamment les filières d’immigration clandestine, le proxénétisme ou encore la traite des êtres humains, avec la possibilité de travailler en étroite articulation avec les services d’enquête spécialisés. Une approche pensée pour appréhender les réseaux dans toute leur structuration.
Parmi les missions centrales du nouveau parquet, Vanessa Perrée a également beaucoup insisté sur l’importance du volet financier. « L’idée de mon approche est de s’attaquer aux flux financiers », a-t-elle expliqué, en détaillant le principe d’un double regard systématique sur les dossiers : celui d’un magistrat spécialisé en criminalité organisée et celui d’un magistrat spécialisé en criminalité financière.
Une organisation qui vise selon elle à permettre à la fois la saisie des produits issus des infractions, le démantèlement des réseaux et le suivi des circuits financiers, afin d’éviter que les sommes provenant de ces trafics ne soient réinjectées dans l’économie française.
Cette volonté de se concentrer sur l’aspect financier se traduit aussi dans les dossiers pris en charge par le PNACO. Vanessa Perrée a ainsi indiqué avoir «récupéré près de 70 dossiers financiers », principalement liés à des faits de blanchiment, le plus souvent en lien avec le trafic de stupéfiants, mais aussi à des escroqueries particulièrement structurées, permettant de remonter l’organisation des réseaux.
Au total, le parquet traite aujourd’hui « 172 dossiers », dont l’essentiel provient de l’ancienne JUNALCO. Il s’agit, a-t-elle précisé, de l’ensemble du contentieux relevant de la criminalité organisée dite « classique » : « trafics de stupéfiants, vols à main armée, enlèvements, faits de violences et de séquestration, notamment autour des possesseurs de cryptomonnaies, mais aussi filières d’immigration clandestine, traite des êtres humains au sein de réseaux transnationaux et proxénétisme… »
La question de l’implantation géographique du nouveau parquet a également été abordée lors de l’audition. Si Marseille a un temps été évoquée, « au regard de la très grande criminalité organisée présente sur ces territoires », c’est finalement Paris qui a été retenue.
Un choix assumé par la procureure, qui y voit une nécessité opérationnelle. « D’abord, il y a tous les offices centraux », a-t-elle soulevé, mais aussi la proximité avec le parquet national antiterroriste et le parquet national financier, tous deux compétents dans le ressort parisien.
Sur la question de la coopération entre juridictions, Vanessa Perrée a ainsi présenté de manière détaillée l’architecture imaginée autour du PNACO. L’enjeu, a-t-elle expliqué, est de faire de ce nouveau parquet un acteur capable de traiter les dossiers de très grande complexité, tout en assurant une cohérence nationale de l’action judiciaire. « L’objectif est que le PNACO donne de la doctrine et permette une coordination sur les territoires », a-t-elle résumé.
Dans cette perspective, un pôle dédié à la coordination a d’ores et déjà été mis en place, placé sous la responsabilité d’un magistrat et appuyé par des officiers de liaison. Leur mission sera notamment de diffuser les analyses produites par le parquet. « Lorsque le PNACO identifie l’existence d’un groupement criminel, l’idée est d’alimenter les juridictions interrégionales spécialisées (JIRS), de mettre en commun les éléments dont nous disposons afin d’enrichir les dossiers et de faire en sorte que tout le monde dispose du même niveau d’information », a-t-elle précisé.
Cette logique de travail collectif suppose, selon la procureure, un appui réciproque. Le parquet attend ainsi d’être épaulé « autant par les juridictions interrégionales spécialisées que par les parquets locaux », notamment grâce aux outils introduits par la loi narcotrafic du 13 juin 2025.
En premier lieu, la possibilité de recourir à la délégation judiciaire, sur le modèle de ce qui existe déjà pour le parquet national antiterroriste. Concrètement, lorsqu’un événement surviendra en dehors de Paris, le PNACO pourra confier à une juridiction locale le pouvoir d’accomplir certains actes dans le dossier, afin de gagner en efficacité.
Autre mécanisme jugé central : celui de la co-saisine, désormais ouverte au PNACO, aussi bien en enquête préliminaire qu’en flagrance, qui doit permettre au parquet national et aux juridictions interrégionales spécialisées de se saisir conjointement d’une affaire, de travailler en complémentarité et de se répartir les investigations.
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La magistrate a d’ailleurs illustré ce fonctionnement avec une affaire récente. « Nous avons déjà commencé à le faire avec notre premier dossier, l’assassinat en Corse d’Alain Orsoni », a-t-elle indiqué. Le PNACO s’est co-saisi de l’affaire avec le parquet de Marseille, une coopération qui doit permettre de bénéficier de l’expertise d’une juridiction déjà familière des enjeux locaux et des réseaux en présence. « Dans les trafics de stupéfiants, cela va être très utile », a-t-elle relevé.
En outre, Vanessa Perrée a insisté sur un autre axe de collaboration qu’elle juge déterminant : celui avec l’administration pénitentiaire. « C’est un enjeu », a-t-elle martelé, rappelant que la loi narcotrafic avait été accélérée dans un contexte marqué par l’évasion de Mohamed Amra au péage d’Incarville. Celle à la tête du PNACO a notamment évoqué la création de nouveaux quartiers de haute sécurité à Vendin-le-Vieil et à Condé-sur-Sarthe, destinés à accueillir des personnes condamnées pour des faits de criminalité organisée.
Pour le PNACO, l’objectif est double : assurer le suivi des condamnés incarcérés dans ces établissements, qu’ils relèvent de nouvelles procédures ou d’anciens dossiers issus de la JUNALCO, mais aussi disposer d’informations sur leurs comportements en détention. « Ce sont des éléments que nous devons connaître », a-t-elle conclu.
Enfin, interrogée sur les effectifs et les moyens du nouveau parquet, la procureure a tenu à rassurer les sénateurs : « Le PNACO va monter en puissance ». À ce stade, la structure compte 34 personnes. Parmi elles, 16 magistrats, dont huit issus de la JUNALCO, choisis pour leur connaissance des dossiers en cours afin d’éviter toute rupture dans le suivi de l’action publique a-t-elle expliqué, tandis que les huit autres proviennent de parquets spécialisés comme ceux de la JIRS.
L’équipe comprend également 13 greffiers et, « particularité du PNACO », une cellule pluridisciplinaire directement adossée aux magistrats. Celle-ci rassemble des juristes, deux inspecteurs des finances publiques chargés d’appuyer le travail sur les saisies et confiscations, un officier de liaison de la gendarmerie. Sont aussi en cours de recrutement un douanier et un agent de l’administration pénitentiaire. Deux agents du ministère de l’Intérieur, attendus en février et mars, viendront par ailleurs renforcer l’expertise sur les données numériques.
Une configuration qui a toutefois vocation à être qu’une étape. La procureure a rappelé que la mission de préconisation lancée par le garde des Sceaux Gérald Darmanin recommandait, à terme, des effectifs comparables à ceux du parquet national antiterroriste, soit une trentaine de magistrats. « L’idée, c’est une montée en puissance progressive », a-t-elle expliqué, avec le recrutement de dix magistrats supplémentaires prévu pour septembre 2026, puis une nouvelle vague en septembre 2027.
Sur la charge de travail, Vanessa Perrée a également tenu à relativiser. La JIRS de Paris conserve près de 500 dossiers, tandis que le PNACO en traite actuellement 70, soit entre 11 et 14 dossiers par magistrat. Un ratio qu’elle qualifie de « plutôt favorable », surtout « au regard des chiffres du Conseil de l’Europe », où certains magistrats en France peuvent avoir à gérer jusqu’à 2 000 dossiers par an, a-t-elle indiqué. « Nous allons nous saisir d’autres dossiers, bien sûr, mais les conditions actuelles sont favorables ».
Questionnée enfin sur la formation des magistrats dans le contexte de la création de ce nouveau parquet, la procureure s’est voulue très claire. Des formations dédiées à la criminalité organisée existent déjà et sont désormais animées par des agents du PNACO, après l’avoir été par la JUNALCO.
Par ailleurs, cette dernière a indiqué avoir été sollicitée par la direction de l’École nationale de la magistrature, ainsi que par les juridictions interrégionales spécialisées, afin d’actualiser les connaissances des magistrats. Les greffiers sont également concernés, mais aussi l’École nationale d’administration pénitentiaire, tout comme les enquêteurs, pour lesquels des interventions sont prévues dans les écoles d’officiers.
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