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AVEC AFP. Dans « la guerre » au narcotrafic déclarée par les autorités, une unité particulière se mobilise à partir de lundi au tribunal de Paris : le « Pnaco », un nouveau parquet destiné à combattre la criminalité organisée.

« Nous sommes face à des gens très dangereux » avec des modes opératoires qui peuvent se rapprocher « du terrorisme » car ils « déstabilisent l’ordre social« , explique la procureure Vanessa Perrée, à l’occasion du lancement du Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).
Au quotidien, « le trafic gêne de plus en plus les Français« , les traumatise avec « des victimes collatérales« , pointe-t-elle dans un entretien accordé à l’AFP. Des victimes comme Mehdi Kessaci, le frère d’un militant associatif engagé contre le narcotrafic assassiné à Marseille le 13 novembre.
A l’instar des groupes jihadistes, les trafiquants recrutent « sur les réseaux sociaux des mineurs de plus en plus jeunes« , attirés par « des sommes dérisoires pour prendre une vie humaine« . Comme celle de Nessim Ramdane, chauffeur VTC tué le 4 octobre 2024 à Marseille. Le suspect, bientôt jugé, avait 14 ans.
La loi narcotrafic créant le Pnaco donne de nouveaux outils aux enquêteurs. Comme un « dossier coffre » (procès-verbal distinct pour ne pas divulguer certaines techniques d’enquête aux mis en cause) ou une possibilité d’activer à distance un téléphone pour des écoutes.
Ces moyens inquiètent de nombreux avocats, qui redoutent des atteintes aux droits de la défense.
« Il n’y a pas de dérive, nous nous inscrivons dans l’Etat de droit« , balaie Vanessa Perrée. « Ce sont des moyens légaux, avec des contrôles, des débats contradictoires, la nécessité de passer devant un juge.«
« Alors oui, on a des gardes à vue plus longues, des techniques spéciales d’enquête, mais elles sont à la hauteur des enjeux, des moyens et de la dangerosité » des trafiquants.
Leur violence désinhibée s’accompagne d’une complexification des flux financiers pour réinvestir l’argent sale « dans un circuit légal et non traçable« , et d’une capacité à corrompre permise par leur puissance financière.
« On a vu des cas de greffiers, d’agents pénitentiaires » corrompus, relève Vanessa Perrée.
Peut-on parler d’une mafia, avec une économie et un monde politique sous emprise ? « On n’a pas un narco-Etat en France« , tempère la magistrate. « On se donne justement les moyens » de s’en prémunir.
Mais il faut être vigilant, notamment à l’approche des municipales de mars : « On peut s’interroger sur l’influence des trafiquants de drogue dans les quartiers » quand ils tentent « de se substituer aux services de l’Etat pour les citoyens« .
Le Pnaco hérite de 170 dossiers en cours : narcotrafic, filières d’immigration clandestine, traite d’êtres humains, proxénétisme, vols à main armée…
Lui échoient ainsi les investigations sur l’évasion en 2024 du trafiquant Mohamed Amra, qui a coûté la vie à deux agents pénitentiaires, celles sur le naufrage mortel de 31 migrants dans la Manche en 2021, ou sur une série d’enlèvements en 2025 liés aux cryptomonnaies.
Ces affaires étaient jusque-là dirigées par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée, créée en 2019 avec, déjà, l’ambition d’endiguer cette criminalité. Qu’apporte alors le Pnaco ?
Une « doctrine« , affirme Vanessa Perrée, reposant sur une collaboration renforcée avec les parquets locaux. Et une force de frappe augmentée avec seize magistrats, dont six spécialisés en criminalité organisée « classique » et six en financier. Dix supplémentaires arriveront en septembre.
« Sur chaque dossier, on aura un binôme » de procureurs, épaulés d’assistants spécialisés, pour pister le produit stupéfiant mais aussi l’argent, avec une « enquête patrimoniale poussée« . Traquer l’argent « est essentiel« , insiste l’ancienne directrice de l’Agence de gestion et recouvrement des avoirs saisis (Agrasc).
Le blanchiment s’opère « dans des sociétés de BTP, sur des comptes familiaux, dans des achats de produits de luxe, l’investissement dans des voitures, des montres, des bijoux…« .
Il est communément avancé que le narcotrafic pèserait pour « six milliards d’euros » en France mais il est difficile « de savoir exactement ce que ça rapporte« , avec des « investissements qui prennent de la valeur » et s’effectuent « de plus en plus à l’étranger« , souligne-t-elle.
D’où l’importance d’une coopération accrue avec des pays où résident des narcotrafiquants.
« Nous avons encore pas mal de travail à faire avec les Émirats« , note Vanessa Perrée, en particulier pour retracer « les achats immobiliers en liquide, en crypto« . La magistrate relève aussi une « nécessaire coopération avec les pays du Maghreb« . Avec, pour le Pnaco, l’objectif de devenir « l’interlocuteur unique » français à l’international pour ces dossiers complexes.
Sa mise en place marque « une étape historique dans la lutte contre le narcotrafic« , a salué sur X le garde des Sceaux Gérald Darmanin.
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