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REPORTAGE. Que se passe-t-il réellement derrière les murs d’une prison ? Lors d’une rencontre avec deux responsables de l’administration pénitentiaire, 38 lycéens ont découvert les réalités de la détention et les enjeux de la réinsertion.

Il est 9h15 dans la salle des pas perdus du tribunal judiciaire de Créteil. Au milieu du ballet des avocats qui vont et viennent, 38 élèves de Seconde effectuant un stage de deux semaines au sein de la juridiction cristolienne patientent sous la verrière frappée par le soleil caniculaire, ce mardi 23 juin.
Après avoir assisté à des audiences, découvert différents métiers de la justice et rencontré plusieurs acteurs du tribunal, dont la présidente Catherine Mathieu et le procureur de la République Damien Savarzeix, direction cette fois une présentation des métiers pénitentiaires.
Vers 9h30, les lycéens sont autorisés à entrer et à s’installer sur les bancs de la salle d’audience A, où, là aussi, la chaleur s’est invitée. Si certains se sont munis de leur éventails, d’autres utilisent leurs carnets de notes pour tenter de se rafraichir.
Les deux intervenantes du jour, Sylvie Paul, directrice adjointe du centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne), et Claire Rabey, directrice du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) 94, prennent place. Quelques réglages sur la télévision qui fait office de support, et la présentation démarre.
En guise d’introduction, Claire Rabey insiste : « A tout moment vous pouvez nous poser des questions. La parole est libre. »
S’ensuit un tour d’horizon des missions respectives des deux intervenantes – à savoir superviser la détention et les conditions d’un côté, prévenir la récidive et favoriser la réinsertion de l’autre. Rapidement, Sacha* interroge : « Et quels sont les droits des prisonniers ? »« On ne dit plus prisonniers mais personnes détenues » corrige gentiment la directrice du SPIP 94, avant de répondre : « Elles ont tous les droits, sauf celui d’aller et venir ».
Elle précise : « Les personnes détenues ont tous les droits sociaux, le droit de travailler – avec un droit du travail spécifique -, de vote, de faire du sport, de recevoir leur famille, d’aller à l’école pour les mineurs… Mais elles ont aussi des obligations, comme adopter un bon comportement, respecter le personnel et le règlement intérieur » énumère Claire Rabey, qui demande à son audience du jour : « Et vous, quelle image aviez-vous des personnes détenues ? »
Sacha l’avoue : « Je ne savais pas qu’elles pouvaient travailler et voter ! »« Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul, sourit la directrice du SPIP 94. C’est un monde clos qui interroge, mais en réalité, la prison est une mini société dans la société » illustre-t-elle.
Autre sujet qui intrigue les élèves ce matin-là : les conditions de détention des personnes privées de liberté. Sylvie Paul en dresse un tableau concret, évoquant notamment la surpopulation carcérale qui touche, comme de nombreux établissements, le centre pénitentiaire de Fresnes. « Les personnes détenues sont trois dans une cellule de 9m², certaines dorment sur des matelas par terre, les toilettes sont scellées dans le sol et il n’y a pas de télévision », dépeint-elle.
Et de poursuivre : « La prison abrite aussi des punaises de lit et des rats. On utilise des furets pour les faire sortir, et des chiens pour les chasser », détaille Sylvie Paul, arrachant quelques grimaces aux adolescents.
Les révélations de la directrice adjointe semblent surprendre plus d’un élève. « Je pensais qu‘en prison on était seul dans sa cellule », admet Jules*. Autre découverte pour le jeune homme : habitué aux tenues orange dans les séries américaines, il réalise aujourd’hui que les détenus portent en réalité « leurs propres vêtements ».
Sylvie Paul en profite par ailleurs pour désamorcer certains sujets sensibles et pour rappeler par exemple que « les agents aussi ont des obligations à respecter, autrement ils sont sanctionnés. » Des visites de parlementaires et du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) ont également lieu pour vérifier que les conditions de détention et les droits des personnes détenues sont respectés, ajoute-t-elle.
Ces contrôles donnent parfois lieu à des constats sévères. Dans son dernier rapport annuel, publié en mai dernier, le CGLPL note que la surpopulation carcérale « constitue le principal facteur aggravant et structurel des atteintes aux droits et à la dignité en prison. Plus de la moitié des 88 145 détenus sont hébergés dans des prisons dont le taux d’occupation dépasse les 150 % ».
Après avoir expliqué le principe de réinsertion et le rôle des conseillers pénitentiaires dans l’accompagnement des personnes en fin de peine, Claire Rabey aborde le sujet des bracelets électroniques. « Vous pouvez être écroués sans être enfermé en prison » souligne-t-elle. Au 1er juin 2026, cette mesure concernait 3 400 personnes, selon la directrice.
Elle poursuit : « Avez-vous entendu parler des bracelets mobiles ? » Dans la salle, on secoue la tête. Ces dispositifs sont réservés aux personnes que l’on estime trop dangereuses, qui ont commis les infractions les plus graves, comme des infractions à caractère sexuel sur des mineurs, développe la directrice du SPIP.
Noé* l’interpelle : « Si des personnes sont si dangereuses, pourquoi elles portent un bracelet au lieu d’aller en prison, alors ? » « Les personnes avec un bracelet mobile sont déjà passées par la détention, et il faut bien qu’elles sortent après l’exécution de leur peine, sinon ce serait de la détention arbitraire », répond Claire Rabey. Elle nuance : peu de personnes portent le bracelet électronique mobile, la plupart des individus dangereux sont encore derrière les barreaux.
« C’est pour protéger la victime ou la société qu’on met un bracelet à une personne ? » demande Noé dans la foulée. « Les deux, opine la directrice du SPIP. C’est en protection de la société pour éviter de nouvelles victimes dans les cas d’agressions sur mineur par exemple, et en protection de la victime pour qu’elle ne se fasse pas approcher à nouveau ».
« Que risque-t-on si on casse le bracelet et qu’on essaie de s’enfuir ? » questionne de son côté Zélie*. « La personne est déclarée en état d’évasion. Le juge d’application des peines va avertir le procureur qui lui-même va prévenir la police pour tenter de le retrouver. Et si c’est le cas, le juge pourra décider de le renvoyer derrière les barreaux », poursuit la directrice. « Oh c’est rude ! » entend-on parmi les stagiaires.
Pour conclure la matinée d’échange, Claire Rabey n’oublie pas de faire un rappel utile : « Vous aussi, en tant que mineurs, vous pouvez être incarcérés dans un établissement dédié aux mineurs, si vous commettez une infraction. Dans ce cas, c’est la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui intervient et qui vous suivra. »
La directrice du SPIP met notamment en garde sur l’usage des réseaux sociaux, et sur les contenus publiés, qui peuvent vite faire basculer un jeune dans la position d’harceleur ou de victime. « Attention à ce que vous postez » insiste-t-elle. Tout acte a des conséquences, pensez-y ! »
Sur cette phrase de fin suivie d’applaudissements sincères, les élèves quittent la salle, direction celle des pas perdus, pour un bilan par petits groupes. Une poignée d’entre eux rencontreront un juge de l’application des peines au cours de l’après-midi, et tous achèveront leur immersion en fin de semaine avec un procès fictif, dans « des conditions proches d’une véritable audience ».
*les prénoms ont été changés
| Un programme révisé pour les stagiaires de lycée Quelque temps après son arrivée à la tête du tribunal judiciaire de Créteil en octobre 2024, la présidente Catherine Mathieu avait souhaité « ouvrir la juridiction à tous ». Une politique également étendue aux stagiaires de seconde, explique le chef de cabinet de la présidente Antoine Lisbonis. Cette année, 38 nouveaux stagiaires de seconde ont ainsi pu bénéficier d’un programme entièrement revu l’année dernière et « enrichi de plusieurs modules pédagogiques ». Au cours de leur immersion au sein de la juridiction du 15 au 26 juin derniers, les lycéens ont pu se rendre au tribunal de proximité pour y suivre des audiences tant civiles que pénales, « bien qu’ils aient une préférence pour ces dernières ». Ils ont également pu suivre un procès aux assises allié à des modules de présentation des différents métiers de la justice. |
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