Tribunal de Paris : « Ce garçon, j’ai beaucoup de mal à le défendre »
CHRONIQUE JUDICIAIRE. Devant la 23e chambre correctionnelle parisienne, Evence A., 24 ans, comparaissait pour trafic de stups. Avec une ligne de défense pas évidente à gérer pour son avocat…

Evence A. a une vingtaine d’années. Il a été repéré dans la rue Lepic (XVIIIe arrondissement) par des policiers intrigués de le voir « regarder tous les bâtiments avec insistance » : « Vous aviez l’air un peu perdu », résume la présidente. Dans la foulée, il a tenté de s’enfuir en courant, mais a été rattrapé et interpellé : dans son sac à dos, on a retrouvé de la kétamine, de la 3-MMC, de la cocaïne liquide et de l’ecstasy.
Il a refusé de donner le code de son portable, mais les bornages ont permis de reconstituer des déplacements aux quatre coins de l’Île-de-France, avec des trajets qui reviennent ponctuellement, et accessoirement une utilisation de la ligne « à plus de 90 % en data, ce qui est assez symptomatique », estime la présidente, pour qui Evence A. est donc, on l’aura compris, un livreur.
Au printemps dernier, Evence A. a déjà été interpellé, ce qui lui a valu, en comparution immédiate à Nanterre, un an d’emprisonnement dont six mois ferme aménagés sous bracelet, mais aussi six mois de révocation d’un précédent sursis simple – prononcé quelques mois plus tôt en CRPC à Paris. « On a bien compris qu’on était à moins de deux mois de votre précédente condamnation en CI pour des faits similaires, quelle est votre version ? », demande simplement la présidente.
« J’ai tout arrêté, mais j’avais pour projet d’aller dans le sud, du coup les personnes pour qui je travaillais quand je me suis fait attraper dans le 92 ils ont eu des échos comme quoi je voulais partir, raconte Evence A., donc ils m’ont proposé de faire cette dernière livraison. Au début, j’ai dit non, parce que je ne voulais plus avoir aucun lien avec ça, mais ils ont dit qu’ils connaissaient l’adresse de mes parents, donc j’avais pas le choix, il fallait que je protège mes proches ». « Donc ça veut dire qu’ils vous ont laissé tranquille pendant presque deux mois [depuis la précédente condamnation] ? », le relance la présidente, pas franchement convaincue.
« Évidemment, je ne vous plaiderai pas l’état de nécessité, mais… »
« On est quand même sur une variété de stupéfiants notable », estime la procureure, pour qui « tout a été essayé, c’est l’exemple même de la gradation de la réponse pénale. […] Il a fait ses choix. […] Il devra prendre ses responsabilités en détention, je ne vois pas comment on pourrait requérir en tout cas autre chose que ça, et il est probable qu’il se fasse aussi retirer [l’aménagement de peine sous] bracelet qu’il attendait ». Elle demande un an ferme avec mandat de dépôt.
« Évidemment, je ne vous plaiderai pas l’état de nécessité, ça ne s’impose pas, mais… », entame – un peu ambitieusement – l’avocat d’Evence A. « On vient vous dire qu’avec celui-ci, on a tout essayé, et ce n’est pas faux… », poursuit-il sans qu’on comprenne bien où il veut en venir. Il rappelle toutefois que son client « n’a qu’une seule journée de prévention » et estime que « ce qu’il a fait, il y a été contraint. C’est toujours difficile à plaider, mais quand il dit qu’il n’a pas eu le choix et qu’il a commencé par refuser, moi je le crois, parce que je le connais un peu mieux que Madame la procureure ».
Il continue à louvoyer : « On se demande ce qu’on doit faire de ce garçon, et j’ai beaucoup de mal à le défendre, parce que j’ai la même sensation que vous, qu’il va se remettre dans le pétrin. […] S’il était incarcéré aujourd’hui, je ne dis pas qu’il ne le mériterait pas, mais qu’il risquerait de se retrouver avec des individus qui l’influencent au moment de sa sortie ». Bref, « il n’est pas complètement perdu ».
Un an ferme avec mandat de dépôt.
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