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AVEC AFP. La peur d’une « injustice ». Un an après le quadruple meurtre présumé de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), et alors qu’une expertise a estimé que le discernement du suspect était aboli, des proches de victimes se sont confiés à l’AFP, parfois pour la première fois publiquement.

« J’étais très révolté et très déçu, un sentiment d’injustice », se remémore au téléphone depuis l’Algérie Abd el Wahid M., le grand frère d’Abdellah M., qui a demandé à conserver l’anonymat.
Le corps de ce jeune homme de 21 ans a été retrouvé le 13 août 2025 dans la Seine, à une dizaine de kilomètres au sud de la capitale.
Le même jour, trois autres corps – ceux d’Amir Ben Hlila, de Frantz Darien et de Sami K. – ont été découverts aux côtés d’Abdellah M. au niveau de la gare RER de Choisy-le-Roi. Le suspect, un jeune homme sans-abri de nationalité tunisienne, a été mis en examen et incarcéré quelques jours plus tard.
La communication entre les enquêteurs et les familles d’Abdellah M. et d’Amir Ben Hlila, un jeune Tunisien âgé de 26 ans, tous deux de jeunes hommes sans-papiers issus de milieux modestes venus travailler et chercher une vie meilleure en France, est d’abord rendue complexe par la distance et la barrière de la langue.
« La seule information qu’on pouvait donner (au début) c’était que mon frère n’était pas mort de manière naturelle », relate Abd el Wahid M., qui obtient des bribes d’information « via les réseaux sociaux, notamment TikTok ».
Après deux semaines sans signe de vie, « la police française m’a informé du décès de mon frère (…) mais sans me donner tous les détails », explique quant à lui Amine Ben Hlila à l’AFP. Tous deux sont désormais tenus informés par leurs avocats.
La première expertise psychiatrique du suspect, révélée en mai par Le Monde, leur a fait l’effet d’un coup de massue.
« C’est impossible, ça ne rentre pas dans ma tête que quelqu’un qui n’a pas sa tête arrive à faire tout ça », regrette, incrédule, Abd el Wahid M., pour qui l’expertise « n’a pas été en profondeur ».
Monji H., le suspect de 28 ans, a été déclaré par cette première expertise comme n’étant « pas accessible à une sanction pénale » en raison d’un « trouble schizophrénique ».
Selon celle-ci, Monji H. présentait au moment des faits des « manifestations psychotiques envahissantes caractérisées par une perte de lien avec la réalité et de sévères troubles du jugement pour lesquels nous retenons une abolition du discernement et du contrôle de ses actes ».
« Les faits sont en lien direct avec l’existence d’une pathologie psychotique non traitée et non stabilisée », ajoute encore le rapport.
« Personnellement, l’idée que le suspect puisse ne pas être jugé me bouleverse et me laisse avec beaucoup de questions », témoigne Amine Ben Hlila, « je comprends que son état de santé mentale doive être pris en compte, mais je trouve difficile d’accepter qu’il puisse ne pas répondre de ses actes devant la justice ».
Chez la mère de Frantz Darien, l’incompréhension se teinte de « colère ».
« Je veux impérativement un procès au pénal, pour la mémoire de mon fils et également parce que ce serait injuste d’être lésée », assène-t-elle, estimant que les propos tenus par le suspect lors de son expertise relèvent de la « comédie ».
Ne pas pouvoir faire face à Monji H. dans une cour d’assises « serait une injustice et un choc traumatique supplémentaires », déplore-t-elle.
Une contre-expertise, dont les résultats sont attendus en début d’année 2027, a été ordonnée par la juge d’instruction chargée du dossier.
Un « espoir » auquel se raccroche Abd el Wahid M., encore « profondément choqué par la mort brutale et tragique de (son) frère ».
Sollicitée par le biais de son avocate Me Julie Boano, la famille de Sami K. a préféré ne pas s’exprimer.
Les avocats de Monji H., Mes Antoine Ory et Benjamin Bohbot, ont également décliné tout commentaire dans l’attente des futures expertises.
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