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En 2025, seuls 30 % des avocats parisiens déclarent avoir suivi leur obligation de formation continue. Une exigence déontologique théoriquement sanctionnée, mais souvent mise de côté, faute de temps et d’offres adaptées, selon les principaux concernés. Témoignages.

Dans la profession, le sujet continue d’en faire soupirer certains. Depuis 2005, tous les avocats inscrits à un barreau sont soumis à une obligation de formation continue de 20 heures par année civile ou 40 heures sur deux années consécutives.
Cette obligation déontologique, posée par la loi et le RIN (le règlement intérieur national de la profession), découle du devoir de compétence des avocats. Malgré tout, en 2025, selon le barreau de Paris, seuls 30 % des avocats de la capitale déclaraient avoir respecté cette obligation.
Avocat associé en droit de la propriété intellectuelle, inscrit au barreau de Paris depuis presque 30 ans, Edouard* n’y a jamais satisfait pleinement. Il estime se former « entre 12 et 15 heures par an ».
Le problème, selon lui : le manque de formations adaptées à sa spécialité. « La propriété intellectuelle, c’est ‘niche’, donc ça limite le nombre de colloques susceptibles de m’intéresser » affirme l’avocat. Les titulaires d’un ou plusieurs certificat(s) de spécialisation sont pourtant tenus de suivre au moins 10 heures de formation dans chacun de ces domaines.
En fait, la plupart des modules qui retiennent l’attention d’Edouard « ne rentrent pas dans le calcul des heures du barreau de Paris », car anglo-saxonnes ou nord-américaines. En théorie, le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux (FIF PL), qui finance jusqu’à 900 euros de formation par an et par avocat, ne couvre que les formations qui se tiennent au sein de l’Union Européenne.
Kamel* lui non plus ne respecte pas son obligation de formation. Car le temps lui manque. Collaborateur pénaliste au sein d’un cabinet d’affaires, le jeune avocat dit se trouver dans une course permanente.
« Je préfère me concentrer sur mes dossiers qui vont facturer, sur la défense de mes clients. Et je me vois mal expliquer aux associés qu’un matin je ne peux pas travailler parce que j’ai une formation » explique-t-il.
Se pose aussi la question des modalités, difficilement compatible selon lui avec les urgences du quotidien. « Les formations sont souvent proposées sur une demi-journée, ou plusieurs heures, ce qui coupe complètement le cycle de travail d’une journée. Et pour les formations à distance, je me connais, je risque de travailler à côté » regrette Kamel.
« Etant soumis à une obligation de résultat financier par mon cabinet, 20h de formation, c’est 20h où je ne gagne pas d’argent, donc 20h que je devrai rattraper à un moment donné » abonde Antoine*, lui aussi fraîchement entré dans la profession.
Certains parviennent à leur quota annuel… in extremis. « Ils font une formation par visio, à la fin de l’année, avec Campus avocat, et ils laissent l’ordinateur ouvert », souritAlma*.
L’avocate au barreau de Paris depuis 2008 remplit quant à elle ses 20 heures annuelles majoritairement grâce à l’écriture d’articles juridiques. Elle pointe la qualité des interventions : « Certains intervenants sont super. Mais parfois, je m’ennuie, soit parce que les formateurs ne sont pas assez préparés, soit parce que la formation est trop théorique » souligne-t-elle.
Firas Derbel, qui travaille sur l’accompagnent d’organisations à but non-lucratif au sein d’un cabinet parisien, est lui aussi « un bon élève ». « J’ai même des heures excédentaires à donner » s’amuse-t-il. Sur leurs deux premières années, les jeunes avocats doivent se former au moins 10 heures sur la gestion de cabinet et 10 heures par an sur la déontologie.
Motivé par l’obtention de la spécialisation, Firas Derbel compte plus de 50 heures sur ses deux premières années d’avocature. Et s’il déclare scrupuleusement chaque heure effectuée, ça n’est pas forcément le cas de certains de ses confrères qui oublient régulièrement de les comptabiliser, rapporte-t-il.
Les avocats qui ne respectent pas leurs obligations ou qui ne déclarent pas leurs heures effectivement réalisées s’exposent en théorie à des sanctions : perte de l’usage de la mention de spécialisation, ou plus grave, sanctions disciplinaires ou administratives.Aucun des avocats avec lesquels nous nous sommes entretenus n’a toutefois fait l’objet de telles mesures.
« Ces sanctions sont plutôt là pour encourager, souligne Caroline Denoit Benteux, vice-bâtonnière de l’Ordre des avocats de Paris. On a 35 000 avocats au barreau de Paris, les sanctions ne sont pas systématiques, elles sont plutôt là pour inciter. C’est à la profession de s’adapter pour leur proposer des formations compatibles avec leur quotidien. »
Mais certains restent sur leurs gardes et redoutent que les assurances de responsabilité civile professionnelle, obligatoires pour les avocats, n’intègrent le non-respect de l’obligation aux cas d’exonération.
Pour les années 2024 et 2025, les cotisations appelées en janvier 2025 et janvier 2026, le barreau parisien a mis en place un système de réduction des cotisations de responsabilité civile pour les avocats qui respectent leur obligation de formation continue.
Cette mesure sera-t-elle reconduite pour les cotisations appelées en janvier 2027 ? « C’est une réflexion en cours » avance Caroline Denoit Benteux, également Présidente de l’École de formation des Barreaux de la Cour d’Appel de Paris (EFB).
« Nous constatons un volume d’heures de formation déclarées assez faible, poursuit la vice-bâtonnière. Nous sommes en train de revoir complètement les modalités de la formation continue avec une ouverture du panel des possibilités. Nous avons bien noté qu’il fallait faire évoluer la formation et c’est un gros travail que l’on est en train de faire en ce moment »
Le barreau souhaite notamment proposer des formations qui s’adressent aux avocats spécialisés, de plus en plus nombreux, notamment via des formats type « collèges d’experts » et des formations en « e-learning » qui peuvent plus facilement trouver leur place dans les agendas des avocats.
*ces avocat ont sollicité l’anonymat et utilisent donc des prénoms d’emprunt
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