Le bâtonnier de Versailles en visite à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, touchée par des températures exceptionnelles

Dans la maison d’arrêt yvelinoise, les températures atteignent les 35 degrés pour des détenus entassés à cinq dans 15 m². Un rapport rédigé par le barreau sera transmis au Contrôleur général des lieux de privation de liberté.


vendredi 29 mai à 09:203 min

Écouter l'article

La maison d’arrêt de Bois-d’Arcy avait déjà été visitée par le précédent bâtonnier de Versailles en janvier 2024. Photo par Geoffroy Van Der Hasselt via AFP

Le bâtonnier de Versailles Thierry Voitellier, accompagné de la présidente de la commission pénale du conseil de l’Ordre Mandine Blondin, s’est rendu mercredi 27 mai à la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, a appris le JSS.

Objectif de cette visite : constater les conditions dans lesquelles une partie des détenus vivent l’épisode de chaleur qui touche actuellement la France, alors que le barreau avait été informé en début de semaine de températures extrêmement élevées dans certaines parties de l’établissement.

Dans un post publié sur LinkedIn, le barreau fait état de températures pouvant atteindre 35 degrés dans des cellules de 15 m² accueillant cinq détenus.

Pour autant, l’accès aux équipements demeure encadré. Si un ventilateur d’appoint est autorisé dans chaque cellule, trois douches hebdomadaires sont prévues pour les détenus. Seuls les plus fragiles, notamment les plus de 60 ans, ont accès en permanence aux salles d’eau. Les autres détenus doivent pour l’heure se contenter de l’eau du robinet – jugée tiède – pour se rafraîchir, en attendant que des brumisateurs soient installés prochainement.

Contacté par le JSS, Thierry Voitellier rapporte avoir constaté des températures dépassant en effet les 30 degrés, y compris dans les bureaux de la direction de l’établissement. Le parloir réservé aux familles serait l’unique lieu climatisé. « Les gardiens de la prison sont également touchés par les fortes températures », témoigne le bâtonnier.

Un rapport est en cours de rédaction : le barreau devrait l’adopter lundi en conseil de l’Ordre. Il sera ensuite transmis au Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL).

L’établissement sous surveillance depuis plusieurs années

Il s’agit d’un nouveau signal d’alarme pour la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy, l’une des plus surpeuplées de France avec un taux d’occupation de 212 % au 1er avril 2026.

En octobre 2022 déjà, le CGLPL dénonçait dans des recommandations formulées en urgence « un établissement surpeuplé et des conditions d’enfermement indignes ». Entraves à l’accès aux soins, recours excessif aux mesures de contrôle et de contrainte et désorganisation générale de la détention étaient entre autres mentionnés.

En avril 2023, cinq barreaux d’Île-de-France avaient saisi la justice et obtenu que l’État soit contraint par le tribunal administratif de Versailles à appliquer rapidement des mesures pour lutter contre l’insalubrité des locaux. Une phase de travaux avait ensuite été lancée.

En janvier 2024, le bâtonnier de l’époque Raphaël Mayet avait procédé à une visite de l’établissement, déjà plein à 181 % officiellement – un chiffre probablement sous-évalué compte tenu de travaux effectués au moment du décompte.

Dans le rapport publié à la suite de cette visite, le barreau avait dénoncé des « conditions déplorables de suroccupation » ne permettant pas aux détenus « d’avoir un espace vital nécessaire et des conditions de vie dignes en détention », et pointait en particulier les délais d’attente de trois à quatre mois pour le transfert des détenus souffrant de troubles mentaux vers des unités spécialisées.

Plus récemment, en août 2025, le tribunal administratif de Versailles avait rejeté les requêtes en urgence de vingt détenus demandant leur extraction de l’établissement, tout en enjoignant au ministre de la Justice de prendre quatre mesures d’urgence : effectuer des rondes nocturnes sans réveiller les détenus, garantir une température d’eau acceptable dans les douches, assurer l’acheminement normal du courrier et veiller à ce que les détenus puissent accéder à leurs rendez-vous médicaux.

La juridiction avait relevé qu’entre décembre 2024 et mai 2025, un détenu avait été grièvement blessé dans la cour de promenade et deux autres avaient été agressés dans leurs cellules, dont l’un décédé des suites de ses blessures.

Partager l'article


0 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à la Newsletter !

Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.