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Le projet d’une salle d’audience modulaire au sein même de l’établissement pénitentiaire, destinée aux grands procès, continue de mettre en colère le monde judiciaire. Les barreaux de Paris et de l’Essonne s’insurgent en outre d’une annonce faite sans concertation.

Le monde de la justice n’avait décidément pas besoin d’une nouvelle polémique, en ce mois de juin. Annoncée le 28 mai 2026 par le garde des Sceaux, la création d’une salle d’audience au sein même du centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis est dénoncée par les magistrats et les avocats.
Dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic, fer de lance du ministre de la Justice, et pour faciliter l’organisation des grands procès, ce futur espace modulaire à la prison de Fleury-Mérogis doit permettre de faciliter les audiences d’une ampleur exceptionnelle – et donc celles liées au narcobanditisme et à la grande criminalité. Une justice rendue en dehors des tribunaux qui ne passe pas.
Réuni en assemblée générale le 12 juin dernier, le barreau de Paris déplore ainsi « une nouvelle atteinte aux droits fondamentaux », et voit dans cette salle d’audience un « risque d’assimilation entre la figure du juge et celle de l’autorité pénitentiaire, ainsi que de l’éloignement symbolique entre la justice et les citoyens ».
Le Conseil national des barreaux dit, lui, s’inquiéter « des conséquences d’un tel dispositif sur le respect des principes essentiels du procès pénal ». Et de souligner, dans une résolution votée ce mois de juin, « les risques d’atteinte à la publicité des débats, en raison des contraintes d’accès propres au milieu pénitentiaire, ainsi que les menaces pesant sur l’exercice des droits de la défense et le respect de la présomption d’innocence ».
L’Union syndicale des magistrats (USM), le syndicat Unité Magistrats – FO, le Syndicat de la Magistrature (SM), et l’Association des avocats pénalistes (ADAP) déplorent aussi, d’une même voix, tant l’absence de concertation que le projet en lui-même. La bâtonnière de l’Essonne Cassandre Huchet, jointe par le JSS, décrit quant à elle un barreau « particulièrement surpris » de « ne pas avoir été prévenu en amont de ce projet qui pose de multiples problématiques ».
« Aujourd’hui, la justice de droit commun peine à faire extraire les détenus – est-ce à dire que l’exception deviendra le principe, comme souvent ? » Cassandre Huchet le réaffirme : « La place de la justice doit rester dans les palais et non dans les prisons. » Au tribunal d’Evry, le suivi des quelque 5 000 détenus de l’établissement pénitentiaire de Fleury-Mérogis reste compliqué pour les magistrats et les personnels administratifs, dont les effectifs sont encore insuffisants.
Cette nouvelle salle d’audience, qui doit être construite en structure modulaire pour un coût annoncé « inférieur à 10 millions d’euros », devrait disposer d’une capacité comprise entre 500 et 1 000 places. Le box des accusés pourrait accueillir jusqu’à 50 personnes.
L’objectif affiché par la Chancellerie est aussi de limiter les extractions judiciaires de détenus considérés comme particulièrement dangereux : l’évasion sanglante de Mohamed Amra, au péage d’Incarville, lors d’un transfert par l’administration pénitentiaire, a notamment été rappelée par Gérald Darmanin.
Interrogé par Le Parisien après l’annonce de cette future salle d’audience, le garde des Sceaux avait justifié : « Cette nouvelle salle permettra de sécuriser bien plus facilement ces procès et d’éviter les transferts quotidiens de ces détenus sensibles. Ces transferts mettent les agents pénitentiaires en grand danger et ces derniers ne doivent plus payer le prix du sang pour juger des personnes. On le doit aux morts d’Incarville. »
Inspiré du modèle italien, dont les dispositifs anti-mafia avaient déjà servi de référence, ce dispositif s’inscrit dans la même logique que les quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Aux détenus les plus dangereux issus du narcobanditisme, les mesures exceptionnelles.
Le syndicat FO Justice a de son côté accueilli « avec satisfaction » l’annonce du garde des Sceaux. Dans un communiqué, l’organisation professionnelle majoritaire chez les surveillants insiste sur « les impératifs de sécurité auxquels sont confrontés quotidiennement les personnels pénitentiaires », et regrette les « positions dogmatiques » des syndicats de magistrats. « FO Justice tient à rappeler que ces mêmes organisations se sont opposées, avec la même fermeté, au développement de la visioconférence, y compris au lendemain du drame d’Incarville. »
« Cette décision impacte pourtant les conditions d’exercice des personnels judiciaires mais également les justiciables », fustige en outre l’USM dans un communiqué. Le syndicat de magistrats y exprime « ses plus vives réserves sur le principe même de procès hors des palais de justice et rappelle que dans un Etat de droit, la justice se rend dans un tribunal ».
Pour l’USM, le ministère doit « prioritairement » doter l’administration pénitentiaire de « personnels et outils matériels et technologiques adaptés, pour assumer l’une de ses missions principales, les extractions judiciaires, dans des conditions de sécurité adaptées au profil des détenus ».
La question des moyens attribués aux tribunaux revient aussi au cœur des débats. Pour le ministère, l’enjeu est aussi de réduire les coûts liés à l’organisation de grands procès. Les transferts des accusés lors du procès de la « DZ mafia », qui s’est tenu en mars et avril à Aix-en-Provence, ont coûté plusieurs millions d’euros en termes de sécurisation et de logistique.
Et, alors que la salle provisoire « grands procès » de la cour d’appel de Paris vit ses dernières heures, la création d’une seconde salle des grands procès (en plus de celle de Fleury) serait en cours d’arbitrage, dans un endroit qui n’a pas encore été dévoilé.
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