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Dix ans après la loi Macron, un rapport du CSN rendu public fin janvier par Les Échos indiquait une augmentation de 78 % du nombre de notaires en France. Dans un contexte de crise immobilière, l’arrivée massive de ces nouveaux entrants fragilise le modèle économique de la profession, principalement dans les métropoles où la concurrence explose.

À Nantes, il n’y a qu’à tourner la tête pour trouver une étude notariale. « Sur mon boulevard, à la fin, on était huit. Imaginez huit boulangeries dans la même rue ! C’est impossible, donc je suis parti », grogne un notaire historique du centre-ville en ce début de mois de février. Comme lui, les trois professionnels nantais que le JSS a contactés témoignent anonymement d’une concurrence féroce depuis l’entrée en vigueur de la loi croissance – dite Macron – de 2015.
« On se partage un gâteau qui n’a pas grossi », confirme de son côté Nicolas Bosquet, porte-parole de la chambre des notaires de l’Ouest. Sur le territoire de la Bretagne historique (incluant donc la Loire-Atlantique), l’augmentation est spectaculaire. « Depuis 2015, nous sommes passés de 375 à 694 études, et de 741 à 1 402 professionnels, en comptant les notaires associés et salariés », poursuit-il. Des chiffres supérieurs à la moyenne française de 78 % révélée fin janvier par une étude du Conseil supérieur du notariat (CSN).
Depuis 2015, les notaires peuvent solliciter une création d’étude par tirage au sort. Soucieux de ne pas fragiliser les offices existants et de renforcer le maillage territorial, l’Autorité de la concurrence et le ministère de la Justice établissent, tous les deux ans, une carte des créations par zones géographiques. Mais cette procédure semble présenter une faille. « Si vous avez tiré une commune du bassin nantais, vous pouvez demander à être transféré sur Nantes. La majorité des nouveaux le font », regrette le notaire anonyme. « Il y a beaucoup moins de candidats pour les zones rurales », confirme Nicolas Bosquet.
En cause, les nombreuses opportunités et les prix attrayants qu’offrent les métropoles. Ce constat est partagé par la chambre voisine du Grand-Anjou, où « les créations se concentrent à Angers, Laval et Le Mans », d’après le porte-parole Nicolas Rozel. Précisément là où la concurrence est la plus rude.
Dans les grandes villes, cette densité est devenue critique à partir de l’été 2022, avec le retournement du marché immobilier. « Depuis, nous avons perdu entre 35 et 40% des ventes », regrette Nicolas Bosquet. Les créateurs, toujours plus nombreux et généralement« typés immobilier » – faute d’avoir eu le temps de se constituer une clientèle – sont souvent les premiers touchés.
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D’un point de vue plus global, le CSN jugeait que 15 % des études notariales étaient en difficulté en fin d’année dernière. Et à en croire nos interlocuteurs, ce contexte pousserait plusieurs notaires à rendre payantes certaines prestations offertes jusqu’ici. « Cela concerne les estimations immobilières, les procurations, ou certains à-côtés dans les successions », précise Nicolas Bosquet.
Au total, quatre vagues de « notaires Macron » – comme on les appelle dans la profession – se sont succédées depuis 2015.« Pour nous, ça a été… mais pour les suivants, c’était plus compliqué », explique une créatrice nantaise installée dès 2018. Un cinquième tirage au sort aura pourtant lieu en ce mois de février 2026, avant que le délai entre les vagues de création soit allongé au minimum à cinq ans. Un véritable soulagement pour l’ensemble de nos interlocuteurs. « Les décideurs se sont peut-être rendu compte qu’ils sont allés trop vite », souffle un notaire nantais. « Je pense que cette réforme était nécessaire, notamment dans certains secteurs « , tempère de son côté Nicolas Rozel.
Sur le territoire de la chambre du Grand-Anjou, qui a connu une augmentation de 30 % du nombre de notaires en dix ans, le porte-parole se satisfait d’avoir trouvé « un équilibre, malgré une période économiquement difficile pour certains ». Parmi les derniers arrivés, on retrouve notamment Carla Pradoura. Inscrite au dernier tirage de 2024, elle s’est installée en septembre dernier dans le centre-ville d’Angers. « C’était un vrai challenge car je partais de zéro, mais je l’ai accepté en connaissance de cause », confirme la jeune femme de 31 ans, originaire de la Côte d’Azur.
Un peu moins de six mois plus tard, Carla Pradoura qualifie son installation de « concrétisation ». Comme pour beaucoup de jeunes, son indépendance n’aurait pas été possible aussi rapidement sans cette fameuse loi de 2015. « Pour moi, c’était soit ça, soit je quittais le notariat, assure-t-elle. Il est très difficile d’être informé des cessions de parts et, en plus, il faut être en mesure de faire la meilleure offre. Avec le tirage au sort, on n’achète pas de carnet d’adresses, mais on obtient la gratuité de poser sa plaque ». Carla Pradoura a accepté ce compromis et confie aujourd’hui s’en sortir convenablement.
Comme elle, 174 femmes notaires exerçaient dans la chambre du Grand-Anjou en cette fin d’année 2025, contre 89 en 2015. Sur le plan national, le CSN recense près de 10 000 femmes sur une population totale de 17 383 notaires. Si la méthode fait débat, la loi Macron a au moins contribué au rajeunissement et à la féminisation de la profession.
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