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Un homme, possiblement schizophrène, a mis le feu à son immeuble. En détention provisoire le temps qu’une expertise psychiatrique soit réalisée, il fait une demande de mise en liberté, rejetée du fait de sa dangerosité. Avant, peut-être, d’être déclaré irresponsable.

Il promène son regard hagard de visage en visage, depuis son box, vers la salle d’audience, sourire nerveux aux lèvres, au côté d’une interprète en langue arabe. Le président instruit le dossier : destruction par incendie, dans l’immeuble du 2e arrondissement où il réside. C’est un dossier de comparution immédiate.
Né en Algérie en 1982, Mohamed est en France depuis 11 ans, ne travaille pas à cause d’une vilaine sciatique qui lui vaut handicap reconnu à 50 % (il perçoit l’allocation), et s’il est affublé d’une interprète, c’est plus par confort que par nécessité absolue.
Le 12 juin dernier, Mohamed a mis le feu à son appartement et dans les parties communes de son immeuble, et il ne sait absolument pas pourquoi. Vengeance, pyromanie, pure volonté criminelle ? Un psychiatre l’a examiné en garde à vue, et a conclu à l’abolition de son discernement. Il a dit que Mohamed devait être hospitalisé sur-le-champ, car il était malade, dangereux pour lui-même et pour les autres, et qu’il était clair que cet homme n’était pas accessible à une sanction pénale.
Mais cet examen ne vaut pas expertise, et Mohamed a été déféré en comparution immédiate. Le 14 juin, un tribunal a décidé de renvoyer son dossier afin de réaliser… une expertise psychiatrique, qui doit intervenir dans le courant du mois d’août. Si Mohamed est devant la 23e chambre correctionnelle parisienne, ce mercredi 29 juillet, c’est qu’il a fait une demande de mise en liberté.
Mais il n’a aucun « élément nouveau », selon la formule consacrée, pour justifier qu’on le libère en attendant son procès. Il a fait cette demande sans savoir qu’il devait donner des garanties afin que le tribunal accepte de le libérer, éventuellement sous contrôle judiciaire. Il ne cesse de dire : « Je suis désolé, vous ne me verrez plus jamais », et le président ne cesse de l’arrêter, faisant stop avec sa main droite : « Monsieur, on n’examine pas votre dossier au fond aujourd’hui. »
Il est ennuyé, car il voit bien que le cas de Mohamed est épineux. Ses voisins disent l’avoir vu souvent se battre contre des fantômes, parfois muni d’un couteau, et les poursuivre jusque sur les toits. Il manifeste ce que les experts pourraient qualifier de « sentiment de persécution », craignant des intrusions chez lui. La mise à feu découle à l’évidence de ces troubles, qui pourraient être schizophréniques, pensent ses parents – bien qu’à 44 ans il n’ait jamais été diagnostiqué – car sa sœur est schizophrène, et qu’il existe un facteur génétique important.
Le président est ennuyé, car il n’est pas convaincu que renvoyer Mohamed partager une cellule avec deux hommes à la prison de la santé soit une bonne chose pour lui et pour les deux autres codétenus. Il dit : « C’est pas tout à fait rassurant, ni pour lui, ni pour les autres. » il semble pensif, puis donne la parole à l’avocate de Mohamed.
C’est une élève-avocate : elle a prêté serment mais n’a pas encore de robe. Elle dit que Mohamed est suivi pour dépression, qu’il fait peur à ses voisins et qu’il faut l’aider. Elle rappelle qu’il était hospitalisé juste avant les faits (elle ne dit pas pourquoi), et qu’il était encore en blouse blanche lorsqu’il a commis les faits reprochés. Elle demande un contrôle judiciaire, en attendant la déclaration d’irresponsabilité et, elle en est certaine, l’hospitalisation d’office qui adviendra.
Le juge donne la parole au procureur, qui trépigne sur son estrade.
« On se trompe de terrain en allant sur celui du discernement, car on attend encore l’expertise », dit-il, rappelant que le rapport établi en garde à vue n’est « pas une expertise » (il le devient souvent lorsque les conclusions vont dans le sens désiré par celui qui parle, ndlr). Ne craignant aucune contradiction, il se fonde sur le même rapport pour affirmer que Mohamed est dangereux, et qu’il ne faut pas le remettre en liberté.
Le président est ennuyé, mais il annonce finalement, au nom du tribunal, décider du maintien de Mohamed en détention. « A regret, constatant qu’aucune place en hospitalisation n’est disponible », ajoute-t-il.
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