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CHRONIQUE JUDICIAIRE. Un homme d’environ 40 ans comparaît pour avoir montré son sexe à une pharmacienne, et s’être masturbé dans sa cellule de garde à vue. Il nie l’exhibitionnisme avec un aplomb qui irrite le président.

Laurent est bien, détendu. Il porte une chemisette blanche repassée, pose ses coudes sur le rebord du box, presque avachi. Il pourrait être représentant de commerce, agent immobilier. Il a été courtier en assurance, aujourd’hui il est au chômage.
Le 12 mars 2026, Laurent est entré dans une pharmacie du 15e arrondissement, s’est présenté au comptoir et a demandé à la pharmacienne s’il pouvait lui montrer des « zones irritées » sur sa jambe. La pharmacienne l’a dirigé vers un box, et Laurent lui a dit que la zone se trouvait « entre ses jambes ». Il a enlevé son pantalon, et annoncé que la zone était située sur ses testicules. Son sexe était en érection. La pharmacienne a tourné les talons et elle est sortie du local. Elle n’a pas vu Laurent se frotter le sexe.
Laurent a l’air particulièrement sûr de lui, un petit sourire égaye son visage un peu tombant, il réajuste ses lunettes et cale sa main sous son aisselle, en position d’écoute, l’index de l’autre main sur le bout du nez, prêt à s’expliquer.
Il dit : « Je reconnais m’être rendu dans la pharmacie, j’ai bien dit que j’avais un problème aux jambes, puis aux parties génitales. Elle m’a invité à la suivre dans une pièce à part et m’a invité à montrer la zone concernée. Je n’ai jamais été en érection et je ne me suis jamais masturbé. Peut-être me suis-je gratté.
-Elle dit que vous l’avez piégée », répond le président d’une grosse voix un peu sourde. Il ajoute : « Que s’est-il passé, en janvier 2022 ?
-J’avais déjà un problème à ce niveau-là. Il y a eu un malentendu, j’avais montré la zone irritée.
-Donc je lis ce qu’on a au TAJ (traitement des antécédents judiciaires, ndlr) : le 20 janvier 2022, il prétexte des démangeaisons à la jambe, demande s’il peut lever son pantalon, la pharmacienne sort puis, quand elle revient, il a son pantalon baissé et le sexe en érection. »
Il s’adresse aux juges assesseurs, qui secouent légèrement la tête, l’air entendu.
« Je n’étais pas en érection.
-On a deux pharmaciennes qui disent exactement la même chose, à 4 ans d’intervalle.
-C’est leur version. Moi, j’ai des problèmes de santé, qui ont été traité depuis. Si j’ai montré aux pharmaciennes c’est que je n’arrivais pas à consulter un médecin.
-Vous avez l’ordonnance qui prouve que vous aviez un problème et qu’il a été traité ?
-…
-Et cette fois-ci, vous ne vous êtes pas dit que, vu ce qu’il s’était passé la dernière fois, il fallait faire attention ? »
Le 4 octobre 2022, Laurent a été condamné à quatre mois de prison avec un sursis probatoire renforcé de trois ans, comprenant une interdiction de contact et une obligation de soins.
« Pourquoi vous dites que votre problème se situe aux jambes ?
-J’ai dit ‘entre les jambes’.
-Et pourquoi ne pas dire directement que c’est sur les testicules ?
-Monsieur, les testicules se trouvent entre les jambes. »
Il énonce cela d’un ton docte et légèrement pédant. Le président, sans changer d’expression, monte le son d’un coup :
« Vous vous croyez où ? Je préside ce tribunal correctionnel, évitez de me prendre pour un imbécile. Je pense que 95 % de la population sait où se trouvent les testicules, arrêtez avec votre ironie, parce que votre situation n’est pas drôle. »
Laurent se fait pourrir par le président et perd de sa superbe : il bafouille, se confond en excuses, et répond docilement aux questions.
« Sur les jambes, ce n’est pas entre les jambes. Et entre les jambes, ce n’est pas sur les testicules. Vous lui avez dit que c’était sur les jambes, à quel moment vous lui avez dit que c’était sur les testicules ?
-Dans le box », bredouille-t-il avec empressement.
Finalement interpellé et placé en garde à vue le 27 juillet, il est surpris par une policière, qui voit un coude s’agiter en passant dans la coursive ; Laurent est de dos, derrière la vitre en Plexiglas de la cellule. Quand elle le hèle et qu’il se retourne, elle voit qu’il a la main dans son pantalon. Des faits constitutifs d’exhibitionnisme selon la loi, puisqu’il n’est pas nécessaire d’avoir vu le sexe et que le seul fait d’avoir été soumis à la vision d’un geste explicite, dans un lieu public, permet de qualifier l’infraction.
Là encore, Laurent conteste. « En fait, j’avais la main comme ça », dit-il en commençant à positionner sa main dans son pantalon, en haut de la ceinture, mais le président l’arrête en hurlant « NON », la salle sursaute, « il faut que vous réalisiez où vous êtes, Monsieur ». « Ce que je veux dire, c’est que je n’avais pas la main dans mon pantalon.
-Beaucoup de femmes ont des malentendus avec vous, Monsieur », grince le juge.
À la suite de sa première condamnation, pour soigner ses problèmes, Laurent a consulté un psychiatre à qui il a raconté, dit-il, ses problèmes au travail et les tracas que lui posent une succession difficile. « Et vous n’avez pas discuté d’une tendance à montrer votre sexe ? Vous comprenez que c’est crucial ? » Laurent dit que « si », « un peu ».
Le procureur est sec ; prenant acte de la contestation des faits, de la récidive et de son attitude désinvolte, voire insolente, il demande 10 mois de prison dont 5 avec sursis probatoire. Pour la partie ferme, il demande que soit décerné un mandat de dépôt.
L’avocat en défense, s’il conteste mollement les faits de la pharmacie, se déchaîne avec emphase sur l’exhibition en garde à vue, un lieu pour lui retiré du monde, caché du public, ces « petites geôles en sous-sol » dans lesquelles « il recherchait peut-être un peu d’intimité ». « Et s’il avait voulu dormir nu ? »
Il plaide la relaxe, qu’il n’obtient pas ; mais il évite la prison à Laurent, qui est condamné à 12 mois de prison aménagés sous la forme d’un bracelet électronique, à l’interdiction de paraître dans la pharmacie du 15e arrondissement et dans le commissariat du 20e, et à 5 ans d’inéligibilité.
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