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CHRONIQUE JUDICIAIRE. Un chauffeur de taxi est poursuivi pour non-assistance à personne en danger, pour avoir sorti un jeune homme de son taxi alors qu’une bande hostile cherchait à l’agresser. L’adolescent a été poignardé et laissé pour mort. Le chauffeur plaide la relaxe.

James S.* est poursuivi par un groupe d’individus hostiles. Il ne sait pas pourquoi, mais il a vite compris qu’il devait à tout prix fuir cette bande visiblement prête à l’écharper sur le macadam, alors qu’il était simplement sorti de chez sa grand-mère, qu’il visite avec sa mère presque chaque semaine, pour aller s’acheter sa pizza à cinq euros, son petit rituel ici, à Sarcelles, lui qui vient d’une petite ville de l’Oise. Et le voilà face à ces gens qui le menacent et se passent le pouce sur la gorge dans un mouvement horizontal sec que James comprend très bien ; en panique, il court pour sa vie.
Son salut passe peut-être par l’aide d’Edgard C., un chauffeur de taxi en train de garer sa Toyota Corolla de location avec la minutie courtoise de celui qui ne veut pas trop serrer son voisin – et surtout, qui veut éviter que ce dernier lui cabosse sa carrosserie en ouvrant sa portière. James, la mort aux trousses, accélère jusqu’au taxi, s’engouffre sur la banquette arrière et dit : « Sauve-moi » et le chauffeur, surpris et stressé par cette irruption soudaine se dit que cet adolescent veut lui voler sa recette, en tout cas il se méfie et refuse de verrouiller la porte, comme James le lui réclame.
Quelques secondes passent avant que le groupe de poursuivants n’entoure le véhicule. Ils le secouent, tapent sur les vitres, hurlent, sortent des couteaux de leur poche en fixant James droit dans les yeux. Au lieu de verrouiller la porte en attendant que ça passe, Edgard C. sort du véhicule, ouvre la portière arrière et en expulse James, aussitôt happé par la furie. Il est roué de coups de pied, de poing, des couteaux sont plantés dans son corps. Il a failli mourir. Les auteurs sont mis en examen pour tentative de meurtre, Edgard comparaît le 15 octobre devant le tribunal de Pontoise pour « non-assistance à personne en danger ».
Le chauffeur dit deux choses : d’abord, il n’a pas compris que le jeune était en danger, puis, devant l’évidence que cet argument ne reposait pas sur une base solide, il dit qu’il a eu peur, car l’article 223-6 du Code pénal exige « une abstention volontaire d’agir, alors que l’intervention était possible sans aucun risque pour le sauveteur ou pour des tiers ». Edgard C. dit : « Je vois qu’on est entourés, j’ouvre la porte, j’ai vu un couteau, je suis père de quatre enfants, je lui dis de sortir, je me mets devant pour créer une échappatoire. » Il ajoute : « On était deux en danger, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour ce jeune homme. »
L’avocat de James, qui n’avait que 15 ans à l’époque, lit des extraits des dépositions des agresseurs, interrogés au sujet de l’attitude du chauffeur. L’un dit : « Il est sorti de la voiture, en mode il voulait le jarter, il lui a dit de sortir plusieurs fois. » Un autre : « Le taxi a fini par sortir le jeune homme. » Un autre : « Vu notre attitude, il est peu probable que le chauffeur n’ait pas perçu l’état de vulnérabilité de Monsieur S. »
James et sa mère sont présents à l’audience. James parle : il n’est pas remis de ses blessures et n’ose plus sortir. Sa mère parle : « c’est dur, très dur. » James explique que ses agresseurs l’ont pris pour un autre et qu’il s’est trouvé être la victime expiatoire d’une rivalité de quartiers. Depuis, James ne vient plus voir sa grand-mère et reste chez lui à ne rien faire. Il prend des anxiolytiques.
« Le Code pénal ne demande pas aux gens d’être héroïques, mais il y avait un laps de temps pendant lequel Monsieur C. pouvait réagir, il aurait pu mettre ce jeune homme à l’abri et il ne l’a pas fait », dit la procureure. Elle requiert un stage de citoyenneté.
« C’est pas un héros, c’est un homme normal, et heureusement, il faut des hommes « normals » (sic) dans la société », dit l’avocat du prévenu en se rasseyant. Il demande la relaxe.
Edgard D. écope d’un stage de citoyenneté, à ses frais. S’il ne s’en acquitte pas, il devra payer une amende de 500 euros.
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