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CHRONIQUE JUDICIAIRE. Un couple comparaît ensemble à la barre, pour violences réciproques. Ils racontent au tribunal leur mal-être et, depuis les faits survenus en février 2025, la lente reconstruction de leur couple.

Il arrive souvent qu’un homme prévenu de violences sur sa compagne se défende en prétextant que c’est « elle » qui a commencé, et qu’il n’a fait que répliquer, et en général c’est une mauvaise idée, mais le 15 octobre, Sylvain n’a même pas besoin de le dire, car c’est un fait parfaitement établi et officiel : c’est Saveria qui a commencé, et pour cela elle est poursuivie.
Ils sont tous les deux-là, écornés et honteux, elle grande et brune avec une frange qui peine à sécher ses larmes ; tous les deux sont prévenus de violences réciproques. Ils reconnaissent les faits.
Le 20 février 2025, Saveria prend ses anti-dépresseurs, boit quatre bières et décide de faire les poches du manteau de son mari. Elle y trouve un mot qui la met en colère. Elle monte dans leur chambre et réveille Sylvain en le frappant n’importe comment.
Il se réveille, lui saisit les bras et la pousse, la pousse encore, jusque dans l’escaliers. En tombant, elle se cogne le coccyx. Leurs enfants de 8 et 5 ans voient la scène. L’aînée de 18 ans également : elle compose le 17 pour leur signaler que ses parents se battent et qu’ils feraient mieux de venir. Elle a ajouté : « J’ai des frères et sœurs, des petits, c’est pas drôle pour eux. »
Quelques minutes plus tard, au salon, elle voit ses parents se « faire un câlin » sur le canapé. « Rappelle la police pour leur dire de ne pas venir », lui lance son père. Trop tard. « Qui est le plus responsable ? », demande un policier à la jeune femme. Elle répond : « Les deux. »
Leur relation s’est peu à peu enfoncée dans un marasme dont ils ne parvenaient pas à sortir. La communication est coupée, chacun s’accroche à sa bouée. Lui, le travail – il rentre tard et part tôt. Elle, l’alcool. Sa fille de huit ans est capable de citer la marque de bière favorite de sa mère. Le petit de 5 ans a cessé de rire. A l’école, il joue seul dans son coin. Il paraît préoccupé.
Depuis les faits, ils ont démarré une thérapie. Elle dit : « On a tous les deux nos torts. On avait des mots démesurés, on n’a pas conscience que les enfants sont des victimes collatérales. Entendre les mots de mes enfants m’a fait beaucoup de peine. » Il dit : « Je voyais bien le malaise qu’il y avait dans notre couple, les enfants le vivaient très mal. Il fallait trouver des solutions, on a fait une thérapie de couple, on a mis des mots sur notre mal-être.
-Et les enfants ?
-Ils vont mieux. Le petit a retrouvé le sourire.
-Comme ça va mieux, madame attend peut-être avec impatience que Monsieur rentre à la maison. Il y a peut-être des travaux à faire ? » ose la présidente.
Depuis les faits, Sylvain a l’interdiction de de rendre au domicile familial, ce qui pèse sur la famille et freine la reconstruction. Il a changé de travail, elle ne boit plus (seulement un verre de temps en temps) et dit : « Les enfants souffrent beaucoup. » Une juge assesseur alerte : « Il y aura d’autres disputes, et la tentation de ressortir les vieux dossiers. Est-ce que vous vous sentez en capacité de reprendre la vie commune après ce qu’il s’est passé ? » C’est une mise en garde.
L’administratrice ad hoc confirme : les deux enfants réclament leur père. Dans une concorde peu commune, la procureure, qui avait prévu de requérir lourd, affirme avoir changé d’avis à l’audience, et demande seulement un sursis simple de six mois pour les deux – et un petit stage (payant) sur les violences au sein du couple.
Sur les bancs de la défense, on salue la renaissance d’un couple et la clairvoyance du parquet. Enfin, la sagace présidente conclut : « Décision tout à l’heure. » Puis : « Mais ne vous inquiétez pas. » Tous deux sont condamnés à la peine requise.
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