Article précédent

CHRONIQUE JUDICIAIRE. Un homme de 21 ans est prévenu de violences contre sa conjointe, menace de mort, tentative de dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes.

Doryan est en garde à vue. Dans le bureau des policiers, son ami Théo indique : « Après la naissance de sa fille, il a complètement vrillé. Il s’est mis à boire tous les jours. » Théo dégrise en attendant d’être interrogé sur les faits. « Début août, sa compagne rentre de St Étienne, il lui a demandé de revenir sinon il la tuait. Quand elle est rentrée, il l’a giflée. En août, il lui a mis un coup de tête et une balayette. »
Le 7 septembre, faisant suite à une dispute ayant débuté au centre commercial, il la gifle et lui met des coups de pied. Plus tard, la mère dit à son bébé, en la changeant : « J’espère que ton père ne te fera jamais de mal. » Il l’entend, saisit un couteau qu’il pointe sur son coup en la menaçant d’aller la tuer dans la forêt.
Le lendemain, ils se disputent de nouveau, Doryan appelle sa mère et sa sœur à la rescousse – les deux femmes n’aiment pas la conjointe de Doryan, estimant qu’elle le fait souffrir, voyez dans quel état il est. Les femmes se disputent. Aux policiers, elles accablent madame ; mais madame a une double perforation du tympan et un énorme hématome. ITT : 15 jours.
Ce même soir – le 8 septembre – Doryan ivre mort, viré du domicile, revient peu après 23 heures. Il hurle, puis intime à sa compagne de sortir pour qu’il s’explique. La petite vient de s’endormir, dit-elle, « sors avec elle », répond-il. Elle refuse. Il écrit : « Sois j’encule tout le monde, soit tu sors, soit je brûle tout. » Puis : « Je vais te tuer, tu sors ou je brûle tout. »
Les voisins dont la fenêtre est ouverte sentent l’odeur d’essence depuis chez eux. Ils sortent et constatent de l’essence déversée devant la porte d’entrée. Doryan n’a pas de briquet, et part à la recherche d’une épicerie. Sa conjointe appelle Théo, qui appelle son ami. « Là, il m’a dit qu’il allait tout brûler », résume Théo aux policiers.
Les policiers ont patrouillé dans les rues de Taverny. Quand ils ont aperçu Doryan, il déambulait en titubant, un jerrycan à la main et près de 2 grammes d’alcool dans le sang.
Ce 11 septembre, Doryan est dans le box. Il faut se figurer un jeune homme imberbe de 21 ans, petit et mince, à la mine triste, tellement affligé qu’il prend les devants pour se flageller, et ça donne : « Je tiens à demander pardon à la victime, à ma fille et à la justice. J’ai eu un comportement dangereux, immature, débile et irresponsable. » Il ajoute : « L’alcool me mettait hors de contrôle, je n’arrivais pas à gérer mes émotions, je ne sais pas pourquoi. Aujourd’hui je l’assume et j’en suis désolé. »
La présidente lui demande comment il en arrive à se mettre dans cet état, il répond que « Madame » dénigrait sa mère et sa sœur, l’insultait lui aussi, alors la présidente : « Vous pensez que ça justifie de donner un coup de tête ? » Doryan ne le pense pas. Il dit que rien ne justifie de commettre de telles violences, et s’excuse encore.
Il conteste formellement, en revanche, avoir voulu « tout cramer », prétend qu’il voulait absolument voir sa fille, et qu’il ne lui aurait jamais fait de mal. Il argumente : « Si j’avais voulu tout cramer, j’aurai trouvé le briquet avant de verser de l’essence », logique imparable, car Doryan a l’esprit pratique.
La présidente lève les yeux : « La défense consistant à dire que vous auriez pu être meilleur dans le comportement délictuel… » Elle ajoute : « Dans les messages, j’ai pas l’impression de comprendre que voir votre fille, c’est votre priorité. » Elle ajoute : « Vous écrivez deux fois de suite que vous allez tout cramer, et l’étape d’après c’est l’essence devant la porte.
-Je comprends que vous ne compreniez pas », répond Doryan, résigné.
La présidente quitte le ton inquisiteur qui était le sien pendant l’interrogatoire : « Votre fille, elle va apprendre ces faits un jour où l’autre. Elle en pensera quoi ?
-Que je suis un mauvais père, c’est normal qu’elle me renie à ce moment-là.
–Vous l’avez vécu vous aussi monsieur, vous avez vu ce qu’il s’est passé sur votre mère (battue par son beau-père, ndlr). Donc vous savez très bien ce qu’elle va ressentir, votre fille. Et sur l’autorité parentale, vous pensez que le tribunal va en penser quoi, que vous êtes apte ?
-Non, à votre place, je ne penserais pas que je sois apte. »
Changement de ton immédiat quand elle lit l’unique condamnation figurant à son casier : violences sur les filles de sa compagne. « Donc vous comprenez rien, en fait ? » lance-t-elle, énervée, comme si elle découvrait le dossier.
Comment va-t-il s’en sortir ? En débutant un travail de technicien pare-brise, dans dix jours. En poursuivant son suivi psy, débuté de lui-même en juillet. « D’où vient-elle, cette violence ? » C’est le procureur qui vient de se lever.
« Même moi je sais pas. » Il hésite une seconde. « Bon, désolé Maman mais je vais devoir le dire. J’ai été violenté par ma mère quand j’étais petit, malheureusement ». Il se concentre pour rester impassible, tandis que sur le banc, sa mère sanglote doucement. « Je ne te dénigre pas. Je ne te rejette pas, je t’aime toujours, mais les psychologues ont évalué que c’était bien dû à ça.
-Vous savez que le psychologue c’est pas magique, c’est long. En admettant que vous soyez sincère, et je pense que vous l’êtes, on fait quoi en attendant que vos failles psychologiques soient apaisées ?
– Le psychologue m’a débloqué des créneaux un lundi toutes les deux semaines.
-C’est très positif, ça améliorera les choses, mais ça ne se fera pas tout de suite. En attendant, qu’est-ce qu’on fait ?
-Déjà la détention et la garde à vue ça a été une grosse punition, j’en pleure et je regrette énormément ce que j’ai fait. Je dirais que j’ai pas forcément besoin d’aller en prison, je verrais plutôt un bracelet électronique avec interdiction de contact avec la victime et ma fille, obligation de soins et dédommagement.
-Mais le bracelet, ça empêchera pas que vous alliez cramer chez madame si vous en avez envie. »
Le débat intérieur qui a l’air de faire rage dans le cerveau du procureur semble avoir trouvé une issue, celle de la protection de la société par la répression, malgré le repentir sincère, pense-t-il, du prévenu, il ne peut pas prendre le risque que des faits aussi graves se reproduisent, et demande quatre ans de prison, dont un avec sursis probatoire : interdiction de contact, de paraître au domicile des victimes, et retrait de l’exercice de l’autorité parentale.
La défense est impressionnée par l’analyse du parquet, mais regrette la sévérité de la peine. Le tribunal le condamne finalement à trois ans, dont un an avec sursis probatoire d’une durée de trois ans, et prononce le retrait de l’exercice de l’autorité parentale.
LIRE AUSSI
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *