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REPORTAGE. Du 1er mai au 1er juin 2026, l’Office Français de la Biodiversité (OFB) a déployé une nouvelle édition de son opération nationale « Airpro », visant à garantir le respect de la réglementation au sein des espaces naturels sensibles. Sur le terrain, en Vendée, le JSS a suivi la police de l’environnement le temps d’une journée de prévention.

À Talmont-Saint-Hilaire, commune du littoral vendéen située à une quinzaine de kilomètres au sud-est des Sables d’Olonne, la plage du Veillon est refuge très convoité. Il est à peine 15h ce dimanche 24 mai et la température avoisine les 37 degrés. Au milieu des centaines de visiteurs en quête de rafraîchissement, Philippe Dulac et Stéphan Boutroix ont l’œil.
Les deux inspecteurs de l’environnement de l’OFB mènent ici l’opération « Airpro », qui veut sensibiliser les touristes et amateurs de nature aux enjeux écologiques et aux impacts que peuvent avoir leurs actions sur la biodiversité.
Depuis l’une des entrées de la plage, ils scrutent le banc de sable paradisiaque coincé entre l’estuaire du Payré et l’océan. La dune est déserte, la foule préférant s’entasser près de l’eau. « C’est un espace de reproduction pour le gravelot à collier interrompu, une espèce d’oiseau protégée qui niche dans le sable », explique Philippe Dulac en pointant la zone du doigt.
La plage du Veillon fait partie des 3 000 hectares d’espaces naturels sensibles (ENS) recensés en Vendée, un vaste terrain de contrôle pour la police départementale de l’environnement, composée de 15 inspecteurs, et pilotée par Philippe Dulac.

En avril dernier, lors d’une mission de reconnaissance visant à recenser les espèces protégées, une patrouille y a repéré un nid de gravelot. Des panneaux informatifs ont rapidement été installés en bordure de la dune. Mais sur place, le constat des deux inspecteurs est sans appel : le balisage est « trop petit, pas assez visible ». Un couple de trentenaires leur donne rapidement raison en essayant de traverser le banc de sable pour rejoindre l’océan.
Ils seront vite rattrapés. « Sur cette partie de la plage, on trouve un petit oiseau d’une quinzaine de centimètres. Il choisit l’endroit le moins fréquenté pour nicher. Et le moindre dérangement peut lui faire abandonner la couvée », explique Philippe Dulac, lors d’une discussion qui se veut pédagogique et chaleureuse.
Après trois interventions du genre en une dizaine de minutes, les inspecteurs concluent qu’un rapport sur la signalétique devra être rédigé dès le lendemain. Ils ne peuvent pas passer la semaine, ni-même l’après-midi, à surveiller un seul nid.
Pour la police de l’environnement, le mois de mai nécessite une vigilance de tous les instants. « C’est une période où l’activité écologique est très sensible. La nature s’éveille avec le début des phases de reproduction, de couvaison ou de floraison. Faune et flore ont besoin de quiétude, mais nous entrons paradoxalement dans une période de forte affluence touristique. D’où l’importance des opérations », précise Philippe Dulac.
Menée pour la première fois à l’été 2024, l’opération « Airpro » s’est déroulée cette année du 1er mai au 1er juin sur l’ensemble du territoire national. À en croire les inspecteurs, cette campagne de prévention ne diffère pas réellement des multiples contrôles menés par l’OFB.
Présente sur le terrain tout au long de l’année, et de manière intense entre avril et septembre, la police de l’environnement remplit un éventail de missions très large : connaissance des espèces protégées, de leurs espaces de reproduction et des ENS ; relation avec les acteurs opérant dans les milieux sensibles (agriculteurs, entreprises, usagers…) ; relais avec les services de l’État (les inspecteurs de l’OFB sont parfois sollicités à titre consultatif par la préfecture ou la justice dans le cadre de certaines décisions) ; mais également le travail de police, pour s’assurer que les règles de protection nationales et locales soient bien respectées.
« Quelle que soit la tâche, on se pose toujours cette même question : comment notre travail peut-il servir la protection de l’environnement ? », assure Philippe Dulac. À 49 ans, ce fils d’agriculteur qualifie son métier de « vocation naturelle ». « On a l’impression d’être utile à ce qui nous entoure, et la volonté de transmettre la nature telle qu’on la connaît aujourd’hui à celles et ceux qui seront là demain », sourit le Lorrain, vendéen d’adoption depuis maintenant 20 ans.
Pour que les générations futures puissent observer le gravelot à collier interrompu ou d’autres espèces d’oiseaux, la préfecture de Vendée a pris une batterie de mesures dans les espaces naturels sensibles. Sur la plage du Veillon, par exemple, seule une partie du banc de sable longeant la rivière du Payré est autorisée aux chiens, et uniquement tenus en laisse.

Ce dimanche 24 mai, les inspecteurs doivent rappeler à l’ordre cinq propriétaires. Là encore, ils préfèrent la pédagogie. Aucune verbalisation n’est effectuée. « Les gens sont parfois impressionnés par notre uniforme ou notre arme… Mais ils voient qu’on est dans la discussion, décrit Stéphan Boutroix. L’essence de notre métier est de faire de la prévention, non de la répression. On parle de protection des espèces et des milieux, et généralement, les gens sont très réceptifs », acquiesce ce Vendéen d’origine.
Lui aussi passionné par la nature depuis l’enfance, Stéphan Boutroix a commencé sa carrière comme garde-pêche. « Petit à petit, notre métier a évolué, et nous nous sommes intéressés à la préservation des milieux aquatiques », se rappelle l’inspecteur de 52 ans. Agent de l’ex-Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema), Stéphan Boutroix voit ses habilitations s’élargir en 2020, avec le regroupement de plusieurs établissements publics pour former l’unique OFB (Office Français de la Biodiversité).
« La loi de 2019 (n° 2019-773 portant sur la création de l’OFB, ndlr) nous a permis de devenir inspecteurs de l’environnement, rembobine Philippe Dulac, qui lui était jusqu’alors agent de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Aujourd’hui, nous avons la capacité d’ouvrir des enquêtes ou de travailler sur des trafics d’animaux, par exemple. Tout cela donne une autre dimension à notre travail. La fusion a renforcé notre expertise et nous a donné une meilleure capacité d’intervention », se satisfait le responsable départemental de la police de l’environnement.
Après une matinée passée dans le marais poitevin, puis une veille dans le bois des Bouries pour s’assurer de l’absence de barbecues clandestins, et cette déambulation à la plage du Veillon, les deux inspecteurs mettent le cap au sud du département. Direction la pointe de l’Aiguillon, site faisant l’objet d’un arrêté préfectoral de protection de biotope (APPB) depuis janvier 2024.
Cet arrêté, plus strict, répond au décret du 12 avril 2022 (application de l’article L. 110-4 du code de l’environnement) définissant les zones de protection fortes.« Là-bas, il y a beaucoup plus de gravelots, commente Philippe Dulac. On y fait de la sensibilisation depuis deux ans pour expliquer que les chiens sont interdits. Si on en voit un, on sera obligés de verbaliser », indique-t-il, le ton plus grave qu’à l’accoutumée.
Après un trajet d’une petite heure, la camionnette de l’OFB arrive sur cette pointe tristement célèbre depuis la dramatique tempête Xynthia, en février 2010. D’ici, on distingue au moins aussi facilement La Rochelle et l’île de Ré que les clôtures balisant les sentiers. « La faune et la flore sont extrêmement sensibles dans cette zone. On est en pleine période de reproduction, alors on va s’assurer que personne ne s’aventure hors des chemins », pointe Philippe Dulac en descendant du véhicule.
Malgré la présence de nombreux camping-cars sur le parking en cette fin d’après-midi, la pointe de l’Aiguillon est quasiment déserte. Le soleil de plomb a sans doute découragé les visiteurs. « Si on était venus ce matin, on aurait sûrement trouvé un ou deux promeneurs avec des chiens. Des collègues en ont encore chopé deux la semaine dernière », raconte Stéphan Boutroix. Après avoir discuté avec quelques courageux promeneurs, les inspecteurs décident de plier les gaules.

Sur le chemin du retour, Philippe Dulac sort tout de même sa paire de jumelles. En quelques minutes, les deux inspecteurs distinguent un gravelot à collier interrompu dans son nid, et plusieurs minuscules gorgebleues. Forts de plus d’une vingtaine d’années sur le terrain, les deux compères sont toujours aussi émerveillés par la faune sauvage. Cette courte observation, c’est « une bouffée d’oxygène » avant de rentrer à La Roche-sur-Yon. Et de repartir dès le lendemain sur le terrain. Où le vent les mènera.
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