Justice à Créteil : les usagers globalement satisfaits, mais pas assez bien informés

Alors qu’un comité des usagers doit être prochainement lancé au sein du tribunal judiciaire de Créteil, plus de 560 justiciables ont été sondés sur leur perception de la juridiction et de la justice rendue. Si les résultats témoignent d’un regard plutôt positif, notamment sur l’impartialité des juges, ils mettent aussi en évidence plusieurs difficultés, en tête desquelles les délais jugés trop longs, et l’accès à l’information, encore perfectible.


vendredi 23 octobre à 13:415 min

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Sur les 561 personnes répondantes, 51 % ont jugé la célérité de la justice insuffisante. Photo AV/JSS

Une justice encore trop lente à Créteil. C’est l’un des constats dressés après analyse des résultats d’un questionnaire soumis aux justiciables au tribunal judiciaire de Créteil.

A l’été 2025 et durant six semaines, 94 étudiants de l’UPEC, à l’appui d’un questionnaire inspiré de celui de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ), se sont rendus dans les différentes zones d’attente de la juridiction pour interroger les justiciables sur leurs connaissances de la justice, le regard qu’ils portent sur la juridiction cristolienne et ses professionnels. Objectif : améliorer la qualité et la célérité de la justice au sein du tribunal.

Et c’est « sans trop de surprise » que 51 % des 561 interrogés jaugent la juridiction trop lente, commente la présidente du tribunal, Catherine Mathieu, dans le cadre d’une réunion de préfiguration d’un futur comité des usagers, le 9 octobre. Un chiffre qui met en exergue « des délais souvent importants », souligne la présidente, qui en convient. Elle ajoute : « On a presque été agréablement surpris que seuls 45 % des justiciables se disent insatisfaits [de ceux] devant le juge aux affaires familiales. »

Trop d’attente

Parmi les points noirs, les délais de jugement – bien qu’une « forte disparité » de perception existe entre le civil et les autres contentieux. Les procédures civiles étant principalement des procédures écrites, « elles sont par définition particulièrement longues, ce qui peut expliquer cette différence », justifie la présidente.

L’attente à l’audience constitue également un facteur de mécontentement. « On sait que nous avons une difficulté à Créteil. Trop de nos audiences correctionnelles se terminent tardivement (après 22 heures) » reconnaît Catherine Mathieu. Les personnes convoquées à 13 heures peuvent en effet attendre parfois plusieurs heures avant leur passage.

Pour autant, le taux d’insatisfaction global pour les délais entre la convocation et le passage en audience est inférieur à 50 %, et de 37 % pour la famille. « Je m’attendais à une insatisfaction plus forte car il s’agit d’un contentieux très sensible », s’étonne la présidente.

L’accès au droit encore perfectible

Autre point de vigilance à l’observation des résultats du sondage : un certain nombre de lacunes remontées par les usagers concernant l’accès à l’information et au droit.

Si l’accueil au sein de la juridiction et la signalétique, qui a fait l’objet d’améliorations récentes afin de mieux orienter les justiciables, sont majoritairement bien accueillis par ces derniers, une grande partie des 35 victimes – spontanément déclarées comme telles – interrogées par les étudiants de l’UPEC n’avaient, en revanche, pas connaissance de l’existence du bureau d’aide aux victimes (BAV) au sein du tribunal.

Les associations présentes à cette réunion de préfiguration évoquent notamment la nécessité de renforcer le travail sur cet axe. Proposition partagée par la présidente, qui insiste sur l’importance de bien faire connaître le bureau et ses missions. Elle précise néanmoins qu’un groupe de travail dédié aux personnes victimes existe déjà et avance sur plusieurs autres sujets, comme la création d’une salle d’attente spécialement dédiée aux victimes au tribunal correctionnel.

Au total, moins de la moitié des personnes interrogées se disent satisfaites de l’accès à l’information. Signal fort, 60 % des interrogés indiquent ne pas connaître le site justice.fr, et ce, « quelles que soient les catégories de personnes ». « Le premier réflexe n’est pas d’aller sur Internet pour trouver une information, ce qui concorde avec notre ressenti que beaucoup de justiciables sont à la recherche d’un contact humain » relate la présidente.

Par ailleurs, 85 % des personnes interrogées reconnaissent ne pas savoir qu’il existe une procédure numérique, et que le juge peut, dans certains cas, être saisi par une requête informatique. Une donnée à prendre avec du recul, nuance la présidente, car les justiciables qui auraient connaissance du dispositif « ne seraient pas dans la salle des pas perdus en principe ».

« Nous sommes face à un choc numérique et on voit tout ce qu’il nous reste à faire », admet Catherine Mathieu, qui se félicite toutefois des retours globalement positifs.

Les magistrats jugés plus impartiaux que prévu

Dernier enseignement principal issu des travaux menés : la perception du juge et de son impartialité diffère, là encore, en fonction du contentieux. Le juge civiliste est ainsi perçu comme moins impartial que le pénaliste par les usagers interrogés. « On ne voit pas ce qui donne ce sentiment d’impartialité alors qu’au pénal, le magistrat qui conduit l’audience est forcément plus actif. On se serait attendu à l’inverse », analyse la présidente, qui note également des variations dépendamment du public interrogé.

La perception des magistrats est néanmoins plutôt positive au global, puisque 90 % des sondés les jugent courtois, et 75 % estiment qu’ils sont clairs dans leurs échanges avec les justiciables. Le temps accordé en audience pour présenter les arguments fait lui aussi l’objet d’une critique positive (+ de 70 %).

« Les justiciables nous offrent finalement une vision assez nuancée sur les conditions d’exercice et plusieurs pistes de réflexion » se réjouit Catherine Mathieu. Lors de la prochaine rencontre, qui marquera la première réunion officielle du comité des usagers au complet, ces derniers devraient être pleinement associés aux échanges.

Vers la mise en place d’un comité des usagers

La réunion du 9 octobre a notamment regroupé des associations de protection de victimes, des représentants de SPIP et PJJ, ainsi que des greffiers et avocats avec l’objectif de déterminer les contours du futur comité des usagers.

Cette initiative née en 2023 au tribunal judiciaire de Lyon permet de réunir des justiciables ayant déjà eu affaire à la justice (victimes comme auteurs) afin de les impliquer dans l’amélioration de l’accueil, l’accessibilité et la compréhension du monde de la justice lors de réunions.

La première réunion est prévue avant l’été prochain, avec une périodicité de 6 mois à 1 an entre chaque comité pour « laisser le temps de travailler sur les sujets, les réaliser et en discuter ». Reste encore à mobiliser des justiciables prêts à faire entendre leur voix pour contribuer à l’amélioration du service public de la justice à Créteil.

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Journaliste en presse spécialisée, droit, justice et entreprise, avec une appétence pour les cold cases et le droit des animaux🐈‍⬛

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