« Sauver les otages, neutraliser les agresseurs et restaurer les valeurs d’une démocratie » : Jean-Michel Fauvergue, au cœur des attentats du 13-Novembre

Aujourd’hui retraité, l’ancien patron du RAID a raconté, lors d’une conférence pour le Club de l’audace, la transformation de l’unité d’élite – face à l’émergence du terrorisme islamiste – qui lui a permis d’affronter les attentats de 2015.


mercredi 31 décembre 20256 min

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« On ne peut pas rentrer au Bataclan et en ressortir sans être marqué par cette scène. C’est le jour où notre démocratie a été taillée de toutes parts », se remémore Jean-Michel Fauvergue. © Photo par LUDOVIC MARIN / AFP

Notre série "Attentats de Paris : 10 ans après, les leçons d'une onde de choc"

Dix ans se sont écoulés depuis les tragiques attentats de Paris qui ont coûté la vie à 132 personnes. À cette occasion, le JSS donne la parole à des professionnels et à des experts pour comprendre le retentissement intime et collectif de ces jours d’angoisse. Sommes-nous aujourd’hui mieux armés pour prévenir, instruire et juger de tels crimes ? Quelles leçons ont été tirées du 13 novembre 2015 ? En 2025, les enjeux judiciaires, psychologiques et des mesures de sûreté liés au terrorisme demeurent des sujets brûlants.
  • « Sauver les otages, neutraliser les agresseurs et restaurer les valeurs d’une démocratie » : Jean-Michel Fauvergue, au cœur des attentats du 13-Novembre
  • Le 13 novembre 2015, Jean-Michel Fauvergue a 58 ans. Il est chef du RAID depuis deux ans. Deux ans durant lesquels le RAID a fait sa mue. Car l’unité d’élite de la Police nationale mobilisée dans des situations de crise, notamment les prises d’otages, intervenait jusqu’ici dans la majorité des cas pour des personnes souffrant de problèmes psychologiques graves, susceptibles de connaître des bouffées délirantes.

    Mais après l’affaire Merah, l’institution s’est adaptée à la montée en puissance du terrorisme. « J’étais conscient, par le parcours que j’avais, que la période était tendue, avec l’État islamique qui se développait et les menaces certaines qui pesaient sur le pays », se souvient Jean-Michel Fauvergue au cours d’un événement organisé par le Club de l’audace de Thomas Legrain, le 26 novembre dernier. Un changement de taille : si dans le cas des menaces classiques, 80 % des interventions du RAID se terminaient grâce à la négociation – les 20 autres pourcents par l’usage de la force –, la méthode a évolué dans les cas de terrorisme : « Avec les djihadistes, on transforme la négociation en échange pour récupérer du renseignement », raconte l’ancien chef du RAID. Une technique qui fonctionne : « Comme ils se la racontent beaucoup, on peut récupérer des informations opérationnelles précieuses. »

    La stratégie en quatre temps selon Jean-Michel Fauvergue : « Sauver les otages, sauver les otages, sauver les otages, et enfin, si possible, ramener tous les collègues chez eux en bonne santé. »

    Prendre une décision, un acte solitaire

    Lors de l’attaque au Bataclan, Jean-Michel Fauvergue dirige une équipe d’une vingtaine de personnes. Comme dans toute situation de crise, il fait confiance à ses collègues pour intervenir rapidement : « Je ne savais pas aussi bien tirer qu’un sniper, ni aussi bien négocier qu’un négociateur, mais nous devons faire travailler tout le monde ensemble. »

    Pour Jean-Michel Fauvergue, la réussite d’une unité d’élite comme celle d’une entreprise repose sur ce qu’il nomme le « management de cœur », concept qui consiste à instaurer une communication transversale intense : « On essaie de communiquer le plus possible du haut vers le bas et du bas vers le haut. » L’objectif est de pousser les équipes à « sortir de leur zone de confort » pour que l’organisation reste performante.

    Au Bataclan, la négociation s’arrête rapidement, et le chef prend seul la décision d’intervenir : « Quand on a décidé de ne plus négocier, on l’a fait intelligemment. Quand vous êtes face à la crise, vous mettez en place un commandement de guerre. Clémenceau disait que pour prendre une décision, il fallait être un nombre impair et au maximum deux. » Pour Jean-Michel Fauvergue, « la plus mauvaise décision est de ne pas en prendre, mais elle implique une réussite ou un échec ».

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    L’ancien patron du RAID décrit l’acte de décider comme une épreuve physique : « La décision, elle vous fait mal au bide, car on ne sait pas comment les choses vont se passer. » Pour lui, « si on connaît le résultat, ce n’est pas une décision ».

    Ce soir-là, malgré le drame, ce sera un succès : à partir du début de l’intervention, aucun mort ne s’ajoutera à la longue liste des victimes du terrorisme.

    Mais d’autres interventions ont connu moins de réussite. L’ex-chef du RAID cite l’intervention, cinq jours plus tard, à Saint-Denis. Un « échec partiel » selon lui, en raison d’une porte qui n’a pas explosé. Et Jean-Michel Fauvergue de citer Winston Churchill : « L’échec n’est pas fatal, le succès n’est pas final. C’est le courage de continuer qui compte. »

    « On ne peut pas rentrer au Bataclan et en ressortir sans être marqué par cette scène »

    L’intervention au Bataclan, il s’en souviendra toute sa vie : « Il ne s’agissait pas uniquement de sauver les otages et de neutraliser les agresseurs, mais aussi et surtout de restaurer les valeurs d’une démocratie et d’une république, et de pouvoir s’imposer en affirmant que l’on allait continuer à vivre sans faire la part belle à des barbares qui veulent nous ramener au VIIe siècle. »

    Le choc du 13 novembre l’a guidé, en politique comme partout dans sa vie personnelle : « On ne peut pas rentrer au Bataclan et en ressortir sans être marqué par cette scène. C’est le jour où notre démocratie a été taillée de toutes parts. » Il a vu dans la politique « une formidable continuité entre l’action menée en coulisse au RAID et l’Assemblée ». Au sein de la chambre basse, Jean-Michel Fauvergue avait créé un pôle sécurité. « On n’était pas très nombreux », se souvient-il, rappelant que la majorité de l’époque « avait ratissé large ». Au moment du vote en première lecture de la loi « sécurité globale », 10 députés de La République en marche avaient voté contre, et 30 s’étaient abstenus. Il fut également conseiller pour Emmanuel Macron lors des campagnes présidentielles de 2017 et 2022. « Cela n’a pas été difficile de travailler sur la campagne de 2022 : j’ai repris toutes mes fiches de 2017, car rien n’avait été fait », déplore-t-il.

    « Le chef du RAID essaie toujours d’avoir une vision de l’évolution de la menace »

    Dix ans après les attaques, et huit ans et demi après son départ du RAID et son entrée en politique, Jean-Michel Fauvergue juge que l’ensemble des unités d’intervention ont fait évoluer leurs pratiques : « Le chef du RAID essaie toujours d’avoir une vision de l’évolution de la menace. » L’unité d’élite de la Police nationale, qui a fêté ses 40 ans en octobre dernier, n’a cessé de se renforcer pour s’adapter aux nouvelles menaces : « Le RAID passe son temps à évoluer, tant en termes de matériel employé que sur ses stratégies, ses mentalités. »

    Une évolution qui passe également par son fonctionnement interne : « À la tête du RAID, vous avez des managers qui analysent les situations et qui sont des conseillers des autorités et des décideurs, qui doivent s’appuyer sur leurs analyses pour prendre des décisions. » Selon lui, le RAID est également « un capteur », un agrégateur de renseignements : « Il arrive à capter certaines informations qui proviennent des autres unités françaises, mais aussi européennes voire non-européennes. »

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    Son expérience de député l’a conduit à un constat particulièrement dur au sujet du fonctionnement de l’État. Il estime que « les contre-pouvoirs dans notre pays ont pris le pouvoir » et qu’ils « assignent l’État à une complète inaction ». Il pointe notamment du doigt ce qu’il estime être un empilement des juridictions qui « paralysent » le pays et empêchent toute réforme d’ampleur : « En France, on a cinq cours suprêmes – Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Cour de cassation, Cour de justice de l’Union européenne et Cour européenne des droits de l’homme – qui contrôlent le pauvre député ».

    Aujourd’hui, Jean-Michel Fauvergue est conférencier. Mais un temps éloigné de la politique, il souhaite désormais se lancer… à la course à la présidentielle. En octobre dernier est paru son livre, Ni capitulation, ni résignation : Osons le courage !. Un programme politique abordant plusieurs thèmes plus ou moins marqués à droite, de la lutte contre le terrorisme à l’immigration, en passant par la sécurité. Mais il doute de pouvoir aller seul jusqu’au bout de la campagne : « Ce n’est pas une élection faite pour un seul homme : il faut une équipe, 7 à 8 millions d’euros que je n’ai pas, et 500 signatures. »

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