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CHRONIQUE JUDICIAIRE. À Paris, la 23e chambre correctionnelle – celle des comparutions immédiates – ne fait pas toujours dans le détail – ni la mesure. Surtout pour réprimer un phénomène de masse comme le trafic de crack.

« Les faits sont assez simples… », entame la présidente : une phrase qui revient souvent dans les parages, et qui peut vouloir dire, soit qu’ils sont vraiment « assez simples », soit qu’ils sont surtout assez peu établis. En l’occurrence, poursuit la même, « les policiers sont en surveillance sur les quais de Seine, dans le XIXe arrondissement, dans un lieu bien connu de leurs services, et ils vous voient procéder à deux transactions [de crack] avec deux acheteurs ».
Saoudi D., qui serait donc ce que l’on appelle un modou dans le jargon – c’est du wolof -, aurait a priori eu le temps d’avaler les sachets thermosoudés stockés dans sa bouche – on n’en sait fichtre rien, mais en tout cas, c’est le mode opératoire classique. Quant au second acheteur, également interpellé, il aurait écrasé sa « galette » sur le trottoir, puisqu’on a repéré des traces blanchâtres sur un coin de macadam.
Lors de sa fouille, on a retrouvé plus de 200 euros en – toute – petite monnaie, ce qui colle aussi aux dossiers de crack habituels… ou éventuellement à la version de Saoudi D., qui affirme avoir simplement fait la manche dans les jours précédents.
« C’est quand même pas la première fois que vous êtes interpellé pour ça ! », s’agace la présidente, même si la dernière fois remonte à quasiment trois ans : il faut dire que dans l’intervalle, il a été incarcéré, et a vécu au Portugal. « À chaque affaire, c’est pareil, vous n’avez jamais rien fait… donc ça fait quand même beaucoup d’erreurs des policiers, et des tribunaux d’ailleurs, puisque vous êtes condamné à chaque fois ! », poursuit la magistrate.
« J’ai rien fait », se défend Saoudi D., positif à la cocaïne qui se trouve être un composant du crack, « je suis parti là-bas pour fumer, et j’ai fumé, quoi. Ils ont rien retrouvé sur moi, j’avais rien ! ».
Place à la procureure : « On l’interpelle sur le fait, et on retrouve une substance au sol, je ne vois pas ce qu’on pourrait avoir de plus ! Il n’a toujours pas compris que ce n’était pas dans son intérêt de nier l’évidence. Les faits sont caractérisés sans difficulté, il est d’une mauvaise foi confondante. Il a peur de la sanction, et il a raison d’avoir peur. »
Elle requiert trois ans ferme avec mandat de dépôt, et une interdiction définitive du territoire (ITF), pour compléter celle de 10 ans dont il a écopé – en 2023.
« Évidemment, ce genre de dossier est énervant, y compris du côté de la défense », rétorque l’avocate de Saoudi D., qui estime que ce dernier est « juste victime d’un système ». Pour elle, « le problème de ces dossiers, et on en voit tous les jours en CI, c’est que les policiers font de moins en moins d’efforts, et le parquet aussi ».
Elle considère que « des éléments à décharge, il y en a. La première chose, c’est que vous avez un Noir, habillé en noir, dans le noir, ça interroge quand même sur la capacité des policiers à identifier Monsieur. Et la deuxième, c’est qu’on ne constate pas de transaction ». En effet, le PV d’interpellation évoque la remise de « quelque-chose », mais ne mentionne pas le moindre paiement en contrepartie.
Quant au fait que son client a refusé de subir une radio, « le médecin a invité les policiers à surveiller ses selles, alors certes ce n’est pas ragoûtant mais bon… ».
Enfin, « la seule raison de sa présence ici, c’est une politique pénale [répressive pour les consommateurs comme lui], il y a un vrai sujet ». Elle considère aussi que, « même sans nouvelle ITF, clairement, au dépôt, il va filer en CRA [centre de rétention administrative, NDLR] », alors que le tribunal pourrait « le laisser essayer de reprendre pied au Portugal ».
Saoudi D. écope de 18 mois avec mandat de dépôt, et d’une seconde ITF pour 10 ans.
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