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INTERVIEW. Associé au sein de DBA Avocats depuis 2006, spécialisé en contentieux pénal des affaires et procédures collectives, Julien Dupuy a été élu bâtonnier pour le mandat 2027 – 2028. Relations avec la juridiction, cohésion entre confrères, développement de la médiation, vigilance sur les libertés publiques… L’avocat dresse, pour le JSS, les grandes lignes de son futur mandat, dans un département aux enjeux multiples et à l’activité très soutenue.

Journal spécial des sociétés : Qu’est-ce qui vous a poussé à être candidat au bâtonnat ?
Julien Dupuy : C’est une démarche dans la lignée de mes engagements : je suis trésorier et administrateur de la CARPA, et également administrateur de l’association APESA. Devenir bâtonnier fait partie d’une réflexion longue : on ne décide pas du jour au lendemain de se présenter. Je voulais d’abord appréhender tout le fonctionnement de l’ordre, de la CARPA, avant de me présenter au suffrage. Et puis, par rapport à mon âge et à ma vie de famille, je dirais que c’était le bon moment.
JSS : Comment décririez-vous le barreau de l’Essonne, et plus largement la juridiction d’Evry ?
J. D. : Le barreau de l’Essonne est un barreau auquel je suis extrêmement attaché : j’y ai commencé et j’y finirai, sans doute ! C’est un barreau encore à taille humaine, puisque nous ne sommes que 350 avocats. On ne se connaît pas tous, mais pas loin. On y trouve une très grande richesse de confrères et de compétences différents, très proches des justiciables. Un vrai travail d’équipe y est en place via nos différentes commissions.
Après, notre TJ a une très forte activité : nous sommes même passés devant Nanterre en termes d’activité pénale, comme l’a rappelé le procureur lors de l’audience solennelle d’installation. Il y a donc de gros challenges pour notre barreau, qui a un rôle à jouer au niveau de la politique pénale, de la surcharge des audiences et des délais d’audiencement, malheureusement extrêmement longs.
Chaque avocat doit aussi travailler à la résolution des litiges sans forcément passer par la juridiction : depuis quelques années, nous travaillons beaucoup sur les modes amiables. Il y a des matières dans lesquelles ça marche très bien, et nous avons la chance d’avoir au barreau près de 60 confrères formés à la médiation. C’est un pan du métier très enrichissant d’un point de vue intellectuel et très utile.
JSS : Quelles sont aujourd’hui les relations du barreau de l’Essonne avec le tribunal et les magistrats d’Evry ?
J. D. : Comme toutes les relations barreau/tribunal, il y a des moments plus compliqués que d’autres, puisque chacun a son rôle à jouer. Mais chaque bâtonnier essaie d’avoir d’excellentes relations avec sa juridiction pour que la justice soit la plus efficace possible. Le tout dans le respect du rôle de l’avocat, qui n’est pas un faire-valoir, il est là pour garantir que les libertés publiques et l’intérêt des justiciables soient protégés. Dans des moments comme celui-ci, dans ce contexte pénal un petit peu rude, il a toute sa place. Mais nous avons de très bonnes relations avec les magistrats dans l’ensemble.
« L’avocat […] n’est pas un faire-valoir, il est là pour garantir que les libertés publiques et l’intérêt des justiciables soient protégés. »
Julien Dupuy, nouveau bâtonnier de l’Essonne
Et à Evry, ils ont tendance à rester plusieurs années : on les fréquente quotidiennement ! Encore une fois, le travail par commissions – droit de la famille, pénal, civil, commerce… – du barreau permet d’avoir des relations privilégiées avec nos interlocuteurs du tribunal, de désamorcer pas mal de choses, et de travailler de concert. De prime abord, nous avons des objectifs différents, mais nous servons quand même tous la justice.
JSS : Comment abordez-vous ce mandat 2026-2027 ?
J. D. : Avec beaucoup d’humilité. C’est une expérience nouvelle, même si je connais un peu le fonctionnement du barreau. Lors de ma campagne, j’avais posé le mot cohésion : je veux faire en sorte que le barreau ait toujours sa cohésion pour affronter les dangers extérieurs. Je suis très attaché à l’ordinalité, au fait que le barreau de l’Essonne doive exister par lui et pour lui.
Je suis également très attaché à l’indépendance de la CARPA, le bras armé de nos finances, et c’est important qu’on ait cette autonomie pour mener à bien tous nos projets. Comme l’a entamé la précédente bâtonnière Cassandre Huchet, il y a un gros travail de développement du barreau dans nos territoires.
JSS : En effet, l’Essonne est un département à la fois proche et loin de Paris, avec des territoires aux enjeux très différents selon les zones…
J. D. : Géographiquement, notre département est coupé en deux, il ne faut pas se désintéresser du sud : une entreprise du Plateau de Saclay n’a pas les mêmes enjeux qu’une entreprise d’Etampes. Il nous faudra aussi travailler sur notre présence et nous faire connaître auprès des institutions, des chambres consulaires, et montrer que les avocats sont très présents dans la vie locale.
Malgré la concurrence du barreau de Paris, immense, le barreau de l’Essonne est riche de confrères compétents et un justiciable peut y trouver un avocat qui répondra à son problème, sans aller le chercher dans d’autres départements. Les barreaux d’Île-de-France travaillent beaucoup sur ces sujets-là.
JSS : Les avocats essonniens sont attentifs au devenir de la justice et notamment la justice pénale, en s’étant fortement mobilisés contre le plaider-coupable. Quel regard portez-vous sur cette mobilisation ? Y aura-t-il d’autres combats à mener ?
J. D. : Cette mobilisation a été très forte au sein du barreau. Je suis très admiratif de cette énergie. On pourrait penser que ce sont des sujets sur lesquels on n’a pas de prise, mais les barreaux ont su se mobiliser fortement, ce qui a permis de faire reculer un peu le ministre de la Justice et de faire retirer le plaider-coupable en matière criminelle. Il faut toujours être mobilisé quand il y a des sujets comme celui-là, il ne faut jamais baisser la garde, car il y en aura encore dans les années à venir.
Traditionnellement, le barreau de l’Essonne a toujours été à la pointe des mobilisations : nous continuerons à l’être et nous serons vigilants sur le respect des droits de la défense et des libertés publiques. On ne fait pas ça par corporatisme : c’est l’intérêt des justiciables qui primera à chaque fois.
JSS : Le parquet de l’Essonne a listé de grandes priorités, comme la lutte contre le narcotrafic, les violences sexuelles sur mineurs et les VIF. Quelles seraient les priorités du barreau ?
J. D. : Il y a par exemple la présence de l’avocat obligatoire en matière d’assistance éducative pour les mineurs, à compter du 1er janvier, qu’il nous faudra mettre en place. La politique pénale ne nous appartient pas, mais elle a quand même un impact sur notre activité professionnelle.
Notre objectif sera de ne jamais être absents du prétoire pour défendre à la fois les auteurs présumés d’infractions ou les victimes. Effectivement, en Essonne, il y a beaucoup d’enjeux en matière pénale, et nous y serons forcément associés… en jouant notre rôle.
JSS : Comment améliorer encore l’accès au droit pour les Essonniens ?
J. D. : Notre dernière actualité a été une rencontre au sein du Centre d’information sur la prévention des difficultés des entreprises. Un enjeu majeur pour l’économie : celui d’éviter au maximum les défaillances d’entreprises, et les avocats seront encore plus impliqués en amont auprès des dirigeants, pour éviter les liquidations judiciaires.
Le barreau travaille avec la Banque de France, la DGFIP, le tribunal de commerce, pour renseigner les chefs d’entreprises et leur proposer des moyens de les aider. Nous communiquons aussi sur d’autres sujets, par le biais de conférences, de permanences dans les agglomérations ou dans les mairies. On n’est jamais assez renseignés. Même avec Internet ! Il y circule beaucoup de bêtises… Et la législation évolue. C’est bien d’aller voir le bon professionnel pour s’informer de ses droits.
JSS : Le récent baromètre Ifop commandé par le CNB sur l’état de la profession montre une incertitude sur l’avenir des avocats : crise des vocations, inquiétudes sur les mutations en cours, justice en difficulté… Comment redonner du sens et de l’espoir aux jeunes avocats ?
J. D. : C’est une profession exigeante psychologiquement. Elle demande beaucoup de temps, de travail. Nous sommes tous les jours confrontés aux difficultés des gens : il faut pouvoir supporter cette charge mentale, qui est de plus en plus lourde. Il faut aussi accepter de travailler avec des conditions qui se détériorent au sein des juridictions. Il y a 20 ans, il y avait beaucoup moins d’affaires, les choses se faisaient plus facilement.
Comment faire en sorte que les avocats restent ? L’ordre essaie de faire en sorte que les confrères ne restent pas tout seuls, avec notamment des outils, une offre de formation, un système de tutorat pour les jeunes avocats… Le barreau offre et mutualise des services pour qu’ils y gagnent financièrement. Cassandre Huchet a aussi créé récemment le « Barreau zen », qui propose deux heures d’activité physique pour faire cohésion et pour se voir dans un autre cadre.
On n’est plus tout seul dans son coin. Il faut pouvoir, comme dans une entreprise, être attractif, garder ses collaborateurs et leur donner l’envie de rester. On est très nombreux à s’investir pour les autres. Au-delà de tout ça, c’est un métier qui existe depuis près de 2000 ans. Je suis sûr qu’on aura toujours notre place. Une société sans avocats devient une dictature.
JSS : Le passage de bâton aura lieu le 7 novembre prochain et vous prendrez officiellement vos fonctions le 1er janvier. Quels chantiers entamés par votre prédécesseure Cassandre Huchet souhaitez-vous voir prolongés lors de votre mandat ?
J. D. : La formation, premièrement, est un travail que je veux continuer : il nous faut être exigeants dans nos compétences. La médiation est également un domaine sur lequel je souhaite travailler et que j’estime important, même si elle ne concerne pas tous les confrères. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas médiateur qu’on ne fait pas de médiation, au contraire, il faut pouvoir accompagner nos clients dans cette démarche.
Il faudra ensuite être vigilants sur nos finances, on ne peut pas se permettre d’être en déficit. Enfin, je serai attentif à nos relations avec la juridiction, en faisant toujours en sorte qu’elles soient apaisées, et en évitant que le rôle de l’avocat soit mis de côté.
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