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Deuxième chronique de la série ouverte par la question du Neveu de Rameau : « De Socrate ou du magistrat qui lui fit boire la ciguë, quel est aujourd’hui le déshonoré ? »

Après Ravachol et les jurés, voici deux juges dont le déshonneur n’attendit pas la postérité, et une femme que l’acquittement n’a pas protégée du regard des siècles suivants. Notre chroniqueur évoque ici le récit biblique connu sous le titre de « Suzanne et les vieillards ».
« Il y avait à Babylone un homme nommé Joakim. » Ainsi s’ouvre le chapitre 13 du Livre de Daniel, long de soixante-quatre versets. Le cadre est celui de la déportation : après les prises de Jérusalem de 597 puis 587 avant notre ère, une communauté juive vit à Babylone avec ses notables, ses assemblées et ses juges. Daniel y est présenté comme un tout jeune homme, ce qui placerait la scène dans les premières décennies de l’exil, vers 590 ou 580.
Cette date est celle du récit, non celle de sa rédaction. Le texte ne figure pas dans le Daniel hébreu et araméen : c’est une addition connue par le grec, que l’on rapporte généralement au IIe siècle avant notre ère. Babylone y est un décor, non un lieu documenté. Le chroniqueur judiciaire n’y perd rien, au contraire : ce qui s’y joue n’est pas un fait divers babylonien, c’est un modèle de procédure pénale.
Le texte, lui, a la précision d’un procès-verbal. Joakim est riche ; sa maison possède un parc attenant, et c’est là que les Juifs viennent porter leurs litiges, parce que c’est là que siège le tribunal. Sa femme s’appelle Suzanne (shoshannah, le lys), fille de Helkias. Elle est très belle, et elle craint Dieu.
Deux anciens du peuple ont été désignés juges pour l’année.
Ces deux hommes voient Suzanne se promener dans le parc chaque jour, à l’heure où l’assemblée se retire. Un jour de grande chaleur, elle décide de prendre son bain. Elle envoie ses servantes chercher de l’huile et des parfums, et leur demande de fermer les portes du jardin. Les deux vieillards, restés cachés, se lèvent et courent vers elle. La proposition obscène est immédiate, et la menace la suit sans transition : « Cède, ou nous témoignerons que nous t’avons surprise avec un jeune homme, et que c’est pour cela que tu avais éloigné tes servantes ».
Suzanne crie. Les vieillards crient plus fort, et l’un d’eux court ouvrir la porte du jardin pour
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Magistrat honoraire Avocat au barreau de Versailles
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